Explosion mortelle à Ramim : des milliers d’explosifs oubliés menacent les civils
Malgré l’urgence de la menace, des doutes subsistent pour savoir quelles autorités sont chargées du déminage et quel est le niveau de connaissance et de protection de la population
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Après des années de guerre, Israël fait face à une autre menace – celle des engins explosifs disséminés – difficile à évaluer.
Malgré les campagnes de sensibilisation du public et les opérations de déminage destinées à réduire ce danger tapi dans l’ombre, une sous-munition découverte par des adolescents lors d’une sortie scolaire dans une forêt du nord d’Israël a explosé lundi, tuant un élève de 13 ans et en blessant une vingtaine d’autres.
Selon les organismes de sécurité israéliens, il se pourrait qu’il y ait des centaines, sinon des milliers d’engins non explosés dans tout Israël, abandonnés au fil des combats, les années passées.
Lors de la récente guerre contre l’Iran, le Hezbollah a tiré sur le nord d’Israël plusieurs roquettes Grad contenant des dizaines de sous-munitions de type BRB1 (également connues sous le nom A-09).
Les roquettes ont dispersé ces munitions en grappe — qui n’explosent que rarement au moment de l’impact — sur de vastes zones. Les images de lundi laissent à penser qu’il s’agit du type d’engin découvert par le groupe d’élèves et d’enseignants de l’école ORT Maalot qui arpentaient le sentier panoramique de la forêt des monts Naftali, dans la région de la crête de Ramim, un itinéraire situé à la frontière libanaise, approuvé par les autorités.
C’est lors de cette randonnée que l’un des élèves a repéré la sous-munition du Hezbollah, sur le sentier ou à proximité, et l’a ramassée. Après quoi la munition a explosé, tuant Elazar Yair Wilensky, un élève de 3e âgé de 13 ans, et blessant 24 autres élèves et enseignants, certains d’entre eux grièvement.
Ces dernières années, outre le Hezbollah, l’Iran et son groupe parrainé au Yémen, les Houthis, ont eux aussi tiré sur Israël des centaines de missiles balistiques transportant des bombes à fragmentation. Certaines de ces sous-munitions n’explosent pas en touchant le sol et continuent donc de représenter un danger pour ceux qui ont la malchance de tomber dessus, bien que des catastrophes comme l’explosion mortelle de lundi soient rares.
Contrairement au cas des mines terrestres, qui continuent de représenter un danger dans le plateau du Golan et en Cisjordanie, les autorités ne peuvent pas clôturer les zones contenant des ogives en grappe non explosées, lesquelles peuvent passer inaperçues pendant des années avant d’être découvertes. Il n’existe aucun moyen fiable d’estimer l’ampleur du danger.
Les engins non explosés peuvent prendre de nombreuses formes : si certains sont identifiables comme des roquettes, des grenades ou des ogives coniques, d’autres peuvent sembler de manière trompeuse aussi inoffensifs que de petits conteneurs métalliques de formes variées. Les munitions portent souvent des marques d’usure – bosses, fissures, traces de brûlure ou d’autres dommages – et peuvent être rouillées. Certaines peuvent être partiellement enfouies dans le sol.
Leur puissance explosive varie considérablement selon le type de munition, mais même de petites munitions issues d’une ogive en grappe sont capables de provoquer des blessures mortelles.
Des munitions non explosées abandonnées depuis des décennies peuvent toujours tuer et être déclenchées par un simple effleurement ou en étant ramassées, raison pour laquelle les autorités invitent ceux qui trouvent des objets suspects à garder leurs distances et à les signaler immédiatement.
Les organisations de défense des droits humains font depuis longtemps campagne pour l’interdiction des bombes à fragmentation du fait de la nature aléatoire et aveugle de la menace qu’elles posent, contrairement à d’autres types de munitions utilisées pour cibler avec précision des combattants ou des installations militaires tout en minimisant les dommages pour les civils.
Dans le sud, des munitions, y compris des grenades abandonnées lors du pogrom du Hamas du 7 octobre 2023, ont été retrouvées des années plus tard dans des localités israéliennes.
En outre, en raison des opérations militaires pendant la guerre, il existe toujours un risque que les soldats aient abandonné par erreur des armements dans des zones proches de la frontière où les civils sont par la suite autorisés à pénétrer.
A la recherche des responsables
L’explosion de lundi n’est pas le premier cas de civils tués ou blessés par des engins non explosés, ces dernières années.
En août dernier, six ouvriers étrangers ont été blessés lorsqu’un explosif ancien a explosé dans un champ près de Metula, dans le nord du pays, théâtre de violents affrontements ces trois dernières années.
De même, en octobre 2024, un ouvrier thaïlandais de 27 ans a été tué et un autre, blessé, lorsqu’une munition du Hezbollah a explosé dans un verger non loin du kibboutz Yiron, dans le Nord. Et en février de cette année, un enfant palestinien a été tué et deux autres blessés par l’explosion d’une munition de Tsahal non explosée près d’un champ de tir militaire, dans la vallée du Jourdain.
La responsabilité du déminage des munitions non explosées en Israël est répartie entre trois organismes : l’Autorité nationale d’action contre les mines du ministère de la Défense, l’armée et la police.
