Il faudrait que Netanyahu renvoie Ben Gvir après sa vidéo, mais bien sûr, il ne le fera pas
Le Premier ministre avait pourtant pris conscience des dégâts qu’un suprémaciste juif d’extrême droite causerait en tant que ministre. Mais il lui a tout de même confié un poste clé, et Israël se retrouve aujourd’hui, comme prévu, humilié, mis à mal et affaibli
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées
David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Dans l’histoire politique récente d’Israël, remontons quelque temps avant les élections de mars 2021 : le Premier ministre Benjamin Netanyahu est alors interrogé, lors d’une interview télévisée, sur la possibilité que le chef du parti d’extrême droite Otzma Yehudit, Itamar Ben Gvir, se voie attribuer un poste ministériel au sein de la coalition qu’il espère former à l’issue du scrutin.
Netanyahu, qui a négocié un accord en vertu duquel Ben Gvir et son homologue d’extrême droite, Bezalel Smotrich, présenteront une liste commune afin de garantir que leurs deux partis franchissent le seuil électoral et entrent à la Knesset, répond que, oui, il souhaite avoir Ben Gvir dans sa coalition, mais pas comme ministre.
Pressé de s’expliquer, il explique à son intervieweur de la chaine N12 que Ben Gvir — qui a été condamné à plusieurs reprises pour incitation au racisme et soutien à l’organisation terroriste interdite Kach — n’est « pas apte » à faire partie de son gouvernement.
Et lorsqu’on lui demande s’il voit en Ben Gvir un raciste, Netanyahu admet : « Ses positions ne sont pas les miennes. »
Netanyahu a perdu ces élections, ce qui a momentanément vidé la question de tout objet. Mais il a remporté les suivantes, en novembre 2022, après avoir une fois de plus négocié un accord temporaire pour garantir que les partis de Ben Gvir et Smotrich franchissent sans encombre le seuil électoral. Et le nouveau Premier ministre a attribué à chacun de ces députés d’extrême droite des postes ministériels clés.
Compte tenu de leur soutien à sa majorité, il a nommé Smotrich, un théocrate et raciste anti-arabe, au poste clé de ministre des Finances, et lui a également confié un rôle ministériel puissant au sein du ministère de la Défense, avec des pouvoirs étendus sur la politique en Cisjordanie. Et il a nommé Ben Gvir ministre de la Sécurité intérieure.
Il ne s’agit pas de l’équivalent métaphorique d’une direction des pompiers confiée à un pyromane. Mais bien de la nomination effective d’un pyromane à la tête des pompiers. Et de la force de combat de la police des frontières. Et de l’administration pénitentiaire. Et de la police israélienne.
Le mal que Ben Gvir a fait à Israël – à sa sécurité, à sa réputation et à son bien-être interne – depuis ce poste de pouvoir est incalculable. Il a politisé les forces de police, corrodé leurs valeurs, promu des officiers flagorneurs et bloqué les promotions de personnels plus qualifiés. Il a encouragé la répression policière agressive des manifestations antigouvernementales. Il a présidé à une augmentation vertigineuse des crimes de sang dans le secteur arabe et à une hausse continue de la délinquance juvénile.
Il a enfreint de manière flagrante, fréquente et avec délectation, le statu quo sur le mont du Temple, site des plus sensibles, lequel interdit la prière juive sur ce lieu contesté. Encore récemment, il a brandi un drapeau israélien aux côtés d’un député de son propre parti qui, après le déplacement, a déclaré sur Facebook : « Le moment est venu de se débarrasser de toutes les mosquées et de travailler à la construction du Temple. »
Et mercredi, Ben Gvir, escorté par des agents de sa force de police spécialement formée, s’est rendu dans le centre à l’intérieur duquel Israël détient des centaines de militants de la dernière flottille à destination de Gaza, le drapeau israélien à la main, se moquant ouvertement des hommes et femmes ligotés et à genoux, dont l’un a été plaqué au sol et brutalement écarté pour lui dégager un passage triomphal.
