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Israël autorise l’entrée à Gaza de 100 camions d’aide sur fond de fortes pressions internationales

Selon l'ONU, l'aide sera distribuée via les « circuits existants » mais un nouveau dispositif américano-israélien entrera sous peu en vigueur

Un camion transportant de l'aide humanitaire entrant dans la bande de Gaza par le point de passage israélien de Kerem Shalom, le 20 mai 2025. (Crédit : Jack Guez/AFP)
Un camion transportant de l'aide humanitaire entrant dans la bande de Gaza par le point de passage israélien de Kerem Shalom, le 20 mai 2025. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Les Nations unies ont reçu l’autorisation des autorités israéliennes de laisser entrer une centaine de camions d’aide humanitaire à Gaza ce mardi, a déclaré le porte-parole du service humanitaire de l’ONU, dans un contexte de fortes pressions internationales sur le gouvernement israélien pour qu’il prenne dans l’urgence des mesures pour corriger les effets du blocus de 11 semaines qui a pris fin hier lundi.

Israël bloquait en effet toute forme d’aide à Gaza depuis le 1er mars dernier, date à laquelle les autorités israéliennes avaient fait savoir que le cessez-le-feu de six semaines avait permis l’acheminement d’une quantité suffisante d’aide humanitaire à Gaza et que, de surcroit, le Hamas volait une partie de cette aide – sans oublier le fait que le blocus était nécessaire pour faire pression sur l’organisation terroriste afin qu’il libère les dizaines d’otages qui se trouvent encore entre ses mains. Ces dernières semaines, cependant, des responsables de l’armée israélienne avaient commencé à dire aux autorités politiques que l’enclave était au bord de la famine.

Cinq camions d’aide humanitaire, qui étaient notamment chargés de produits alimentaires pour bébés, sont finalement entrés lundi dans la bande de Gaza via le point de passage de Kerem Shalom, a annoncé Israël, toute première livraison de ce type depuis le début du blocus.

« Nous avons demandé et reçu l’autorisation d’accueillir davantage de camions aujourd’hui, beaucoup plus que ce qui a été autorisé hier », a déclaré mardi Jens Laerke, porte-parole du bureau humanitaire de l’ONU, lors d’un point presse à Genève. Interrogé sur le nombre exact de camions, il a répondu « une centaine ».

Lundi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait autorisé l’entrée dans Gaza, via le passage de Kerem Shalom, de neuf camions d’aide humanitaire, alors que Laerke n’en a évoqué que cinq.

Des camions transportant de l’aide humanitaire attendent d’entrer dans la bande de Gaza au niveau du point de passage israélien de Kerem Shalom, le 20 mai 2025. (Crédit : Jack GUEZ / AFP)

« Bien sûr, nous espérons qu’avec cette autorisation, nombre d’entre eux – espérons-le, tous – entreront dès aujourd’hui et qu’ils seront pris en charge pour pouvoir pénétrer plus profondément dans le territoire de Gaza pour y être distribués », a-t-il ajouté.

« La prochaine étape sera la collecte puis la distribution via le circuit existant, celui qui a fait ses preuves », a précisé Laerke en ajoutant que les camions contenaient des aliments pour bébés et des produits nutritionnels pour enfants.

Le « circuit existant » de distribution de l’assistance auquel Laerke a fait référence repose sur l’action combinée de plusieurs organisations internationales, dont le Programme alimentaire mondial des Nations Unies et le World Central Kitchen, qui prennent en charge la distribution depuis les débuts – ou presque – de la guerre contre le Hamas à Gaza , un conflit qui en est à son 19ème mois.

Une fillette tient des récipients en plastique alors que des Palestiniens déplacés vont chercher de l’eau dans un camp de la ville de Gaza, le 20 mai 2025. (Crédit : Bashar TALEB / AFP)

Ce système est très différent du nouveau dispositif mis en place par les États-Unis et Israël, connu sous le nom de Fondation humanitaire pour Gaza et qui devrait commencer ses opérations à la fin du mois. Par le biais de cette Fondation humanitaire pour Gaza, l’aide ne sera distribuée que dans un nombre limité de lieux du sud de Gaza, des sites qui seront sécurisés par des entreprises américaines.

