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Fierté LGBT à New York : accueil contrasté pour les participants juifs

Entre ovations et huées, les contingents juifs ont vécu des expériences très distinctes lors de la Marche des fiertés, signe de tensions liées au sentiment anti-Israël

Dillon Perez agite un drapeau de la fierté juive lors de la Marche des fiertés de New York, le 29 juin 2026. (Grace Gilson/JTA)
Dillon Perez agite un drapeau de la fierté juive lors de la Marche des fiertés de New York, le 29 juin 2026. (Grace Gilson/JTA)

New York Jewish Week — Dimanche dernier, Dillon Perez a été tour à tour hué et applaudi, en sa qualité de Juif, lorsqu’il a agité son grand drapeau arc-en-ciel frappé d’une étoile de David lors de la Marche des fiertés de New York.

En défilant plus tôt dans la journée avec le groupe « Jew York Pride », Perez a été accueilli par des acclamations et des cris de « Fierté juive » de la part des spectateurs. Mais quelques heures plus tard, après avoir rejoint un second contingent juif organisé par le groupe progressiste pro-Israël « Zioness », ce sont des huées et « Libérez la Palestine ; nique Israël » que Perez a essuyés.

« Il y a une sensibilité autour du mot « sioniste » », explique Perez, 30 ans. « Entre les deux groupes, la réaction de la foule a été très différente, c’est un fait. »

Bien que les deux groupes aient agité des drapeaux de la Pride arborant l’étoile de David et bien qu’ils aient voulu célébrer leur double identité dimanche, la dualité des réactions a révélé la réalité complexe à laquelle de nombreux Juifs LGBTQ disent faire face lors des événements de la Pride depuis le 7-octobre – et au sein de la communauté LGBTQ à titre général.

Sheri Krell, 39 ans, a défilé avec le contingent de Zioness, porteur d’une imposante banderole à son nom, assorti du slogan : « Progressistes sans complexe, sionistes sans réserve ». Selon elle, malgré les invectives, il était important d’afficher des symboles juifs lors de la Pride.

« Oui, il y a eu des cas de harcèlement verbal, mais malgré tout, je pense qu’il était important d’être là, d’occuper l’espace et de représenter les homosexuels juifs au sein de la Parade », souligne Krell. « Parce que nous n’avons pas reçu que de la haine, nous avons aussi reçu beaucoup de choses positives. »

Du point de vue d’Alex Kaufman, 33 ans, membre de Zioness et organisateur de son groupe, le « point de rupture » a été atteint au sein des communautés queer, ces espaces étant devenus « plus qu’inhospitaliers pour les Juifs, qui sont souvent sionistes ou qui ont un semblant de relation avec Israël. »

Des Juifs membres du groupe
« Zioness » lors de la Marche des fiertés de New York, le 28 juin 2026. (Gracieuseté, Alex Kaufman via la JTA)

« Nous nous sommes rassemblés aujourd’hui pour offrir aux personnes queer juives un espace sûr pour célébrer la Pride, de façon à ce qu’elles puissent être elles-mêmes en toute sécurité, sans réserve », ajoute Kaufman.

Si le groupe Zioness a été accueilli avec hostilité, le groupe Jew York Pride a connu une réaction bien différente.

Rivka Schafer, qui a défilé avec le groupe Jew York Pride, s’était elle aussi préparée aux mêmes invectives antisémites que celles endurées les années précédentes à la Pride de New York – mais en pure perte.

Lorsque Schafer et des dizaines de Juifs LGBTQ ont défilé, sous un soleil de plomb, ils ont été au contraire acclamés par les spectateurs auxquels ils ont distribué des centaines de drapeaux de la Pride ornés d’une étoile de David.

Le groupe « Jew York Pride » défile lors de la Marche des fiertés de New York, le 28 juin 2026. (Grace Gilson/JTA)

« Les choses se sont nettement calmées ces dernières années », estime Schafer, 21 ans. « La Pride d’il y a deux ans était effrayante. Alors que cette année, je n’ai pas eu peur. »

Ce sont près de 75 000 marcheurs, dont le maire de New York Zohran Mamdani — qui ne soutient pas l’existence d’Israël en tant qu’État juif — et la gouverneure de New York, Kathy Hochul, qui sont descendus dans la rue devant 2 millions de spectateurs pour la 56e Marche des Fiertés de New York, qui avait cette année pour thème « Pour nous tous ».

Mais pour nombre de participants juifs, les festivités se sont déroulées avec un des arrière-pensées inquiètes.

