Frontière libanaise : ciblé par le Hezbollah, un village prépare son retour (et sa victoire)
Le gouvernement investit 6 milliards de dollars pour repeupler le nord. À Shtula, détruit à 64 % et désert, 15 nouvelles maisons fortifiées vont être construites
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SHTULA – En cet après-midi au On The Border Café, Ori Eliyahu prépare un expresso bien serré à un client avant de poser son regard sur la barrière de béton connue sous le nom de « Murs Parlants ».
Celui qui est le 28e des 51 petits-enfants de Salah Eliyahu, l’un des fondateurs de cette communauté agricole, montre du doigt les fresques murales colorées situées au niveau de la frontière avec le Liban.
« Les gens hésitent encore à venir ici, même avec le cessez-le-feu », déclare Eliyahu, 30 ans. « Nous espérons que la situation va s’améliorer, histoire que les gens reviennent. »
Ce dimanche, faisant fi des missiles du groupe terroriste du Hezbollah au Liban, le gouvernement a lancé une campagne, à la télévision comme sur les réseaux sociaux pour faire la publicité de maisons en construction dans 28 communautés de la ligne de front, dans le but d’encourager l’installation à Shtula et ailleurs, dans le nord d’Israël.
Cette campagne s’inscrit dans le cadre d’un programme financé à hauteur de 18 milliards de shekels, alloués aux communautés situées jusqu’à neuf kilomètres de la frontière libanaise, comme c’est le cas de Shtula. Piloté par Tnufa LeTsafon (Élan du Nord, en hébreu), ce programme vise à accélérer la construction de nouveaux quartiers et à améliorer le transport, l’emploi et les services de santé dans cette zone que les habitants surnomment « la périphérie de la périphérie ».
À Shtula, 15 maisons préfabriquées, connues en hébreu sous le nom de caravillas, équipées de pièces blindées à l’épreuve des tirs de roquettes et de missiles, seront proposées à la location à titre d’essai. Le loyer exact, fixé par le gouvernement, n’a pas encore été annoncé.
« Nous avons les ressources et nous travaillons dur pour aider les habitants. L’objectif est de doubler sinon tripler la population de Shtula dans les toute prochaines années », explique au Times of Israel David Cohen, directeur général du conseil régional de Maale Yosef.
Shtula est l’une des 22 communautés sous la juridiction de ce conseil dans la Haute et la Basse Galilée.
« C’est la riposte aux terroristes. »
Sharon Hen, la directrice de la communauté du village, reçoit le Times of Israel dans son bureau récemment rénové. Le bâtiment, situé au centre du village, sous de grands arbres, avait été touché par des tirs de roquettes du Hezbollah pendant la guerre.
« Nous avons fort à faire pour reconstruire Shtula… À Shtula actuellement, il y a exactement 197 personnes », explique Hen. « Et je compte scrupuleusement tout le monde. »
Certains habitants ne sont toujours pas revenus à Shtula, ajoute Hen. Toutefois, 12 nouvelles familles sont arrivées il y a peu.
« Vivre dans une petite communauté avec le supermarché le plus proche à 24 kilomètres n’a rien de facile », admet Hen. « Et la situation sécuritaire demeure incertaine. »
« Nous savons qu’il y a encore des tunnels du Hezbollah tout près », ajoute-t-elle. « Mais nous sommes là. » Elle s’interrompt avant de poser une question rhétorique : « Où aller, sinon ? »
Aux abords d’une zone de conflit
Cette communauté isolée, fondée par de solides agriculteurs originaires du Kurdistan et d’Irak, est entourée des beautés de la nature. On y trouve des poulaillers, des pommeraies, des verges de poiriers et de pêchers, plusieurs restaurants et une ferme qui produit du fromage de chèvre.
Mais le 7 octobre 2023 — lorsque des milliers de Gazaouis ont déferlé sur Israël, envahissant des communautés, des festivals de musique, des postes de l’armée et d’autres lieux, massacrant plus de 1 200 personnes et faisant 251 otages lors du pogrom le plus meurtrier depuis la Shoah — les habitants ont quitté Shtula.
Dès le lendemain, le Hezbollah a tiré à un rythme presque quotidien des roquettes et des drones sur le nord d’Israël, ce à quoi le gouvernement a réagi en donnant l’ordre d’évacuer Shtula et les 60 000 habitants de 32 communautés du nord.
