Faculté Northwestern : des étudiants menacés de sanctions pour avoir refusé de regarder une vidéo sur l’antisémitisme
Bien qu'il ne soit pas nécessaire d'approuver le contenu de la formation créée par la Jewish federation de Chicago, des dizaines de personnes protestent contre un contenu qualifié de "partial"
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JTA – Après que le Guardian a rapporté la semaine dernière que des centaines d’étudiants de l’Université Northwestern étaient exclus de cours, faute d’avoir accepté de regarder une vidéo de formation à l’antisémitisme, l’université a apporté une clarification lundi : le nombre réel d’étudiants pénalisés est évalué à une trentaine.
Mais d’autres éléments de l’histoire demeurent : les étudiants boycottent la vidéo dont le contenu leur semble « partial » – une vidéo que l’université a rendue obligatoire cette année suite aux accusations d’antisémitisme liées aux manifestations pro-palestiniennes sur le campus.
Dans une lettre adressée aux administrateurs de Northwestern le mois dernier, plus de 200 étudiants, professeurs et autres personnes non affiliées à l’université ont critiqué la vidéo de formation intitulée « L’antisémitisme ici et maintenant » qualifiée par eux de « négationniste, non scientifique, discriminatoire et moralement nuisible ».
La vidéo de 17 minutes a été créée Jewish United Fund of Chicago, la fédération juive de Chicago, à la demande de Northwestern formulée l’an dernier.
L’article du Guardian évoque des critiques faisant état d’une partialité en faveur d’Israël et d’un manque d’efficacité pour protéger les Juifs.
La vidéo, que la Jewish Telegraphic Agency a examinée, donne un aperçu de l’histoire du judaïsme, d’Israël et de l’antisémitisme et explique que certaines critiques d’Israël peuvent virer à l’antisémitisme ou y ressembler, mais souligne à plusieurs reprises que toutes les critiques d’Israël ne sont pas antisémites.
Elle dit que l’anti-sionisme est généralement antisémite.
« L’anti-sionisme se définit comme le fait de s’opposer au droit des Juifs à l’autodétermination. L’anti-sionisme prend également de nombreuses formes, dont la plupart sont antisémites, puisqu’elles vont à l’encontre des droits humains des Juifs », explique un rabbin anonyme. « L’anti-sionisme n’est pas synonyme de critique d’Israël. Les démocraties prospèrent grâce à la critique. La critique d’Israël est acceptable tant qu’elle ne repose pas sur des théories du complot concernant les Juifs, des déformations de l’histoire ou des clichés antisémites. »
La vidéo débute par une mise en garde du rabbin, qui semble être Jonathan Posner, de Metro Chicago Hillel, une organisation soutenue par la JUF, dans laquelle il indique que certains Juifs « pourraient ne pas être d’accord » avec les informations fournies.
« Certains Juifs pourraient être en désaccord avec certaines des idées présentées, et ce n’est pas grave. La culture juive valorise les divergences d’opinion et le débat. Cette formation est représentative de la majorité des Juifs », explique le narrateur.
L’université, dans un communiqué, a fait savoir que les étudiants n’étaient « pas tenus d’approuver les modules de formation », mais qu’ils devaient respecter le code de conduite qui leur est imposé. (La lettre des étudiants boycottant le cours contenait également des critiques visant le code de conduite, qui imposait des restrictions aux manifestations étudiantes.)
La vidéo de formation a été approuvée par Michael Simon, directeur exécutif de Northwestern Hillel. Ce dernier, dans un e-mail, a indiqué que la sensibilisation à l’antisémitisme était « essentielle », et que la formation offrait un « point de départ » à un approfondissement des connaissances dans le cadre scolaire.
Pour Claire Conner, étudiante à Northwestern et présidente étudiante de Hillel, le boycott par ses camarades de la vidéo de formation sur l’antisémitisme a été un choc.