En vertu de la loi de 2011 sur le déminage des champs de mines et des munitions non explosées, l’organisme du ministère de la Défense est chargé de « planifier le déminage des champs de mines et des zones contenant des munitions non explosées et d’effectuer le déminage », ainsi que de « promouvoir, planifier et mener des activités de sensibilisation du public pour limiter les risques, en particulier parmi les populations vivant à proximité des champs de mines ou des zones contenant des munitions non explosées, et conseiller le système éducatif sur ces activités de sensibilisation dans les établissements scolaires ».
Un document figurant sur le site de l’Autorité nationale d’action contre les mines du ministère de la Défense définit son objectif comme « la localisation et destruction des munitions non explosées et dangereuses et/ou des munitions abandonnées sur les champs de bataille et les zones d’entraînement ».
Malgré cela, la radio de l’armée a rapporté mardi que le ministère déclinait toute responsabilité dans l’accident mortel, affirmant que « l’Autorité n’était pas supposée neutraliser les munitions non explosées résultant de tirs ennemis — ce qui est le travail de la police ».
Le chef de la police israélienne, Danny Levy, qui s’est adressé aux journalistes depuis les lieux de l’explosion mortelle de lundi, n’a pas abordé la question de la responsabilité de la police dans le déminage des engins non explosés, mais a précisé que la sortie scolaire avait reçu l’approbation de toutes les autorités compétentes.
En décembre 2024, l’armée israélienne avait fait part de son « opération d’envergure » dans une quarantaine de localités du nord d’Israël pour « nettoyer les équipements militaires, retirer les déchets et munitions non explosées », afin de permettre aux civils déplacés de revenir chez eux à la faveur du cessez-le-feu avec le Hezbollah.
Tsahal n’a pas fait part d’une semblable opération suite au dernier cycle de combats contre le groupe terroriste libanais, cette année.
Problèmes d’itinéraire
La randonnée scolaire — une excursion de trois jours le long du sentier d’Israël — avait été approuvée par le ministère de l’Éducation, malgré le panneau planté par le KKL-JNF (Fonds national juif) avertissant de « dommages de guerre » et édictant une « interdiction absolue de rendre dans la forêt ou sur les terrains de camping ».
Un avis similaire avait été publié sur le site Internet du KKL-JNF en mai 2025.
Le président du KKL-JNF, Eyal Ostrinsky, a déclaré mardi à la radio de l’armée que le sentier était fermé et qu’il ne comprenait pas pour quelle raison le ministère de l’Éducation avait approuvé cet itinéraire de randonnée. Il a ajouté que le KKL-JNF avait informé le PC opérationnel du ministère de l’Éducation, géré par la Société pour la protection de la nature en Israël (SPNI), que le site était fermé.
Dans un communiqué, le ministère de l’Éducation a déclaré que l’itinéraire approuvé pour la randonnée ne pénétrait pas dans une zone interdite, suggérant que le groupe s’était peut-être éloigné du sentier désigné.
« Dans le cadre du processus de validation de cette sortie scolaire, des consignes de sécurité explicites ont été émises, notamment l’interdiction stricte de toucher aux débris de missiles ou aux munitions non explosées, ainsi que la directive de signaler immédiatement de tels objets », a déclaré le ministère.
Le ministère de l’Éducation a indiqué qu’il poursuivait son enquête.
La police et l’armée ont déclaré qu’elles enquêtaient elles aussi sur les circonstances de l’incident et qu’elles passaient au peigne fin les sentiers situés le long de la frontière libanaise à la recherche d’éventuelles munitions.
Zone de danger
Les trois organismes responsables du déminage ont mené des campagnes de sensibilisation sur la question, bien qu’il reste difficile de savoir dans quelle mesure elles ont été effectivement relayées au sein du système éducatif ou du grand public.
Mardi, la radio de l’armée a cité des documents financiers du ministère de la Défense indiquant que plus d’un million de shekels avaient été dépensés ces deux dernières années dans des activités et campagnes de sensibilisation du public aux munitions non explosées, dont 750 000 shekels en 2025 et 450 000 shekels depuis début 2026.
Les documents ne précisent pas quelle part de ce budget a été consacrée aux activités de sensibilisation aux munitions non explosées au sein du système éducatif, comme l’autorité de déminage est tenue de le faire de par la loi.
La police a émis à de nombreuses reprises, pendant la guerre et à la suite d’explosions de munitions, des directives à l’attention du public lui ordonnant de signaler tout objet suspect et de ne pas y toucher.
Le Commandement du Front intérieur de l’armée a également diffusé des instructions similaires.
Suite à l’accident mortel de lundi, Tsahal a déclaré que le Commandement du Front intérieur étendrait sa campagne de sensibilisation du public au danger des munitions non explosées.
Compte tenu du nombre – inconnu – de tels engins non explosés — en particulier dans les zones ouvertes au public pour la randonnée ou dans les champs où travaillent des ouvriers agricoles — et du petit nombre d’opérations de déminage, la sensibilisation semble être le seul moyen efficace d’éviter qu’une tragédie similaire ne se reproduise.
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