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Face à la pénurie d’enseignants, Israël mise sur l’IA pour enseigner l’anglais aux collégiens

Le Premier ministre et le ministre de l'Éducation ont annoncé un programme national pour des cours d'anglais sur écran. Avec 40 % des 19 000 professeurs d'anglais non qualifiés, l'IA peut-elle faire pire ?

Le ministre de l'Éducation, Yoav Kisch, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec des élèves du collège Dekel Vilnai dans l'implantation de Maale Adumim, en Cisjordanie, pour le lancement d'un programme d'apprentissage de l'anglais via l'IA, le 11 juin 2026. (Haim Zach / GPO)
Le ministre de l'Éducation, Yoav Kisch, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec des élèves du collège Dekel Vilnai dans l'implantation de Maale Adumim, en Cisjordanie, pour le lancement d'un programme d'apprentissage de l'anglais via l'IA, le 11 juin 2026. (Haim Zach / GPO)

À la rentrée prochaine, les collégiens israéliens apprendront l’anglais grâce à l’intelligence artificielle, ont annoncé le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de l’Éducation, Yoav Kisch, le 11 juin dernier.

Netanyahu et Kisch ont fait cette annonce lors d’une visite au collège Dekel Vilnai, dans l’implantation de Maale Adumim, à l’est de Jérusalem, en Cisjordanie, l’un des 28 établissement membres du projet pilote national chargé de tester le système alimenté par l’IA, dans le cadre d’une initiative du ministère de l’Éducation en faveur de l’apprentissage personnalisé via la technologie.

« C’est l’une des révolutions les plus importantes et les plus ambitieuses jamais menées au sein du système éducatif », a déclaré Kisch. « Cela va permettre à chacun des élèves d’apprendre suivant ses capacités, son rythme de progression et ses besoins personnels. »

« Cette démarche place Israël à l’avant-garde des pays de la communauté internationale en matière d’intégration de l’IA dans l’enseignement. C’est un bond en avant pour tout le pays qui va préparer la prochaine génération à un monde en mutation », a-t-il ajouté.

L’initiative est baptisée « Projet 720 ». Selon le ministère, ce nom « est à l’image de sa philosophie unique : à 720 degrés – 360 degrés autour de l’élève et 360 degrés autour de l’équipe enseignante. »

Des enfants retournent à l’école après le cessez-le-feu dans la guerre contre le Hezbollah, à l’école primaire Gamla de Katsrin, sur le plateau du Golan, le 19 avril 2026. (Michael Giladi/Flash90)

« Nous passons d’un modèle d’enseignement unique pour tous à celui dans lequel chaque élève a la possibilité d’apprendre à sa manière, avec des exigences académiques élevées garantes de l’acquisition des compétences requises pour un monde en mutation », a déclaré dans un communiqué Meirav Zarviv, directrice générale adjointe de l’Administration de l’innovation et de la technologie, la branche du ministère en charge de ce programme.

« En plus, nous donnons aux enseignants des outils perfectionnés, des éléments et du soutien, ce qui va leur permettre de se concentrer sur le mentorat et la pédagogie », ajoute-t-elle.

Toutefois, nombre de questions demeurent sans réponse.

Un mois plus tôt, on avait appris que 22 % seulement des élèves israéliens de troisième avaient le niveau requis en anglais, suite aux examens menés en 2025 par l’Autorité nationale pour la mesure et l’évaluation en éducation (RAMA).

Le ministre de l’Éducation, Yoav Kisch, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec des élèves du collège Dekel Vilnai dans l’implantation de Maale Adumim, en Cisjordanie, pour le lancement d’un programme d’apprentissage de l’anglais via l’IA, le 11 juin 2026. (Haim Zach / GPO)

Le projet pilote mené dans 28 établissements est qualifié de « succès » par le ministère, mais aucune donnée chiffrée n’a été publiée. Contacté par le Times of Israel, le ministère a indiqué que les résultats du projet pilote seraient publiés d’ici la fin juillet.