« J’ai été extrêmement étonnée quand j’ai entendu parler pour la première fois de boycott au sujet de cette formation. Je venais juste de la regarder, et j’avais été agréablement surprise par le niveau de pluralisme et de nuance de son propos, ce qui rendait d’autant plus incompréhensible le fait que des gens s’insurgent contre elle », a indiqué Conner.
Conner a fait remarquer que les étudiants n’étaient pas tenus d’approuver la formation, ajoutant avoir été « déçue » que certains aient refusé d’y participer.
« Personne n’est obligé d’approuver le contenu de la formation. La seule chose qui est demandée, c’est d’écouter », a déploré Conner. « Constater que tant d’étudiants ont refusé ne serait-ce que d’écouter pour comprendre l’histoire juive, notre culture et les préjugés néfastes auxquels s’identifie la grande majorité des Juifs, c’est très décevant. »
Cette formation obligatoire a été annoncée par l’école en mars, dans un e-mail adressé à l’ensemble des étudiants, citant le décret du 29 janvier du président américain Donald Trump, intitulé « Mesures supplémentaires pour lutter contre l’antisémitisme« .
L’an dernier, alors que les manifestations pro-palestiniennes continuaient de secouer les campus à travers le pays, Northwestern a été l’une des premières universités à entamer des négociations directes avec les manifestants, poussant le comité en charge de l’anti-antisémitisme de l’établissement à démissionner en bloc à la suite des critiques suscitées par cet accord.
En avril, l’université a fait face à un gel de près de 800 millions de dollars de fonds fédéraux par l’administration Trump, suite à des allégations selon lesquelles elle n’aurait pas réussi à faire baisser l’antisémitisme sur son campus. À l’approche du semestre d’automne, après plus d’un an de critiques concernant sa gestion des manifestants pro-palestiniens et de l’antisémitisme sur le campus, Michael Schill, le président juif de l’université, a finalement démissionné.
Si Conner a déclaré que les tensions sur le campus avaient atteint leur paroxysme après l’invasion d’Israël par le Hamas le 7 octobre 2023 et avec les manifestations étudiantes contre la guerre qui s’en est suivie à Gaza, elle estime toutefois que Northwestern a depuis « fait de grands pas dans la bonne direction » et que le campus a désormais retrouvé un climat « relativement calme ».
Selon la JUF, la vidéo a été créée conformément à la définition de l’antisémitisme donnée par l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA), une définition largement adoptée, qui a fait aussi l’objet de critiques pour avoir qualifié certains propos anti-Israël d’antisémites.
La lettre de boycott s’est intéressée à cette question, énumérant une litanie d’objections.
« Même si elle affirme qu’il est possible de critiquer la politique de l’État israélien, cette vidéo élargit la définition de l’antisémitisme à des cas où les images et les mots visent la violence perpétrée par l’État d’Israël », indique la lettre à propos de la vidéo. « Ainsi, alors que la critique politique est en théorie autorisée, dans la pratique ça ne semble pas du tout être le cas. »
La lettre condamne également la vidéo, qui empêcherait les étudiants palestiniens de « défendre le droit des Palestiniens à l’autodétermination, puisqu’elle interdit toute critique d’une structure étatique qui privilégie les Juifs par rapport aux non-Juifs ».
Et de poursuivre : « Nous craignons également que l’utilisation cynique d’une formation anti-discrimination pour interdire toute contestation des actions d’un gouvernement de droite ne nuise à la crédibilité et à l’intégrité des mesures de protection contre la discrimination que cette formation prétend promouvoir. »
L’article du Guardian mentionne également une organisatrice étudiante, Micol Bez, selon laquelle la JUF s’est opposée à un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas.
Cette affirmation pourrait faire référence à une résolution de cessez-le-feu adoptée en janvier 2024 par le conseil municipal de Chicago, à laquelle la JUF s’est opposée au motif qu’il s’agissait d’une mesure « partiale », selon Dan Goldwin, directeur des affaires publiques de la fédération.
