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Flottille pour Gaza: Netanyahu salue la Marine israélienne ; vagues de condamnations

L'événement a suscité des réactions cinglantes de certains pays comme la Turquie, qui a accusé Israël de "terrorisme" et la Colombie a expulsé la délégation diplomatique israélienne

Des activistes de la flottille, dont Greta Thunberg, sont transportés vers Israël après l'interception de leurs navires par l'armée israélienne le 2 octobre 2025 (Crédit : Ministère des Affaires étrangères).
Des activistes de la flottille, dont Greta Thunberg, sont transportés vers Israël après l'interception de leurs navires par l'armée israélienne le 2 octobre 2025 (Crédit : Ministère des Affaires étrangères).

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a félicité jeudi les forces navales israéliennes d’avoir intercepté une flottille internationale d’aide pour Gaza, Israël se préparant à expulser les militants propalestiniens qui étaient à bord.

Plus de 400 militants à bord de 41 navires de la flottille ont été arrêtés lors d’une opération d’environ douze heures, a précisé jeudi soir un responsable israélien.

Ils ont été « transférés en toute sécurité au port d’Ashdod pour être pris en charge par la police israélienne », a-t-il ajouté sous couvert de l’anonymat.

La flottille Global Sumud, qui comprenait des personnalités politiques et des militants comme la Suédoise Greta Thunberg, était partie d’Espagne en septembre dans le but de rompre le blocus imposé par Israël à la bande de Gaza.

« Je félicite les soldats et les commandants de la marine qui ont accompli leur mission pendant Yom Kippour de la manière la plus professionnelle et efficace », a commenté Netanyahu dans un communiqué.

« Leur action importante a empêché des dizaines de navires d’entrer dans la zone de guerre et a repoussé une campagne de délégitimation contre Israël », a-t-il ajouté.

« Crime de piraterie »

Mercredi soir, la Marine israélienne avait commencé à intercepter les bateaux après avoir averti les équipages qu’ils entraient dans des eaux dont Israël revendique le contrôle.

Les soldats de la marine israéliennes montent à bord des bateaux de la flottille Global Sumud en mer Méditerranée, tôt le matin du 2 octobre 2025. (Capture d’écran : YouTube/Global Sumud Flotilla)

Un dernier navire « reste à distance. S’il s’approche, sa tentative d’entrer dans une zone de combat active et de briser le blocus sera également empêchée », a précisé jeudi le ministère israélien des Affaires étrangères.

Le ministre grec des Affaires étrangères George Gerapetritis a jugé dans un entretien télévisé que tous les passagers étaient « en bonne santé ».

Onze participants grecs ont toutefois entamé une grève de la faim pour protester contre leur « détention illégale », selon des organisateurs de la flottille.

Israël avait annoncé jeudi matin que les passagers, tous « sains et saufs », seraient expulsés vers l’Europe.

Global Sumud (« résilience », en arabe) a dénoncé « une attaque illégale » survenue dans les eaux internationales, l’organisation des droits humains Amnesty International déplorant un « acte d’intimidation » d’Israël.

Le groupe terroriste islamiste du Hamas, dont l’attaque contre Israël le 7 octobre 2023 a déclenché la guerre dans la bande de Gaza, a pour sa part qualifié l’interception de « crime de piraterie ».

L’événement a suscité des réactions cinglantes de certains pays comme la Turquie, qui a accusé Israël de commettre « un acte de terrorisme ».

Le ministère turc des Affaires étrangères a accusé mercredi Israël de commettre « un acte de terrorisme ».

« L’attaque des forces israéliennes dans les eaux internationales contre la flottille Global Sumud, qui était en route pour livrer de l’aide humanitaire à la population de Gaza, est un acte de terrorisme qui constitue la violation la plus grave du droit international et met en danger la vie de civils innocents », a dénoncé le ministère turc des Affaires étrangères dans un communiqué.

« Nous espérons que cette attaque ne compromettra pas les efforts visant à parvenir à un cessez-le-feu à Gaza », a ajouté le ministère précisant que « toutes les initiatives nécessaires sont mises en œuvre pour garantir la libération rapide de nos citoyens et des autres passagers détenus par les forces israéliennes ».