Israël a dénoncé à maintes reprises ces flottilles comme étant des coups de pub anti-israéliens, complices du Hamas, ce qu’elles sont effectivement. Il a également tenté de minimiser les frictions liées à la lutte contre leurs efforts visant à briser le blocus qu’Israël impose à ce qu’il reste – près de trois ans après que le Hamas a envahi le sud d’Israël, massacré plus de 1 200 personnes et enlevé 251 autres – d’une bande de Gaza encore largement dirigée par le Hamas.
De nombreuses leçons ont manifestement été tirées de l’affrontement survenu à bord du Mavi Marmara, en 2010, lorsque les commandos de la Marine israélienne qui avaient abordé ce navire de la flottille avaient été attaqués par des voyous armés de gourdins et de barres de fer, et avaient ouvert le feu avec leurs armes personnelles, faisant 10 morts.
Lundi, Netanyahu a félicité les commandos de la Marine israélienne qui ont supervisé ces dernières interceptions, relativement sans heurts. « Vous vous acquittez de cette mission avec brio, et je dois dire aussi, discrétion, sans doute avec moins de publicité que nos ennemis ne s’y attendaient », a déclaré Netanyahu.
Et mercredi, on a eu droit à la mise en scène délibérément provocante de Ben Gvir, dont il a lui-même publié la vidéo accompagnée du message « Bienvenue en Israël »…
ככה אנחנו מקבלים את תומכי הטרור
Welcome to Israel ???????? pic.twitter.com/7Hf8cAg7fC
— איתמר בן גביר (@itamarbengvir) May 20, 2026
Pour Ben Gvir, il s’agit d’une provocation comme tant d’autres — un acte caractéristique du suprémacisme juif, par ailleurs destiné à renforcer son soutien à l’extrême droite avant les élections de cet automne.
Pour Israël, il s’agit d’un spectacle extrêmement préjudiciable, qui a, comme on pouvait s’y attendre, déclenché une tempête mondiale, avec des conséquences réelles pour la réputation internationale déjà désastreuse d’Israël, des risques judiciaires concrets pour les soldats israéliens à l’étranger et le risque d’attiser encore davantage l’hostilité envers tous les Israéliens, les Juifs et ceux qui s’identifient à Israël.
Comme l’auteur de cet article et tant d’autres qui se soucient d’Israël l’ont souligné à maintes reprises, Netanyahu n’aurait jamais dû légitimer Ben Gvir, pas plus qu’il n’aurait dû s’associer avec lui au sein d’une coalition, et encore moins lui confier un rôle extrêmement sensible au sein de son gouvernement.
Netanyahu s’est contenté de condamner mollement l’attitude de Ben Gvir : « La manière dont le ministre Ben Gvir a traité les militants de la flottille n’est pas conforme aux valeurs et normes d’Israël », a déclaré le Premier ministre.
Mais nommé par Netanyahu, cela fait déjà trois ans et demi que Ben Gvir sape avec constance les valeurs et normes d’Israël.
Ben Gvir n’est « pas apte » à exercer les fonctions de ministre, affirmait à juste titre Netanyahu en 2021.
Il n’aurait bien sûr jamais dû changer d’avis. Il aurait bien sûr dû limoger Ben Gvir il y a longtemps. Et il devrait bien évidemment le limoger aujourd’hui.
Mais bien que Ben Gvir soit exactement le même voyou raciste qu’il a toujours été, Netanyahu n’est plus le Netanyahu de 2021, lequel était encore capable de faire passer le bien-être d’Israël avant ses propres intérêts politiques.
... alors c’est le moment d'agir ! Le Times of Israël vous fournit chaque jour les informations qui vous intéressent. Qu'il s'agisse de la politique, de la high-tech en Israël, de l'enseignement de la Shoah, des Juifs de Diaspora ou bien encore de l'archéologie, de la culture et de l'environnement en Israël : nous tâchons toujours de couvrir un large spectre des sujets qui vous concernent, alors si vous le pouvez, aidez-nous à continuer à vous offrir ce contenu de qualité indispensable, surtout depuis le 7-Octobre.
la Communauté du Times of Israël !