Les organisations humanitaires qui interviennent actuellement à Gaza y sont opposées, au motif que le nouveau dispositif serait contraire aux principes humanitaires, qu’il imposerait un déplacement massif des Palestiniens éloignés de ladite zone humanitaire, qu’il laisserait de côté les populations les plus vulnérables et qu’il ne répondrait pas de manière satisfaisante à l’actuelle crise humanitaire.

Selon un article qui a été publié mardi par le journal Ynet, les sous-traitants américains de la Fondation humanitaire pour Gaza, qu’il a qualifiés d’« ex-militaires d’élite », sont d’ores et déjà arrivés en Israël. Ils sont actuellement en cours de formation en vue de leur déploiement dans la bande de Gaza.

Le ministre d’extrême droite de la Sécurité intérieurre, Itamar Ben Gvir, a critiqué mardi la reprise de l’acheminement de l’aide humanitaire à destination de la bande de Gaza, regrettaant que l’aide entre à Gaza « alors que nos otages continuent de croupir dans des tunnels » et qu’« il n’existe aucune garantie que l’aide ne finira pas entre les mains des meurtriers du Hamas ».

« C’est une grave erreur, qui retarde notre victoire. J’appelle une fois de plus le Premier ministre à expliquer à nos amis de la Maison Blanche les implications de cette « aide », qui ne fait que prolonger la guerre, retarder notre victoire et le retour de tous nos otages », a-t-il déclaré.

Ben Gvir a par ailleurs critiqué la décision d’autoriser l’entrée dans Gaza de cinq camions d’aide humanitaire hier lundi, ajoutant : « Le Premier ministre commet une grave erreur en prenant une pareille décision, qui ne recueille même pas la majorité ».

« Il faut écraser le Hamas, pas lui redonner de l’oxygène », a poursuivi Ben Gvir dans un communiqué dont la teneur a été reprise par plusieurs politiciens et organisations bellicistes.

Des soldats israéliens se déploient près de la frontière d’Israël avec la bande de Gaza, le 20 mai 2025. (Photo de Jack GUEZ / AFP)

La Cour Suprême israélienne impose au gouvernement de répondre au recours concernant l’aide humanitaire

Mardi toujours, la Cour Suprême israélienne a mis en demeure le gouvernement de répondre avant le 27 mai à un recours déposé en vue du rétablissement immédiat d’un volume important de l’assistance humanitaire dans la bande de Gaza.

L’organisation israélienne de défense des droits de l’homme Gisha et d’autres organisations ont fait valoir, dans le recours intenté cette semaine, que le blocus imposé à Gaza depuis le 2 mars dernier constituait une violation des obligations du gouvernement – en vertu du droit israélien comme du droit international – d’autoriser la fourniture d’une aide humanitaire à la population civile de Gaza.

Le juge Yosef Elron a mis en demeure le gouvernement d’apporter une réponse à ce recours dans un délai d’une semaine au cas où « un changement factuel justifierait le rejet de ce recours ».

Dans le recours introduit dimanche, les organisations de défense des droits de l’homme expliquent que la situation humanitaire à Gaza est bien pire qu’au début de la guerre, marquée par une forte augmentation des cas de malnutrition infantile constatés par les organisations humanitaires actives à Gaza entre mars et avril derniers.

De jeunes Palestiniens se trouvent à côté de sacs de céréales brûlés et constatent les dégâts d’une frappe aérienne israélienne sur l’école de l’UNRWA Mussa bin Nusseir, laquelle sert d’abri aux personnes qui ont quitté leurs maisons dans le territoire palestinien assiégé, dans le district de Daraj à Gaza, le 20 mai 2025. (Omar AL-QATTAA / AFP)

Elles rappellent par ailleurs que dans la réponse des autorités à un recours passé de Gisha, en 2024, sur la même question – finalement rejeté par la Cour – le gouvernement n’avait pas nié avoir l’obligation de répondre aux besoins humanitaires de la population civile de Gaza, ce que la Cour avait effectivement réaffirmé dans sa décision, tout en déboutant le recours.

