Europe : l’Iran peut éviter les sanctions, le snapback ne marque pas la fin de la diplomatie
Pour l'Iran, les Européens sont de mauvaise foi et font chanter Téhéran ; Pezeshkian : Israël et les États-Unis veulent diviser et détruire l'Iran ; le Parlement iranien rédige un projet de retrait du TNP
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Vendredi, les puissances européennes ont annoncé être prêtes à renoncer au nouveau paquet de sanctions contre l’Iran si celui-ci répondait aux préoccupations concernant son programme nucléaire au cours du mois prochain. Téhéran a dénoncé cette offre comme étant hypocrite.
La Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne, connues sous le nom de « E3 », ont déclenché la veille le mécanisme dit de « snapback » visant à rétablir les sanctions de l’ONU contre Téhéran pour non-respect des engagements pris par l’Iran dans le cadre de l’accord de 2015 sur son programme nucléaire.
En juillet, « nous avons proposé à l’Iran une prolongation du délai avant rétablissement des sanctions, à condition que le pays prenne des mesures spécifiques en mesure de répondre à nos préoccupations les plus immédiates », a fait savoir Barbara Woodward, ambassadrice britannique auprès des Nations unies, aux côtés de ses homologues allemand et français, en amont d’une réunion à huis clos du Conseil de sécurité sur cette question.
« À ce jour, l’Iran n’a encore donné aucun signe indiquant qu’il envisageait sérieusement de répondre » aux demandes des E3, a-t-elle ajouté.
Le déclenchement du mécanisme de snapback « ne marque toutefois pas la fin de la diplomatie. Notre offre de prolongation est toujours sur la table », a poursuivi Woodward.
Au cours d’une visite à Copenhague, la cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas, a déclaré que le délai de 30 jours avant l’entrée en vigueur des sanctions constituait une « opportunité » pour la diplomatie.
« Nous disposons de 30 jours pour mettre les choses au point », a-t-elle précisé aux journalistes.
Jeudi, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a pour sa part fait valoir que Washington était également ouvert à des discussions directes avec l’Iran.
L’accord de 2015, négocié durant le mandat de l’ancien président américain Barack Obama, permettait à l’Iran de bénéficier d’un allègement des sanctions en échange d’une réduction drastique de ses activités nucléaires.
C’est le président américain Donald Trump qui a effectivement mis fin à l’accord pendant son premier mandat, avec le retrait des États-Unis et l’imposition de sanctions sévères visant notamment les pays qui achetaient du pétrole iranien.
Pour son deuxième mandat, Trump s’est orienté vers la diplomatie. Ses initiatives ont toutefois été interrompues quand Israël a lancé une offensive de grande envergure visant les principaux dirigeants militaires iraniens, les scientifiques nucléaires, les sites d’enrichissement d’uranium et le programme de missiles balistiques, affirmant que cette action était nécessaire pour empêcher la République islamique de mener à bien son projet déclaré de détruire Israël.
L’Iran crie au scandale
L’Iran a accusé les Européens d’être de mauvaise foi et de « faire chanter » Téhéran en invoquant le délai de 30 jours.
Les E3 « ont proposé un plan de prolongation assorti de conditions non réalistes. Il s’agit là d’une manœuvre hypocrite », a affirmé aux journalistes l’ambassadeur iranien auprès des Nations unies, Amir-Saeid Iravani, à l’issue de la réunion du Conseil de sécurité.
« Les conditions qu’ils exigent devraient être le résultat des négociations, et non leur point de départ. Ils sont très conscients que ces exigences ne pourront pas être satisfaites », a-t-il ajouté.
Selon lui, les E3 devraient plutôt apporter leur soutien à « une prolongation technique courte et inconditionnelle de la résolution 2231 », qui consacre l’accord nucléaire iranien de 2015.
La Russie et la Chine ont pour leur part proposé de prolonger de six mois supplémentaires la résolution à l’origine de l’accord de 2015, qu’elles ont toutes deux signé.
La Russie a annoncé que le président Vladimir Poutine s’entretiendrait avec son homologue iranien Masoud Pezeshkian lundi, en marge d’une réunion en Chine.
Le ministère russe des Affaires étrangères a exhorté les Européens à reconsidérer les sanctions, qui, selon lui, pourraient entraîner des « conséquences irréparables ».
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a quant à lui renouvelé sa mise en garde, via les réseaux sociaux, contre les « répercussions négatives considérables » de la décision européenne, notamment sur la question des relations entre l’Iran et les inspecteurs nucléaires de l’ONU, qui ont été autorisés cette semaine à revenir observer la centrale de Bushehr.
Jeudi, Aragchi a indiqué que l’Iran était prêt à reprendre des négociations « équitables » sur son programme nucléaire controversé, à condition que l’Occident fasse preuve de bonne volonté.
« Araghchi a réaffirmé la volonté de l’Iran de reprendre des négociations diplomatiques équitables et équilibrées, à condition que les autres parties fassent preuve de sérieux et de bonne volonté, en évitant toute action de nature à compromettre les chances de succès », a-t-il expliqué dans une lettre adressée à Kallas.
Pezeshkian : Israël et les États-Unis cherchent à « diviser l’Iran et à le détruire »
L’Iran ne cherche pas la guerre, mais si Israël et les États-Unis attaquent, alors Téhéran leur opposera « une résistance farouche », a déclaré Pezeshkian vendredi dans une interview télévisée préenregistrée.
« Israël et les États-Unis cherchent à diviser l’Iran et à le détruire, mais aucune Iranien ne veut voir son pays divisé », a-t-il souligné.
L’Iran n’a jamais cessé de nier vouloir se doter de l’arme nucléaire.
Le pays a toutefois enrichi de l’uranium à des niveaux n’ayant aucune application pacifique, empêché les inspecteurs internationaux de contrôler ses installations nucléaires et développé ses capacités en matière de missiles balistiques. Israël a déclaré que l’Iran avait récemment pris des mesures en vue de disposer d’armes atomiques.
Le Parlement iranien élabore un projet visant à quitter le Traité de non-prolifération
Par ailleurs, le Parlement iranien a entamé la mise en place d’un projet qui lui permettrait de se retirer du Traité de non-prolifération nucléaire, a rapporté vendredi l’agence de presse semi-officielle Tasnim.
Le député iranien Hossein-Ali Haji-Deligani, s’adressant à Tasnim News, a fait savoir que le projet de retrait du TNP serait soumis aux parlementaires à partir de samedi, et pourrait être approuvé dès la semaine prochaine.
« Voilà les conséquences de l’activation du mécanisme de snapback », a-t-il déploré, accusant les E3 d’être « à l’origine de nombreux problèmes dans le monde ».
« D’autres mesures défavorables aux principaux pays concernés par le snapback seront également prises », a-t-il ajouté.
L’Iran a fait part en juillet de son intention de se retirer du TNP – qui constitue l’un des derniers remparts contre le programme nucléaire de la République islamique – si les sanctions étaient rétablies.
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