Depuis le 19 juin dernier, les violences transfrontalières ont décru du fait de l’entrée en vigueur d’un fragile cessez-le-feu entre Israël et le groupe terroriste du Hezbollah, soutenu par l’Iran, négocié par l’administration Trump. Pour autant, Shtula n’a vu revenir que 60 % de ses 300 habitants ; ils ont commencé à revenir début 2025 lorsque le gouvernement a autorisé un retour progressif à la faveur du précédent cessez-le-feu dans le nord, en novembre 2024.
Plus de deux ans et demi de bombardements du Hezbollah ont détruit 64 % des bâtiments de Shtula : ces douze derniers mois, 80 % d’entre eux ont été réparés.
« Le mode de vie d’ici a toujours ressemblé à celui des Amish », confie Eliyahu, 30 ans. « C’est une vie très simple, loin de la ville. »
Après plus de deux ans de fermeture, le On The Border Café a récemment rouvert ses portes. Le café propose des desserts faits maison et de nouvelles tables sur sa terrasse ombragée, mais les visiteurs se font rares. Avant la guerre, cette ville frontalière pittoresque attirait des milliers de touristes.
Ce n’est pas la première fois que la ville fait les frais de la guerre. En moins de 10 minutes en voiture depuis le On The Border Cafe, on parvient à un virage serré — l’endroit exact où, le 12 juillet 2006, des terroristes du Hezbollah ont tué et capturé les corps des réservistes israéliens Ehud Goldwasser et Eldad Regev. Trois autres soldats ont été tués lors de cette attaque et cinq de plus peu de temps après lors d’une tentative de sauvetage ratée, prélude à la deuxième guerre du Liban.
Vingt ans plus tard, l’armée israélienne conserve ce qu’elle qualifie elle-même de « zone de sécurité », sur 10 kilomètres à l’intérieur du Liban, le long de la frontière israélienne. Aux dires des autorités israéliennes, cette zone est indispensable pour assurer la protection des communautés du nord d’Israël contre les attaques du Hezbollah.
L’Iran aurait dit à ses alliés régionaux, y compris le Hezbollah, de se préparer à la possibilité d’un conflit plus large dans un contexte d’escalades militaires avec les États-Unis, soulevant la perspective d’une implication directe d’Israël dans les combats.
La petite maison à la frontière
En cet après-midi ensoleillé, Avigail Baron, 23 ans, joue avec ses deux enfants dans une partie du terrain de jeu reconstruit au centre du village. Originaires d’une communauté proche de Hébron, son mari et elle sont venus s’installer à Shtula en mai dernier : ils ont loué une maison à une famille qui a fui, le 7 octobre 2023, et décidé de ne pas revenir.
« Le fait de vivre ici nous donne une responsabilité », estime Baron.
« Cela a du sens. Ce n’est pas que notre maison, c’est aussi celle de notre pays. »
En septembre 2026, le gan de la communauté, c’est-à-dire le jardin d’enfants, ne comptera que huit enfants. En décembre 2026, lorsque les 15 nouvelles familles s’installeront dans les caravillas, ils seront un peu plus nombreux.
En ce moment, dit-elle, les parents en parlent, sur le ton de la blague, en disant que c’est un « jardin d’enfants de luxe ».
Au fil du temps, la communauté a su attirer des profils bien différents – religieux, traditionalistes, laïcs. Lorsque des religieux se renseignent pour s’installer à Shtula, Hen dit qu’elle leur répète que les routes de Shtula ne seront « jamais fermées » le jour de Shabbat, et qu’il n’y aura qu’une seule synagogue, celle que tous les habitants utilisent depuis la fondation du village.
Elle escorte le Times of Israel le temps de jeter un œil sur la nouvelle clôture frontalière, au loin.
« Avant la construction de cette clôture, les agents du Hezbollah venaient très très près de Shtula, agitaient des drapeaux du Hezbollah et menaçaient les gens en faisant des gestes d’égorgement, comme pour leur signifier : « Nous allons venir vous chercher ». »
Hen souligne que le village est en train de réparer le terrain de basket et les terrains de sport endommagés.
« Nous sommes en train de reconstruire le terrain de jeu », affirme-t-elle.
« Nous faisons tout notre possible pour qu’il y ait le plus de monde possible ici, de façon à avoir une communauté plus forte qu’avant la guerre, pour que les gens restent. Ce sera notre victoire. »
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