Le porte-parole ajoute par courriel que ce projet pilote est évalué grâce à des indicateurs pédagogiques, émotionnels et organisationnels, à commencer par le niveau de motivation et d’autonomie des élèves, ainsi que la capacité des enseignants à apporter une aide personnalisée.

Au cours de la prochaine année scolaire, le Projet 720 sera déployé dans 180 établissements et appliqué aux mathématiques comme aux sciences.

Par ailleurs, l’enseignement de l’anglais assisté par l’IA doit être étendu à tous les collèges via un programme parallèle du nom d’ « Anglais pour tous ». (Le système scolaire public comprend les filières laïque, religieuse nationale et arabe, et seule une quantité limitée d’écoles ultra-orthodoxes y participent).

Toutefois, le ministère n’a pas détaillé le calendrier précis ni la logistique de ce déploiement national.

« Les programmes Projet 720 et L’anglais pour tous font partie de l’initiative nationale visant à intégrer l’intelligence artificielle dans le système éducatif et à renforcer l’enseignement de l’anglais, avec un budget total de près de 130 millions de shekels », indique le porte-parole au Times of Israel.

Interrogé sur l’infrastructure numérique et la formation des enseignants, le ministère répond que, pour l’heure, le programme s’appuie sur les infrastructures numériques existantes des établissements et que la formation des enseignants commencera à la rentrée.

Un élève utiliseune tablette à l’école. (Djavan Rodriguez/iStock)

« Les programmes seront mis en œuvre en utilisant les infrastructures numériques dont bénéficient actuellement les établissements », explique le porte-parole. « Les systèmes et outils numériques qui seront utilisés […] sont en cours de sélection : la formation des enseignants commencera à la rentrée et se poursuivra tout au long de l’année. »

Selon un article du journal israélien Haaretz, le ministère fournira les appareils et infrastructures nécessaires à tous les élèves et écoles d’Israël d’ici la rentrée scolaire suivante, en collaboration avec le ministère des Finances.

L’IA est-elle efficace pour apprendre ?

Netanyahu et Kisch ont tous deux insisté sur les opportunités que l’apprentissage par l’IA va offrir aux enfants israéliens.

« Israël est l’un des tout premiers pays à mettre en œuvre l’IA au service de l’apprentissage personnalisé de chaque élève », a déclaré le Premier ministre.

Toutefois, de plus en plus d’experts et d’études, un peu partout dans le monde, soulignent que l’intelligence artificielle et l’utilisation des écrans n’aident pas les élèves à progresser et pourraient même avoir des effets néfastes.

Un bâtiment de Google sur le campus de l’entreprise à Mountain View, en Californie, le 24 septembre 2019. (Crédit : AP/Jeff Chiu)

Une étude de 2024 menée par des chercheurs de l’Université Columbia et publiée dans la revue PLOS ONE estime que les collégiens apprennent mieux sur un livre plutôt que sur un écran.

Un rapport complet publié cette année par le Center for Universal Education du groupe de réflexion américain Brookings a révélé que, pour l’heure, les risques de l’apprentissage avec l’IA l’emportaient sur les avantages potentiels.

« Des décennies de recherche en sciences du développement démontrent que la capacité des enfants à apprendre — y compris dans le cadre de la scolarité formelle — est façonnée par la croissance interconnectée de leurs capacités cognitives, sociales et émotionnelles », nous apprend le résumé de l’étude. « Ces domaines se renforcent mutuellement : les compétences linguistiques et de fonctions exécutives soutiennent les interactions sociales ; la régulation émotionnelle influence l’attention et la persévérance ; les relations sociales alimentent la motivation et la création de sens. »

Ce rapport est le fruit d’entretiens, de groupes de discussion et de consultations avec plus de 500 élèves, enseignants, parents, responsables éducatifs et technologues de 50 pays, ainsi que de l’analyse de plus de 400 études.

