Guerre contre l’Iran : Quatre responsables de pays du Golfe se confient au ToI
Les États du Golfe avaient largement anticipé les attaques de l'Iran à leur encontre ; l'option diplomatique reste le moyen le plus sûr de préserver la sécurité dans le Golfe
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Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

WASHINGTON — À l’approche du conflit, les pays du Golfe avaient déconseillé au président américain Donald Trump de déclencher une guerre contre l’Iran. Désormais, la plupart d’entre eux exhortent Washington à poursuivre ses frappes contre le régime, ont confié au Times of Israel quatre hauts responsables représentant différentes capitales du Golfe.
Si une certaine frustration persiste quant à la manière dont les États-Unis et Israël conduisent la guerre, les pays du Golfe — en particulier les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, Bahreïn et le Qatar — souhaitent s’assurer que l’Iran sorte de ce conflit avec une puissance militaire suffisamment affaiblie pour ne plus leur poser de menace, ont expliqué quatre hauts responsables au Times of Israel, la semaine dernière, sous couvert d’anonymat.
Alors que Trump a, à plusieurs reprises, exprimé sa surprise face à la décision de l’Iran de mener des représailles contre ses voisins, notamment en ciblant des sites civils, l’un des responsables a affirmé que les États du Golfe avaient pour leur part largement anticipé une telle réaction. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles ils s’étaient opposés au déclenchement de la guerre par les États-Unis et Israël.
« De sérieux doutes existaient également quant à savoir si [ces frappes militaires] produiraient l’effet escompté, à savoir mettre fin aux activités déstabilisatrices de l’Iran dans la région », a indiqué un haut diplomate du Golfe, soulignant que le consensus dans la région était que l’option diplomatique restait le moyen le plus sûr de préserver la sécurité dans le Golfe.
Les États-Unis et Israël ont toutefois rejeté ces arguments, lançant respectivement les opérations « Fureur épique » et « Lion rugissant », et arguant que seule une action militaire préventive permettrait de contrer les ambitions nucléaires de l’Iran et le développement rapide de ses capacités balistiques.
L’Iran a riposté en visant ceux qui l’attaquaient, mais aussi en multipliant les frappes contre les six pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) : Bahreïn, le Koweït, Oman, le Qatar, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Ces attaques, qui ont fait plusieurs victimes, ont également perturbé la production d’hydrocarbures et le secteur du tourisme, deux piliers économiques essentiels pour la région.
On peut supposer que l’Iran comptait sur le fait que ces frappes inciteraient les pays du Golfe à faire pression sur Trump pour le pousser à un cessez-le-feu. Mais cette initiative semble avoir eu l’effet contraire. Les pays du Golfe ont en effet pris conscience du risque inhérent à laisser l’Iran rester une menace armée dans la région.
« Mettre fin à la guerre alors que l’Iran est toujours en possession des moyens dont il se sert actuellement pour frapper le CCG serait un désastre stratégique », a commenté un deuxième responsable du Golfe.
Tous les pays du CCG ne partagent toutefois pas ce point de vue. Plusieurs responsables des pays du Golfe ont mentionné Oman comme l’exception la plus flagrante au principe selon lequel la guerre devrait se poursuivre.
« Les intérêts nationaux de l’Iran et des États-Unis exigent la fin des hostilités dans les plus brefs délais », a écrit le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr Albusaidi, dans The Economist, la semaine dernière.
Ceux qui ne partagent pas cet avis ne sont toutefois pas tous aussi convaincus que les combats doivent se poursuivre. Deux des responsables du Golfe qui se sont entretenus avec le Times of Israel ont fait remarquer que cette opinion est la plus forte aux Émirats arabes unis, alors que d’autres États sont plus hésitants quant à la durée de l »opération militaire.
Néanmoins, la conscience de la nécessité de continuer à affaiblir les capacités militaires de l’Iran est suffisamment répandue pour que plusieurs pays membres du CCG, parmi lesquels l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, envisagent de se joindre aux frappes américano-israéliennes contre l’Iran, a confié le deuxième responsable du Golfe.
Les quatre responsables ont par ailleurs convenu que les frappes américano-israéliennes ne suffiraient probablement pas à renverser le régime iranien. Leurs avis divergent toutefois quant à l’ampleur de l’affaiblissement militaire de la république islamique qui serait nécessaire pour priver Téhéran de sa capacité à constituer une menace.
« Notre objectif est que cette guerre se termine avec un Iran privé de toute capacité de nuire à ses voisins », a déclaré le troisième responsable du Golfe.
Le deuxième responsable du Golfe s’est quant à lui montré plus précis, insistant pour que la guerre se poursuive jusqu’à ce que les sites de fabrication de missiles et de drones iraniens soient détruits.
Tout en reconnaissant que l’Iran disposerait toujours du savoir-faire nécessaire pour reconstituer son arsenal, il a insisté sur l’importance des « pertes générationnelles », estimant que celles-ci seraient suffisantes.
« L’Iran souhaite établir une nouvelle réalité stratégique après la guerre, une réalité qui inciterait les États-Unis et Israël à réfléchir à deux fois avant de l’attaquer à nouveau », a expliqué ce responsable, ajoutant que les États du Golfe veulent que l’Iran réfléchisse à deux fois avant de les attaquer à nouveau.
Le quatrième responsable du Golfe s’est toutefois montré moins optimiste quant à la possibilité d’une dissuasion suffisante. Il a également exprimé sa crainte que la guerre ne s’éternise « jusqu’à un point où les bénéfices diminuent ».
Selon lui, après la guerre, les États du Golfe vont redoubler d’efforts en matière de technologies anti-drones et de défense aérienne, afin d’être mieux préparés à faire face à de futures attaques iraniennes. Il estime que la menace persistera probablement.
Les quatre responsables se sont accordés à dire que la colère des États du Golfe visait principalement l’Iran, qui s’est servi des frappes américaines et israéliennes comme d’un prétexte pour les attaquer, et non les États-Unis et Israël, qui ont déclenché la guerre.
Le quatrième responsable du Golfe a quant à lui déclaré que le manque de préparation des États-Unis face aux représailles iraniennes pourrait conduire son pays à diversifier ses partenaires en matière de sécurité à l’avenir, plutôt que de « trop compter sur les États-Unis ».
Les Émirats arabes unis et Bahreïn ont tous deux laissé entendre que la guerre aiderait à resserrer leurs liens avec Israël. Les responsables du Golfe ont toutefois largement rejeté l’idée selon laquelle le conflit conduirait également à de nouveaux accords de normalisation avec les pays arabes dans le cadre des Accords d’Abraham.
Le premier responsable du Golfe a manifesté sa colère face à la campagne menée par Israël contre le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, qui a entrepris de frapper Israël en réplique aux attaques menées contre son sponsor, l’Iran. Selon lui, l’offensive aérienne et terrestre d’Israël a causé des dommages à des civils, et a également porté préjudice au gouvernement libanais qui bénéficie du soutien des pays du Golfe.
« La région n’a pas oublié Gaza », a dit ce responsable. « Toute la volonté de bienveillance qui aurait pu se construire grâce à l’affaiblissement de l’Iran est en train d’être gâchée par ce qu’Israël fait au Liban. »
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