Un porte-parole de Global Sumud en Turquie, cité par l’agence étatique Anadolu, a fait savoir jeudi soir que quarante-huit citoyens turcs ont été interpellés parmi quelques 200 personnes au total à bord des bateaux interceptés de la flottille.

Des navires de la marine israélienne escortent l’un des bateaux de la flottille civile Sumud, qui se rendait à Gaza, après l’avoir intercepté alors qu’il approchait des côtes gazaouies, en direction du port d’Ashdod, en Israël, le 2 octobre 2025. (Crédit : AP Photo/Leo Correa)

« Tous nos militants détenus se trouvent actuellement au port d’Ashdod, en bonne santé et en sécurité. La procédure devrait prendre un peu plus de temps en raison du jour férié en Israël », a ajouté sur X la flottille.

Dans la matinée, le parquet d’Istanbul a annoncé l’ouverture d’une enquête sur l’interpellation des citoyens turcs « à la suite de l’attaque menée par des éléments de la marine israélienne dans les eaux internationales contre la flottille Global Sumud, qui se dirigeait vers Gaza pour acheminer de l’aide humanitaire ».

Le procureur d’Istanbul a invoqué la Convention des Nations unies sur le droit de la mer et indique mener l’enquête pour les « crimes de privation de liberté, détournement ou détention de moyens de transport, pillage aggravé, dommages matériels et torture ».

Pour le président Recep Tayyip Erdogan, qui s’exprimait lors d’une réunion devant les cadres provinciaux de son parti, l’AKP, cette intervention des forces israéliennes « témoigne une fois de plus de la brutalité d’Israël » et de « la folie avec laquelle ses cadres génocidaires tentent de dissimuler leurs crimes contre l’humanité ».

Le président colombien Gustavo Petro a expulsé mercredi de Colombie la délégation diplomatique israélienne, après l’interception qu’il a qualifiée de « crime international ».

Le Président colombien Gustavo Petro prononce un discours lors de la cérémonie de prestation de serment de la nouvelle procureure générale Luz Adriana Camargo au palais présidentiel de Bogota, en Colombie, le vendredi 22 mars 2024. (Crédit : Fernando Vergara/AP)

Le dirigeant de gauche, au pouvoir depuis 2022, a notamment dénoncé sur X l’arrestation de deux citoyennes colombiennes « dans les eaux internationales ».

La Colombie a rompu en 2024 ses relations diplomatiques avec Israël pour protester contre la guerre dans la bande de Gaza. Israël conservait toutefois une représentation consulaire dans le pays sud-américain, qui compte 40 employés dont quatre Israéliens dotés du statut diplomatique, selon une source interrogée par l’AFP.

La présidence colombienne a exigé d’Israël la « libération immédiate » des deux Colombiennes et fermement rejeté « tout acte portant atteinte à l’intégrité physique, à la liberté et aux droits humains des citoyens colombiens à l’étranger ».

« Le traité de libre-échange avec Israël est dénoncé immédiatement », a également affirmé M. Petro.

Le ministre des Affaires étrangères belge, Maxime Prévot, a annoncé avoir convoqué l’ambassadrice d’Israël au sujet de l’arrestation de sept Belges.

Le ministre français des affaires étrangères Jean-Noël Barrot avait annoncé l’arraisonnement de la flottille et appelé « les autorités israéliennes à assurer la sécurité des participants, à leur garantir le droit à la protection consulaire, et à permettre leur retour en France dans les meilleurs délais », en rappelant que la France avait « formellement déconseillé à tout ressortissant français de se rendre dans la zone ».

Dans un communiqué publié mercredi soir, les députés et eurodéputés du parti d’extrême-gauche La France insoumise (LFI) ont dénoncé un « nouvel acte de piraterie » à l’encontre de la flottille, sur laquelle se trouvent quatre parlementaires insoumis, Rima Hassan, François Piquemal, Marie Mesmeur et Emma Fourreau, accusant la marine israélienne d’avoir « attaqué le convoi, saisi les navires et arrêté les militants en eaux internationales ».

« Face à l’inaction d’Emmanuel Macron, les citoyens français présents sur la flottille sauvent l’honneur de notre pays », estiment les élus LFI. « La flottille a fait plus que tous les gouvernements d’Europe contre le génocide ».