Gisha a rappelé que la décision du gouvernement d’interdire l’acheminement de toute forme d’aide humanitaire à Gaza était contraire aux ordonnances de la Cour internationale de justice dans l’affaire de génocide intentée par l’Afrique du Sud. Elle a par ailleurs souligné que le juge israélien ad hoc, membre du panel de la CIJ, Aharon Barak, avait voté en faveur de cette ordonnance, alors même qu’il avait voté contre la plupart des autres décisions de justice contre Israël.

« En s’opposant à l’acheminement de l’aide humanitaire, le gouvernement utilise une population civile protégée pour faire pression sur le Hamas, ce qui équivaut à une mesure de rétorsion collective – une pratique rigoureusement interdite – voire à l’utilisation de la famine comme arme de guerre », explique Gisha dans son recours.

Illustration : Les juges de la Cour suprême Uzi Vogelman (au centre), Noam Sohlberg (à droite) et Isaac Amit (à gauche) prenant place pour une audience la légalité d’une résolution gouvernementale adoptée pour empêcher l’armée israélienne d’enrôler les étudiants ultra-orthodoxes en yeshiva, à Jérusalem, le 26 février 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« 14 000 bébés vont mourir dans les prochaines 48 heures »

Un haut responsable de l’ONU a déclaré mardi que quelque 14 000 bébés à Gaza pourraient mourir dans les prochaines 48 heures si l’aide humanitaire n’arrivait pas à temps.

« Je veux sauver le plus de bébés possible dans les prochaines 48 heures », a déclaré à l’antenne de la radio BBC Tom Fletcher, secrétaire général adjoint de l’ONU aux affaires humanitaires, ajoutant : « Il faut inonder la bande de Gaza de l’aide humanitaire ».

Lorsque l’animatrice de l’émission, Anna Foster, lui a fait remarquer que ce chiffre de 14 000 était « incroyablement grand », Fletcher lui a répondu que c’était un chiffre « absolument effarant ».

Des enfants jouent autour de déchets devant le siège fermé de l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) à Gaza, le 20 mai 2025. (Crédit : Bashar TALEB / AFP)

Questionné ensuite sur la manière dont l’ONU était parvenue à ces chiffres, Fletcher a répondu : « Nous avons des équipes solides sur le terrain, même si un grand nombre de nos collaborateurs ont été tués. » Il n’a pas précisé de quelle manière ce chiffre avait été calculé ni sur quoi il était basé.

Toutefois, a-t-il ajouté, « nous avons encore beaucoup de personnes sur place – dans les centres hospitaliers, dans les écoles… ils font en sorte d’évaluer les besoins. »

« C’est ce que nous faisons, ce que nous continuons de faire. C’est frustrant, nous ne sommes pas libres de nos actions et nous prenons d’énormes risques. Mais je ne vois rien de mieux à faire que d’apporter cette nourriture pour bébé », a-t-il poursuivi.

Ni le gouvernement israélien ni Tsahal n’ont, à ce stade, commenté ses propos.

Vue d’ensemble d’un village de tentes servant d’abri aux Palestiniens déplacés dans la ville de Gaza, le 20 mai 2025. (Crédit : Bashar TALEB / AFP)

La guerre à Gaza avait commencé par le pogrom commis dans le sud d’Israël par le Hamas le 7 octobre 2023, au cours duquel les terroristes avaient tué près de 1 200 personnes et fait 251 otages séquestrés à Gaza. Depuis cette date, selon le ministère de la Santé de Gaza dirigé par le Hamas, plus de 53 000 personnes ont été tuées ou sont présumées mortes au sein de l’enclave côtière. Ce bilan comprend notamment les centaines de Gazaouis tués depuis vendredi dernier lors de frappes israéliennes, dans le cadre d’une nouvelle phase militaire intensive. Ce bilan, qui ne peut pas être vérifié en l’état actuel, ne fait pas le distinguo entre civils et hommes armés.

En janvier dernier, Israël revendiquait la mort de quelque 20 000 hommes armés lors des combats, auxquels s’ajoutent les 1 600 terroristes qui ont été tués en Israël lors de l’attaque sanglante du 7 octobre.

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