Des enfants arrivent pour le premier jour d’école à Jérusalem, le 1er septembre 2025. (Chaim Goldberg/Flash90)

Les auteurs reconnaissent que l’intelligence artificielle peut être utile pour l’apprentissage, mais qu’« en fin de compte, au stade actuel, les risques liés à l’utilisation de l’IA dans l’éducation éclipsent ses avantages ».

« C’est dû en grande partie au fait que les risques de l’IA diffèrent par nature de ses avantages : ces risques compromettent le développement fondamental des enfants », ont-ils écrit.

Ces dix dernières années, aux États-Unis, les appareils numériques se sont généralisés dans les écoles, souvent mis à disposition par les entreprises technologiques elles-mêmes (en particulier Google), qui y voient un investissement rentable pour élargir leur marché et fidéliser les clients dès le plus jeune âge. Mais à mesure que déclinent les résultats de ces élèves aux tests, comme leur bien-être émotionnel, nombre d’experts, établissements et enseignants remettent progressivement en cause l’apprentissage sur écran.

Des enfants israéliens entrant en CP vont à la rencontre de leur nouvel enseignant avant la rentrée, à l’école Tali de Jérusalem, le 28 août 2025 (Yossi Zamir/Flash90)

Des spécialistes israéliens interrogés par Haaretz mettent en avant les problèmes liés à la dépendance technologique.

« Si on demande à un enfant s’il préfère apprendre un sujet en lisant un texte ou en regardant une vidéo, il choisit généralement la vidéo », explique au Haaretz le Dr Yishay Mor, directeur du programme d’intelligence artificielle et d’éducation au Beit Berl College. « Mais quand on les teste, on constate qu’ils retiennent beaucoup mieux les textes, pas les vidéos. »

Interrogé sur les risques potentiels de l’apprentissage sur écran, le ministère dit viser une approche équilibrée incluant une utilisation efficace de l’IA, la sécurité et les compétences numériques.

« La technologie doit servir la pédagogie — pas l’inverse », explique porte-parole. « Les directives du ministère appellent à un équilibre entre apprentissage numérique et méthodes traditionnelles, sans oublier les nécessaires pauses et l’activité physique. »

« Il est important de faire le distinguo entre une utilisation éducative guidée et supervisée et une utilisation privée de loisir », ajoute le porte-parole. « Le ministère met par ailleurs en oeuvre une politique visant à réduire l’utilisation des téléphones portables au sein des établissements. »

« Une mesurette de plus »

Depuis des années, le système éducatif fait face au manque de professeurs d’anglais qualifiés.

« Le plus facile, c’est de mettre les enfants devant un écran », estime un professeur d’anglais du nord d’Israël interrogé par Haaretz. « Ce n’est pas comme ça qu’on apprend une langue. Rien ne remplace l’apprentissage avec un vrai enseignant, surtout à cet âge. »

« C’est une mesurette de plus pour traiter un vrai problème : il n’y a pas assez d’enseignants », poursuit-il.

En 2024, un rapport du contrôleur de l’État dénonçait le manque de professeurs d’anglais et révélait que près de 40 % des 19 000 professeurs d’anglais du système scolaire public n’avaient pas de formation officielle.

Une classe vide dans une école de Givatayim, pendant une grève des enseignants, le 6 mai 2025. (Miriam Alster/Flash90)

Selon Zarviv, le ministère a l’intention d’investir au niveau des enseignants afin qu’ils soient les moteurs de l’apprentissage.

« Notre approche consiste à mettre les enseignants d’abord », explique-t-elle à Haaretz. « La majeure partie du budget va à la formation. »

La question reste ouverte de savoir qui fournira les appareils à chaque collégien.

Selon le communiqué du ministère de l’Éducation, le Projet 720 est mené « en collaboration avec des personnes de tout premier plan de la Tech, de l’industrie et du monde universitaire », dans le cadre d’une « initiative commune pour permettre au système éducatif d’apporter aux élèves les compétences requises par le futur marché du travail. »

Interrogé sur les entreprises technologiques impliquées dans le projet, le ministère a refusé de répondre. Selon Haaretz, Google et Microsoft en seraient partenaires.

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