GB : Après les émeutes anti-musulmans et anti-réfugiés, les Juifs retrouvent un extrémisme qu’ils connaissent bien
Les organisateurs des violentes manifestations qui ont secoué le pays suite à une attaque à l'arme blanche attribuée à tort à un immigré musulman ont aussi appelé à attaquer les Juifs
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JTA – Lors des émeutes anti-musulmans et anti-demandeurs d’asile qui ont secoué la Grande-Bretagne, ces deux dernières semaines, certains de leurs organisateurs ont appelé à s’en prendre également aux Juifs en faisant circuler sur Internet des complots antisémites.
Au total, un millier de personnes ont été arrêtées et 466 d’entre elles sont accusées de violences dans le cadre des émeutes qui ont balayé la Grande-Bretagne après le 30 juillet, au lendemain de la tragique attaque à l’arme blanche qui a coûté la vie à trois fillettes près d’un studio de danse de Southport, dans le nord de l’Angleterre.
Le suspect, âgé de 17 ans, est né au Pays de Galles de parents originaires du Rwanda mais de fausses rumeurs ont circulé sur Internet laissant entendre qu’il était musulman et demandeur d’asile, ce qui a suscité une forte réaction au sein des groupes et organisations d’extrême droite sur les réseaux sociaux tels que Telegram ou X.
Factions d’extrême droite, néo-nazis et influenceurs ont déclenché, plusieurs jours durant, de violentes manifestations dans une vingtaine de villes au Royaume-Uni. Les émeutiers ont pris d’assaut des mosquées et des hôtels accueillant des demandeurs d’asile, attaqué des personnes manifestement non caucasiennes, incendié des voitures, pillé des commerces et blessé des dizaines de policiers.
Choqués par la manière dont ces organisations ont entretenu l’élan des émeutes sur Internet, les députés britanniques envisagent de durcir la réglementation concernant la sécurité sur Internet.
Selon le Community Security Trust (CST), organisation de surveillance de l’antisémitisme en Grande-Bretagne, les personnes qui, sur Internet, ont attisé les violences anti-musulmans ont également appelé à des violences contre les Juifs.
Ainsi, le groupe Telegram dénommé « Southport Wake Up », qui comptait 14 000 membres avant sa fermeture, a lancé des appels à ne tolérer « ni basané ni juif ». Pour autant, ces discours n’ont pas donné lieu à des attaques physiques à l’encontre de la communauté juive.
« Au sein de ce groupe, il y avait beaucoup de personnes qui incitaient à manifester en disant ouvertement qu’en plus des mosquées, il fallait s’en prendre aux synagogues comme dans ‘Il n’y a pas que les musulmans, il y a aussi les juifs’ », explique à la Jewish Telegraphic Agency Dave Rich, directeur des politiques de CST.
Au sein des cercles d’extrême droite sur Internet, les anti-musulmans et anti-immigrants parlent souvent avec des néo-nazis qui appellent à s’en prendre aux Juifs, poursuit Rich.
Internet et les réseaux sociaux ont dopé les réseaux internationaux de suprémacistes blancs qui s’inspirent des attaques contre les musulmans, les juifs ou d’autres minorités.
Selon les conclusions de l’enquête de la chaîne publique finlandaise YLE, l’un des administrateurs de « Southport Wake Up » serait un néo-nazi installé en Finlande. L’homme, dont l’identité est inconnue, mais qui a fait l’objet d’une enquête de la police finlandaise pour menaces en 2021, dirige également une chaîne Telegram consacrée à l’idéologie nazie.
Dans une de ses publications, il s’est filmé à l’intérieur d’une synagogue d’Helsinki, en train de dire : « Nous sommes fatigués de vous expliquer pour quelle raison nous voulons le national-socialisme. »
Plusieurs segments de « Southport Wake Up » font l’apologie de la négation de la Shoah et l’éloge d’Adolf Hitler.
Un de ses membres a ainsi écrit qu’Hitler « est le seul homme politique depuis l’époque romaine à s’être réellement soucié de son peuple ».
« Comme c’est le cas ici et maintenant, l’Allemagne des années 1920 était en proie à un profond désespoir », peut-on lire à la suite. « La République de Weimar [connaissait] l’immigration, la prostitution infantile, une inflation des plus infâmes, la dégénérescence. » Il ajoute que les Juifs ont « inventé » la Shoah de toutes pièces pour s’assurer de « ne plus jamais être pris à partie par les Européens dont ils détruisent les pays ».