« Ce que nous voulons, c’est voir la violence cesser le plus rapidement possible, avec le retour de nos otages. Ainsi, nous pourrions aller de l’avant, vers quelque chose de mieux », a déclaré Goldwin. « Mais non, nous ne sommes pas opposés à un cessez-le-feu, nous sommes opposés à une résolution de cessez-le-feu très particulière, en attente devant le conseil municipal de Chicago. »
La lettre critique également la carte d’Israël intégrée dans la vidéo de formation, incluant le plateau du Golan et la Cisjordanie, ainsi que l’utilisation du terme « Judée et Samarie », le nom biblique de la Cisjordanie, privilégié par le gouvernement israélien et ses partisans de droite.
Selon Goldwin, le groupe a délibérément utilisé une carte d’Israël « dessinée à la main, dans le style d’un dessin animé » afin d’éviter « d’essayer de se représenter ce à quoi les frontières réelles ressembleraient ou devraient ressembler ». Le mot « Judée », a-t-il ajouté, vise surtout à mettre en avant un point particulier dans la vidéo, et non à approuver le langage du gouvernement israélien.
« Le contexte dans lequel ces éléments apparaissent dans la vidéo vise essentiellement à fournir aux spectateurs une orientation générale sur l’emplacement d’Israël, notre ancienne patrie, celle d’où viennent les Juifs, ainsi que le mot Judée et sa signification. C’est de ce terme que vient le mot Juif », a expliqué Goldwin. « Il ne s’agissait pas de proposer une délimitation politique exacte. »
En réponse à cette vidéo, la section de Northwestern du groupe étudiant anti-sioniste Jewish Voice for Peace a mis au point une formation alternative sur l’antisémitisme, qui se déroulera mardi dans un bâtiment de l’université. Le groupe étudiant n’a pas répondu aux demandes de commentaires de la Jewish Telegraphic Agency.
« Alors que l’antisémitisme gagne du terrain dans le monde entier et qu’il est utilisé comme arme pour faire taire le militantisme palestinien, il est plus important que jamais de comprendre ce qu’est réellement l’antisémitisme et comment le combattre », peut-on lire dans une publication sur Instagram consacrée à cette formation. « Rejoignez-nous mardi pour suivre une formation sur l’antisémitisme animée par un membre de la communauté de Chicago. »
Goldwin a indiqué que la vidéo n’avait pas été diffusée dans d’autres universités. Il a toutefois fait savoir que son contenu était identique à celui des formations sur l’antisémitisme que la JUF avait proposées dans d’autres lycées et universités durant « plusieurs décennies ».
Goldwin, malgré les critiques formulées à l’encontre de cette formation, espère qu’elle pourra fournir « un récapitulatif et des explications importants de l’expérience vécue par des milliers et des milliers de Juifs ».
« Nous devons garder à l’esprit que cette vidéo est un outil pédagogique, et que nous ne serons pas toujours d’accord avec tout ce que contiennent de tels outils », a-t-il déclaré. « Personne, à la fin de cette vidéo, ne vous demande de certifier que vous êtes d’accord avec tout ce que vous venez de visionner. Mais nous espérons qu’elle vous sensibilisera à la situation qui est celle de certains de vos camarades juifs, et à ce qui peut affecter leur capacité à vivre une expérience universitaire fructueuse et bénéfique. »
Conner a pour sa part fait part de son espoir de voir les étudiants « réévaluer » leur décision de boycotter la vidéo, compte tenu de la hausse du nombre d’incidents antisémites à l’échelle nationale.
« Je trouve très inquiétant de voir autant d’étudiants refuser le simple fait d’écouter une formation sur l’histoire et la culture juives, ainsi que sur l’histoire et les causes de l’antisémitisme, alors que celui-ci est en hausse dans tout le pays », a-t-elle confié. « J’espère que davantage de personnes accepteront de revoir leur décision, et se rendront compte de l’importance d’au moins écouter ce point de vue, et de s’y intéresser avec respect. »
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