France : Antisémitisme, racisme, homophobie… la justice face à une haine décomplexée en ligne
En 2025, le Pôle national de lutte contre la haine en ligne a enregistré 1 072 dossiers, toutes haines confondues : un pic inédit depuis sa création en janvier 2021
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Caricatures, messages violents… La haine en ligne, qu’elle soit antisémite, raciste ou homophobe, atteint un niveau sans précédent en France, sous l’effet d’une parole de plus en plus libérée et d’un effet de meute, alerte la justice.
En 2025, le Pôle national de lutte contre la haine en ligne (PNLH), qui dépend du parquet de Paris mais a une compétence nationale, a enregistré 1 072 dossiers, toutes haines confondues : un pic inédit depuis sa création en janvier 2021.
Les signalements, d’environ 550 par an en 2021 et 2022, ont « doublé » après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, et la guerre qui a suivi à Gaza, souligne Anissa Zeghlache, cheffe du PNLH, dans un entretien à l’AFP.
Et depuis, « le niveau global (des propos haineux) ne redescend pas », malgré la baisse en 2025 de ceux en lien avec ce conflit.
« On observe vraiment une logique de défouloir, de lâchage. Tout est désormais prétexte à l’invective raciste, antisémite, sexiste ou homophobe. Avec l’anonymat qu’offrent les réseaux sociaux, les barrières morales sautent », déplore la magistrate, évoquant un phénomène « inquiétant ».
La procureure de Paris, Laure Beccuau, a fait de cette problématique l’une des « priorités » de son parquet : « Les discriminations de toute nature, les propos haineux, quels qu’ils soient, constituent un coup de poignard porté au pacte social et à notre République », dénonce-t-elle.
« Passages à l’acte »
« C’est à force de propos répétés que peuvent se produire des passages à l’acte violents, parfois de façon totalement décomplexée », met-elle en garde.
Le PNLH a été créé peu après l’assassinat du professeur Samuel Paty par un islamiste tchétchène, victime d’une campagne de haine sur Internet.
Dans un bureau du tribunal de Paris, un membre de l’équipe du PNLH, un assistant spécialisé et ancien policier, « fige », « comme le ferait un huissier », les messages violents le plus rapidement possible, avant qu’ils ne soient supprimés.
Un tiers des signalements provient d’internautes via la plateforme Pharos. Le reste provient d’associations, d’institutions ou d’élus, entre autres.
Les messages sont compilés avec la date, le type d’infraction et le contexte par le PNCLH, qui adresse des réquisitions aux plateformes numériques et saisit des enquêteurs afin d’identifier, d’interpeller et d’entendre les suspects.
Les propos haineux peuvent prendre des formes anciennes ou nouvelles, ouvertes ou cachées, afin de « contourner la modération ».
En ce qui concerne le racisme, on peut ainsi passer de « sales singes » à « bamboula », en passant par les termes « noix » et « arbres » (pour désigner les personnes noires et arabes), qui sont très présents depuis 2025 dans les messages d’une frange de l’extrême-droite.
« Dragons célestes »
Même mécanisme pour l’antisémitisme, avec des représentations « très archaïques » (nez crochu, rats, croix gammées, etc.) mais aussi des « codes » comme les J ou les dragons célestes pour désigner les personnes juives.
Quant aux auteurs, tous les âges et tous les milieux sociaux sont concernés. Mais le profil varie selon les thématiques.
Le cyberharcèlement ayant visé, pendant les Jeux olympiques de Paris, le directeur artistique Thomas Jolly était ainsi principalement le fait d’hommes mûrs, se disant heurtés dans leurs convictions catholiques par une scène de la cérémonie d’ouverture.
À l’inverse, dans le cyberharcèlement visant l’influenceuse juive Magali Berdah, les prévenus étaient surtout de jeunes femmes de confession musulmane, tandis que dans celui visant l’influenceuse Maeva Ghennam, musulmane et anti-Israël, il s’agissait de femmes et d’hommes juifs.
Deux catégories se dessinent.
D’un côté, des « professionnels de la haine », connus des services judiciaires, qui assument leur positionnement idéologique et revendiquent leur liberté d’expression, jouant ainsi avec la ligne complexe que la justice a pour boussole.
De l’autre, une masse de particuliers, souvent inconnus de la justice, qui « voient passer des messages et ajoutent le leur sans se rendre compte qu’ils participent à une meute », explique Zeghlache.
Cette dimension est centrale lors de l’audience, beaucoup expliquant n’avoir pas pris conscience auparavant de « l’effet de masse » ressenti par la victime, dont la santé peut être durement affectée.
Les peines encourues vont du stage de sensibilisation, lorsque les auteurs, inconnus de la justice, tiennent des propos d’une gravité moyenne et s’excusent, à la prison ferme ou avec sursis, en fonction des antécédents et de la gravité des faits.
la Communauté du Times of Israël !







