Famille juive empoisonnée : Le tribunal écarte la circonstance aggravante d’antisémitisme
La nourrice algérienne a été condamnée à deux ans et demi de prison ferme
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Le tribunal correctionnel de Nanterre a condamné jeudi à deux ans et demi de prison ferme une nourrice pour avoir empoisonné en janvier 2024 les parents d’enfants juifs dont elle avait la garde, mais a écarté la circonstance aggravante d’antisémitisme.
« L’élément fondamental sur lequel se fonde le tribunal, c’est la gravité des faits, non pas dans leurs conséquences mais dans les modalités de leur réalisation », a expliqué le président du tribunal, estimant qu’il s’agissait d’une « trahison majeure de la confiance » accordée par les parents.
Le tribunal n’a toutefois pas retenu la circonstance aggravante d’antisémitisme requise par le parquet lors du procès.
Il a estimé que les propos incriminés de la nourrice ayant été tenus plusieurs semaines après la commission des faits et ayant été retranscrits par un officier de police judiciaire sans la présence d’un avocat, il était impossible de condamner la prévenue pour antisémitisme.
Le président du tribunal a évoqué un « abus de pouvoir » et un « traumatisme durable » pour la famille, regrettant la « position erratique » de la prévenue tout au long du processus judiciaire.
Lors de sa garde à vue, cette nourrice de nationalité algérienne avait admis avoir versé des produits de nettoyage dans des bouteilles d’alcool, disant agir en raison d’un conflit sur sa rémunération pour la garde des enfants de 2, 5 et 7 ans de cette famille de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine).
Mais lors du procès mardi dernier, la femme de 42 ans était revenue sur ses aveux, affirmant avoir « inventé une histoire » sous la pression des policiers.
Une rétractation loin de convaincre le président du tribunal, qui avait rappelé à la nourrice qu’elle avait elle-même mentionné avoir ajouté de l’eau savonneuse dans une bouteille de whisky et de jus de raisin.
Un démaquillant et un plat de pâtes avaient également été contaminés par des produits nettoyants, ont affirmé les enquêteurs.
« La thèse de la manipulation policière semble pouvoir être écartée », a déclaré le président du tribunal lors de la lecture de la condamnation.
Lors d’une perquisition à son domicile, la nourrice avait affirmé avoir agi de la sorte contre ses employeurs « parce qu’ils ont de l’argent et le pouvoir, j’aurais jamais dû travailler pour une Juive ».
Le parquet avait dans un premier temps décidé de ne pas retenir la circonstance aggravante d’antisémitisme. Le juge d’instruction avait émis un avis différent, que le ministère public avait fini par suivre lors de ses réquisitions à l’audience, évoquant « un antisémitisme latent ».
La nourrice a pour sa part admis qu’il s’agissait d’une « phrase de haine » et présenté ses excuses aux parents, assurant ne pas être raciste ou antisémite.
Le tribunal l’a également condamnée pour usage de faux administratif, en l’occurrence une carte d’identité nationale belge factice. Elle se voit interdite du territoire français pendant cinq ans.
« Nous attendons du parquet qu’il interjette appel de ce jugement », a réagi auprès de l’AFP Me Sacha Ghozlan, l’avocat des parents.
Dans un communiqué, Me Ghozlan et son confrère Me Patrick Klugman disent regretter que le tribunal n’ait pas « pris en compte un faisceau d’indices concordants (témoignages des enfants, de tiers, publications sur les réseaux sociaux, objets de culte visés) qui donnaient à cet acte extrêmement grave toute sa portée ».
« Écarter la circonstance aggravante de l’antisémitisme dans une affaire de cette nature envoie un signal particulièrement préoccupant », a pour sa part déploré Me Céline Bekerman, avocate de la Licra, partie civile au procès.
L’avocate de l’accusée, Me Solange Marle, s’est dite « satisfaite » de la relaxe pour antisémitisme.
« Heureusement, les juges font leur travail consciencieusement et de manière indépendante et savent constater que la circonstance aggravante d’antisémitisme ne s’appliquait pas dans ce dossier », a-t-elle affirmé.
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