Dans une autre publication de ce site, on voit une image générée par l’IA d’un majeur dressé devant un drapeau israélien et un drapeau palestinien, le tout accompagné de la légende : « Nous ne soutenons ni les basanés ni les juifs. Notre pays est notre terre et notre peuple. Soulevez-vous, armées libres d’Europe. »
Les émeutes ont fait rage dans des villes britanniques en proie au déclin économique, à la pénurie de main-d’œuvre et à une surcharge des services publics – autant d’éléments que certains politiciens imputent à l’immigration.
Nigel Farage, l’un des principaux défenseurs du Brexit et actuel chef du parti d’extrême-droite Reform, a laissé entendre, à tort, que le suspect de Southport était un immigrant sans papiers avant que la police ne donne des informations sur la question.
En plus des politiciens et militants d’extrême droite qui attisent l’islamophobie, les Juifs britanniques font face à un regain d’antisémitisme, surtout depuis le pogrom perpétré par le Hamas contre Israël le 7 octobre dernier, au cours duquel 1 200 personnes ont été brutalement assassinées et 251 kidnappées dans la bande de Gaza, et la guerre d’Israël contre Gaza qui s’en est suivie, dont l’objectif officiel est de libérer les otages et chasser le Hamas du pouvoir.
Selon CST, les incidents antisémites au Royaume-Uni ont plus que doublé au premier semestre 2024 par rapport à l’année 2023 pour s’établir à un total de 1 978.
CST travaille main dans la main avec Tell MAMA – Measuring Anti-Muslim Attacks [NDLT : Suivi des attaques islamophobes] – organisation de même inspiration qui vient, elle, en aide aux communauté musulmanes de Grande-Bretagne.
Depuis le 7 octobre, ces organisations se voient presque chaque semaine pour s’entretenir avec la police et les procureurs chargés de lutter contre les crimes de haine, explique Rich.
Pour les juifs et musulmans de Grande-Bretagne, les répercussions de la guerre entre Israël et le Hamas ont eu pour effet de tendre les relations entre communautés. Ces 10 derniers mois se sont déroulés des manifestations pro-palestiniennes et des campements universitaires contre les actions d’Israël à Gaza qui ont rassemblé des milliers de manifestants, parmi lesquels des Juifs britanniques.
Ces manifestations sont, dans l’ensemble, restées pacifiques mais des incidents violents très médiatisés contre les Juifs ont considérablement ravivé les peurs de nombreux Juifs britanniques. Et, ajoute Rich, les discours entendus lors des manifestations ont plus qu’incommodé certains Juifs.
« Il est manifeste que, depuis le 7 octobre, le dialogue interreligieux entre musulmans et juifs a pris un sale coup », analyse Rich. « J’ai le sentiment que, pendant un temps, beaucoup de personnes ont eu du mal à en parler. Ces derniers temps, de part et d’autre, on tente de reconstruire et de comprendre pour quelle raison le dialogue n’a pas résisté aux pressions nées du 7 octobre et de la guerre qui s’en est suivie. »
La rabbin Alexandra Wright, présidente du judaïsme libéral en Grande-Bretagne, estime pour sa part que les violences perpétrées par l’extrême-droite ont amené de nombreux membres de sa communauté à affirmer leur solidarité avec leurs voisins musulmans.
En sa qualité de membre d’une organisation œcuménique londonienne de ministres du culte – mêlant juifs, chrétiens et musulmans -, elle a contribué à la rédaction d’une lettre en soutien à la communauté musulmane de Southport.
Des rabbins se sont rendus dans des mosquées voisines pour dire leur solidarité avec les imams et parler d’une même voix, explique Wright. D’autres membres de la communauté se sont joints au raz-de-marée des contre-manifestants, la semaine passée, lesquels se sont avérés plus nombreux que les émeutiers et ont formé des boucliers humains autour des centres d’accueil pour réfugiés.
« La communauté juive, progressiste comme conservatrice, est très active sur la question des demandeurs d’asile », poursuit Wright, pour la JTA. « Il a été très important pour les Juifs de montrer leur solidarité envers la communauté musulmane et les musulmans dans leur ensemble durant cette période. »
Suite au 7 octobre, Wright explique s’être surtout consacrée à la protection de sa propre communauté, très inquiète et gagnée par la peur. Mais les émeutes d’extrême-droite lui ont rappelé l’importance d’entretenir des relations avec d’autres minorités, ajoute-t-elle.
« Le traumatisme que nous avons vécu a eu pour effet de nous replier sur nous-mêmes », conclut Wright. « Il nous a fallu beaucoup de temps pour nous ouvrir à nouveau sur l’extérieur et nous demander : ‘Que faire pour nouer le dialogue avec des gens qui ne sont pas de notre foi, qui ne font pas partie de notre communauté ?’ Cela demande davantage d’efforts, mais c’est indispensable. »
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