« C’est beaucoup plus dur d’être juif dans les espaces queer, et c’est souvent difficile aussi d’être queer dans les espaces juifs », confie Schafer. « Nous avons vu un très grand nombre de personnes, ici, qui ont grand besoin de se trouver une communauté. »

L’an dernier, le défilé des Fiertés d’Ottawa avait dû être annulé suite au blocage du parcours par des manifestants pro-palestiniens et anti-Israël, et en 2024, les Jewish Lesbians in New York avaient organisé leur propre célébration, Shalom, Dykes, après que les organisateurs de la Dyke March ont placé leur défilé sous le thème « Lesbiennes contre le génocide ».

Samedi, le sénateur juif de l’État de Californie, Scott Wiener, a fait savoir sur X qu’il avait été harcelé « verbalement et physiquement » alors qu’il assistait à une marche trans à San Francisco, plus tôt dans la semaine.

Les spectateurs acclament le groupe
« Jew York Pride » lors de la Marche des fiertés de New York, le 28 juin 2026. (Grace Gilson/JTA)

Selon Nate Shalev, cofondateur de Shalom, Dykes, les Juifs LGBTQ commencent à « prendre conscience des endroits dont ils sont exclus et de ceux où ils peuvent aller ».

« Le distinguo se fait lorsque nous parlons de relations avec Israël, et lorsque nous parlons d’inclure les sionistes », explique Shalev. « Quand on parle de cet aspect des choses, c’est là qu’apparait cette dichotomie sur le type de Juifs qui sont ou non les bienvenus. »

Pour nombre de participants, le groupe Jew York Pride leur a permis de célébrer leur identité LGBTQ et leur identité juive sans se sentir obligés de choisir entre les deux.

Alec Burroughs, un participant de 32 ans issu de la communauté orthodoxe moderne, estime qu’il est de plus en plus difficile d’être profondément ancré à la fois dans une identité juive et LGBTQ.

« Marcher avec ce groupe est une belle façon de rassembler ces deux aspects d’une manière apparemment ouverte et acceptée », explique Burroughs.

Pour le groupe Jew York Pride, la journée a commencé à la congrégation Beit Simchat Torah, l’une des premières synagogues de New York à s’être tournée vers la communauté LGBTQ, où les participants et les sympathisants ont discuté autour de bagels arc-en-ciel et de rugelach.

Dimanche matin, les participants ont été informés de la présence possible de « perturbateurs » lors des festivités, mais le groupe Jew York Pride a rencontré peu d’hostilité le long du parcours.

Portant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Nous sommes ici, queer et juifs ! » ou « Pratiquants et fiers », ainsi que des drapeaux israéliens et de la fierté juive, le groupe Jew York Pride a défilé encadré par quatre agents de sécurité formés à la désescalade des confrontations avec les spectateurs.

Des membres du groupe « Jew York Pride » distribuent des drapeaux de la fierté juive lors de la Marche des fiertés de New York, le 28 juin 2026. (Grace Gilson/JTA)

« C’est une telle bra’ha [bénédiction] pour moi de pouvoir ne serait-ce qu’avoir un drapeau comme celui-ci, de pouvoir l’agiter, d’être à un endroit où je peux dire « Oui, je suis juive et queer et je suis là et je ne vais pas disparaître » », confie Schafer, qui portait à la fois un drapeau israélien et un drapeau de la fierté juive.

Derrière une voiture ornée de drapeaux de la fierté juive qui diffusait de la musique à plein volume, les marcheurs de Jew York Pride s’étaient répartis cette année en deux groupes : un groupe de jeunes organisé par Keshet, le groupe national de défense des Juifs LGBTQ, et Jewish Queer Youth, et un groupe d’adultes dirigé par Shalom, Dykes et Eshel.

Pour Rachael Fried, directrice exécutive de Jewish Queer Youth, organisation sans but lucratif qui vient en aide aux jeunes LGBTQ issus de foyers orthodoxes, hassidiques ou séfarades/mizrahim, le défilé de dimanche a rappelé que certains Juifs pouvaient encore avoir leur place lors du Défilé.

Une personne fait le signe de la paix à sa fenêtre au passage des participants de
« Jew York Pride » lors de la Marche des fiertés de New York, le 28 juin 2026. (Grace Gilson/JTA)

« C’est un peu trop facile de regarder la situation globale dans le pays et dans le monde, et d’en déduire que les Juifs queer ne sont pas les bienvenus à la Marche des Fiertés », estime Fried. « L’inquiétude est bien réelle, et il faut la prendre au sérieux, mais sans laisser la peur faire obstacle à notre joie queer et juive. »

Du point de vue de Jaimie Krass, présidente et directrice générale de Keshet, le regain d’antisémitisme et de la haine anti-LGBTQ aux Etats-Unis ne fait que renforcer l’importance d’être présent lors de cette marche des Fiertés.

« Il faut montrer l’exemple, montrer que nous sommes à notre place, que nous savons que l’intégration passe parfois par la lutte, et que nous ne sommes pas seuls dans ce combat », conclut Krass.

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