La patronne des Ecologistes Marine Tondelier a pour sa part, sur X, qualifié cet arraisonnement de « nouveau scandale signé Benjamin Netanyahu » et appelé Emmanuel Macron à « intervenir pour protéger tous les équipages ».

Le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon a pour sa part violemment attaqué mercredi Barrot après l’arraisonnement par Israël de la flottille pour Gaza, estimant qu’il donne « raison à Netanyahu » et « fait honte à notre pays ».

« Les parlementaires français et les personnes embarquées pour briser le blocus de Gaza sont enlevés dans les eaux internationales par les milices de Netanyahu. Le ministre français Barrot se comporte comme le nul qu’il est en donnant raison à Netanyahu. Il fait honte à notre pays », a écrit le leader de LFI sur X.

Rima Hassan, à bord de la flottille, a accusé Israël d’avoir arrêté « illégalement » des « centaines » de personnes.

L’eurodéputée du parti LFI, Rima Hassan participant à un rassemblement en sa faveur place de la République à Paris, le 12 juin 2025, après son expulsion suite à son arrestation par Israël avec d’autres militants à bord d’un bateau humanitaire à destination de Gaza. (Crédit : Thibaud Moritz/AFP)

« Des centaines de civils, d’humanitaires et de militants pacifiques à bord de la flottille Global Sumud ont été illégalement arrêtées et arbitrairement détenues par Israël », a posté Mme Hassan sur X, incitant à demander aux autorités compétentes à exiger leur libération immédiate.

La députée européenne avait commencé à témoigner dans un direct sur Instagram après avoir assisté à l’arraisonnement d’une embarcation se trouvant à proximité, avant de jeter son téléphone à l’eau au moment de l’abordage du navire où elle se trouvait.

Le président français Emmanuel Macron a demandé jeudi aux autorités israéliennes de « respecter » le droit international concernant la flottille pour Gaza et de faire en sorte que les ressortissants français à bord des bateaux soient « protégés ».

« Nous demandons à ce que tous nos compatriotes qui ont fait ce choix, qui est un choix d’engagement face à une situation que nous avons nous mêmes dénoncée de la manière la plus officielle et face à laquelle nous agissons et nous voulons continuer d’agir, soient protégés », a-t-il dit lors d’un point presse à l’issue d’un sommet européen à Copenhague.

« Il faut que toutes les règles soient respectées et que nos compatriotes soient protégés comme il se doit », a-t-il poursuivi, ajoutant suivre « de manière extrêmement étroite cette situation avec nos partenaires européens qui sont concernés, en particulier l’Italie et l’Espagne ».

« Rien ne peut justifier des opérations qui ne respectent pas le droit international », a-t-il martelé.

Le Brésil a condamné l’interception par la marine israélienne de la Flottille transportant de l’aide à destination de Gaza, à bord de laquelle se trouvaient plusieurs ressortissants brésiliens, dont un député.

Le Brésil « déplore l’action militaire du gouvernement israélien, qui viole les droits et met en danger l’intégrité physique de manifestants pacifiques », a déclaré le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.

« La responsabilité de la sécurité des personnes détenues incombe désormais à Israël », a-t-on ajouté de même source.

Le Brésil a communiqué « directement » à Israël ses préoccupations concernant les 15 Brésiliens participant à la flottille, parmi lesquels la députée Luizianne Lins, a indiqué plus tôt le chef de la diplomatie brésilienne, Mauro Vieira.

Brasilia fait partie des nombreux gouvernements à travers le monde qui ont appelé Israël à lever les restrictions sur l’aide humanitaire vers la bande de Gaza.

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a appelé jeudi Israël à « libérer immédiatement » les militants, dont le petit-fils de Nelson Mandela.

Cette photo fournie par la police montre des militants anti-israéliens de la flottille Global Sumud en train d’être interrogés après avoir été arrêtés alors qu’ils tentaient de briser le blocus maritime imposé par Israël sur la bande de Gaza contrôlée par le Hamas, le 2 octobre 2025. (Crédit : Police israélienne)

« J’appelle Israël à libérer immédiatement les Sud-Africains enlevés dans les eaux internationales et à libérer les autres ressortissants qui ont tenté d’atteindre Gaza avec de l’aide humanitaire », a déclaré jeudi M. Ramaphosa cité dans un communiqué.

