Gaza : l’ONU alerte sur la malnutrition infantile, l’UE accentue la pression sur Israël
Près de 9 % des enfants examinés à Gaza seraient gravement sous-alimentés ; Bruxelles prévient que "toutes les options restent sur la table" si l’accord sur l’aide n’est pas respecté
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La malnutrition infantile à Gaza connaîtrait une forte hausse, selon une étude des Nations unies (ONU), et l’Union européenne (UE) a averti jeudi qu’elle pourrait prendre des mesures contre Israël si le flux d’aide humanitaire ne s’accroît pas.
Un rapport publié jeudi par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) indique que, sur 56 440 enfants de moins de cinq ans examinés dans les villes de Khan Younès, Deir al-Balah et Gaza-City au cours des deux premières semaines de juillet, près de 5 000 souffraient de malnutrition sévère.
Ce chiffre représente près de 9 % des enfants examinés, contre 6 % un mois plus tôt. En février, durant une trêve entre Israël et le Hamas, lorsque davantage d’aide humanitaire entrait dans le territoire, ce taux n’était que de 2,4 %.
Le rapport est le dernier indice de l’aggravation de la crise humanitaire dans la bande de Gaza, où des organisations humanitaires et des dirigeants mondiaux dénoncent la propagation de la famine et l’urgence d’y remédier. Un porte-parole de la Commission européenne a déclaré jeudi que, malgré certaines mesures prises par Israël pour accroître l’aide, la situation demeurait critique et que « toutes les options restent sur la table » si Israël ne respectait pas l’accord conclu avec l’UE plus tôt ce mois-ci sur l’acheminement de l’aide humanitaire.
Israël, qui contrôle une grande partie du territoire de l’enclave et soutient la Fondation humanitaire de Gaza (GHF), une initiative américaine controversée visant à acheminer de l’aide, affirme déployer des efforts considérables et nie les accusations de famine.
L’État hébreu a publié des photos de camions d’aide humanitaire en attente de chargement à Gaza. L’ONU a indiqué que les conditions sont trop dangereuses pour permettre une distribution efficace de ces fournitures.
« Seule une augmentation massive des distributions de denrées alimentaires pourrait stabiliser la situation et restaurer la confiance au sein des communautés », souligne le rapport de l’ONU. « La plupart des familles ne survivent qu’avec un seul repas pauvre en nutriments par jour et, dans certains cas, passent des journées entières sans se nourrir. »
Plusieurs pays de l’Union européenne (UE) ont de nouveau exprimé leur inquiétude face à la situation humanitaire « catastrophique » à Gaza et souhaitent rester mobilisés dans les semaines à venir, selon des sources diplomatiques.
Lors d’une réunion mercredi, les représentants des 27 États membres de l’UE ont exprimé leurs préoccupations quant à l’application effective de l’accord conclu il y a deux semaines par l’UE avec Israël, visant à améliorer l’accès de l’aide humanitaire à Gaza.
Face au manque de progrès, plusieurs pays ont réclamé à la Commission européenne qu’elle leur présente des « mesures concrètes » après avoir présenté aux pays membres de l’UE différentes options contre Israël, selon ces mêmes sources.
Selon une source européenne, cet accord prévoit le passage quotidien d’environ 160 camions d’aide humanitaire vers Gaza, soit le double du volume actuel. Jeudi, les autorités israéliennes ont indiqué qu’environ 70 camions avaient été déchargés la veille aux points de passage.
« De toute évidence, il reste encore beaucoup, beaucoup à faire », a reconnu jeudi un porte-parole du service diplomatique de l’UE.
Un haut responsable israélien a néanmoins rappelé, la semaine dernière, qu’aucun accord formel avec l’UE n’existait, et que les décisions d’Israël sont dictées par son cabinet, et non par des garanties extérieures.
« Je tiens à être aussi clair que possible sur ce point : nous avons défini notre position dans une décision du cabinet il y a 11 jours… Nous avons pris certaines décisions. Il n’existe aucun accord formel avec l’UE, seulement des arrangements, mais rien de contractuel », a déclaré ce responsable.
Les ambassadeurs de l’UE doivent reprendre les discussions la semaine prochaine lors d’une nouvelle réunion. Ils prévoient également de rester mobilisés tout au long du mois d’août, en dépit de la trêve estivale habituelle à Bruxelles, selon ces diplomates.
Le rapport de l’ONU dresse un tableau alarmant de la faim à Gaza. Il indique que les organisations affiliées à l’ONU ont recensé 20 cas d’enfants morts de malnutrition sévère depuis le début de l’année 2025, dont 13 en juillet. Le rapport signale également que 838 enfants examinés souffraient de malnutrition aiguë sévère – soit 1,5 % des enfants testés, contre 1 % en juin.
À Gaza-City, dans le nord de l’enclave, où l’aide humanitaire est particulièrement difficile à acheminer, les chiffres sont encore plus inquiétants : 16 % des enfants souffrent de malnutrition aiguë et plus de 2 % de malnutrition aiguë sévère.
L’ONU n’a pas précisé la méthodologie des enquêtes ni quelles organisations collectent les données à Gaza. La taille des échantillons peut varier d’une étude à l’autre.
Le rapport souligne que la malnutrition est « due à des régimes alimentaires pauvres, à des pratiques d’alimentation et de soins inadéquates, et à un accès limité aux services essentiels de santé, d’eau, d’assainissement et d’hygiène (WASH), tous gravement compromis dans le contexte actuel ». La malnutrition aiguë peut également avoir des effets néfastes à long terme, ajoute-t-il.
Le rapport de l’OCHA indique que « les familles ont de plus en plus de difficultés à protéger leurs membres les plus vulnérables des effets de la privation alimentaire. Fait inquiétant, de nombreux foyers interrogés ont déclaré que des membres de leur famille risquaient leur vie pour tenter de se procurer de la nourriture auprès de sites de distribution militarisés ou de convois humanitaires, souvent sans succès ».
Le rapport note que les rares approvisionnements qui entrent dans la bande sont souvent soumis à des « pillages et déchargements de cargaisons par des foules désespérées », ce qui peut provoquer des affrontements violents.
Selon l’ONU, plus de 1 000 personnes auraient été tuées dans des centres de distribution d’aide depuis mai, beaucoup d’entre elles sur des sites gérés par la GHF. Israël affirme que ces chiffres sont exagérés, tout en reconnaissant avoir tiré sur des foules, sans fournir de chiffres alternatifs.
Israël et la GHF accusent le Hamas de chercher à perturber la distribution d’aide. Tsahal a indiqué que le groupe terroriste avait tiré une roquette sur l’un des sites de distribution mercredi soir.
L’armée israélienne a déclaré que cette attaque « s’ajoute aux tentatives des organisations terroristes, qui agissent de manière cruelle et systématique, pour saboter le programme de distribution d’aide… tout en cherchant à entraver la livraison d’aide humanitaire aux habitants de la bande de Gaza ».
Emanuel Fabian et Nava Freiberg ont contribué à cet article.
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