« L’interception de la flottille dans les eaux internationales est contraire au droit international et viole la souveraineté de chaque nation dont le drapeau a été hissé sur les dizaines de navires de la flottille », a-t-il ajouté.

L’Italie a annoncé jeudi que 40 de ses ressortissants participant à la flottille pour Gaza avaient été arrêtés par Israël, une mission humanitaire que la Première ministre italienne a de nouveau critiquée, et alors que des centaines de manifestants soutenant la flottille ont défilé à Rome et Naples

« Évidemment, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour que ces personnes puissent rentrer en Italie le plus tôt possible », a déclaré Giorgia Meloni en marge d’une réunion des chefs d’Etat et de gouvernement européens.

« Cela dit (…) je continue à penser que tout cela n’apporte aucun bénéfice au peuple palestinien », a ajouté la Première ministre italienne.

« Il me semble comprendre que cela entraîne beaucoup de désagréments pour le peuple italien », a-t-elle poursuivi en référence à l’appel à la grève générale lancé par les principaux syndicats italiens pour vendredi après l’interception de la flottille.

« Comme prévu, le nombre d’Italiens détenus est en train d’augmenter, il y en a maintenant 40 », a indiqué le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani devant le Sénat jeudi, ajoutant qu’un bilan définitif serait disponible « une fois tous les processus d’identification terminés ».

Il avait précédemment communiqué le nombre de 22 Italiens détenus par Israël.

« Tous nos compatriotes se portent bien », a-t-il ajouté, se disant « soulagé de constater que les règles d’engagement ont été respectées » et que « jusqu’ici, il n’y (ait) pas eu d’actes de violence ou de complications dans les opérations de la part des forces israéliennes ».

Des manifestants pro-palestiniens et anti-israéliens se rassemblent devant le Colisée à Rome le 2 octobre 2025 pour protester contre l’interception par la marine israélienne d’une flottille d’aide humanitaire à destination de Gaza. (Crédit : AP/Gregorio Borgia)

La présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, a exigé jeudi le rapatriement « immédiat » des six Mexicains membres de la flottille pour Gaza interceptée en Méditerranée par Israël.

« Ils doivent les libérer immédiatement parce qu’ils n’ont commis aucun délit. Ils doivent être rapatriés immédiatement et nous, évidemment, devons leur fournir tout le soutien nécessaire », a déclaré Mme Sheinbaum lors de sa conférence de presse matinale.

Elle a précisé que les activistes mexicains se trouvent au port d’Ashdod (sud d’Israël), où selon elle le soutien consulaire mexicain n’a pas pu entrer. Son gouvernement a envoyé quatre notes diplomatiques à Israël concernant cette affaire.

« Citoyens pacifiques »

La flottille se présente comme une « mission pacifique et non violente d’aide humanitaire ».

Rassemblant des centaines de militants propalestiniens de plus de 40 pays, elle disait vouloir « briser le blocus de Gaza » et fournir « une aide humanitaire à une population assiégée confrontée à la famine et au génocide ». Israël a rejeté les allégations de famine et a proposé aux militants de décharger leur aide pour qu’elle soit inspectée par les autorités israélienne, ce que les militants ont refusé.

Les forces navales de l’armée israélienne abordent des bateaux de la flottille Global Sumud en Méditerranée, tôt le matin du 2 octobre 2025. (Capture d’écran : YouTube/Global Sumud Flotilla

L’Italie et l’Espagne avaient dépêché des navires militaires pour escorter sur une partie du trajet la flottille après des « attaques par drones » dans la nuit du 23 au 24 septembre, dénoncées par l’ONU et l’Union européenne.

Un procureur espagnol a lancé une enquête sur l’interception en mer, pour examiner des violations potentielles des droits humains pouvant constituer des crimes contre l’humanité.

En juin et juillet, la marine israélienne avait déjà arraisonné deux voiliers se dirigeant vers Gaza, avec Greta Thunberg et Rima Hassan à leur bord. Toutes deux avaient été débarquées en Israël puis expulsées.

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