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La Californie approuve un projet de loi restreint de lutte contre l’antisémitisme à l’école

L'adoption de cette loi fera de la Californie le premier État à nommer un coordinateur de prévention de l’antisémitisme dans les écoles publiques, malgré l’opposition des enseignants

Le Capitole de l'État de Californie à Sacramento. Illustration (Crédit : Wikimedia Commons/JTA)
Le Capitole de l'État de Californie à Sacramento. Illustration (Crédit : Wikimedia Commons/JTA)

JTA – Peu avant de suspendre leurs travaux samedi, les législateurs californiens ont approuvé une loi créant de nouveaux mécanismes pour lutter contre l’antisémitisme dans les écoles publiques, transmettant le texte au gouverneur Gavin Newsom après des négociations à huis clos qui en ont considérablement réduit la portée.

Si ce texte est promulgué, la Californie deviendrait le premier État à créer un poste de coordinateur de la prévention de l’antisémitisme dans les écoles publiques, à l’échelle de l’État. Les défenseurs espèrent que ce modèle pourra être reproduit ailleurs dans le pays.

Newsom n’a pas encore indiqué s’il signerait le projet de loi de l’Assemblée AB 715, et son bureau a jusqu’à présent refusé de commenter. Ses partisans réclament une action rapide, soulignant que les cours ayant déjà repris, les dispositions devraient être mises en œuvre au plus vite.

Le texte AB 715 a été adopté à une quasi-unanimité : vendredi soir, le Sénat l’a approuvé par 35 voix contre 0 et 5 abstentions. Quelques heures plus tard, l’Assemblée l’a voté par 71 voix contre 0 et 9 abstentions.

S’il entre en vigueur, le projet de loi créera un nouveau bureau des droits civils relevant directement du cabinet du gouverneur et mettra en place des coordinateurs spécialisés pour lutter contre différentes formes de discrimination. Parmi eux figurera le coordinateur de la prévention de l’antisémitisme, chargé de former les enseignants et les administrateurs scolaires, de recenser les incidents et de conseiller sur les mesures de responsabilisation.

« Ce projet de loi dépasse la simple politique. Il s’agit de protéger les enfants, de défendre les droits civils et de garantir que chaque élève puisse entrer à l’école, fier de qui il est », a déclaré David Bocarsly, directeur exécutif de la commission des Affaires publiques juives de Californie, qui a parrainé le texte et rassemblé une coalition de 70 organisations juives pour le soutenir.

Bocarsly a qualifié ce vote de « prise de position historique contre l’antisémitisme dans nos écoles » et a souligné son importance en précisant qu’il avait rompu avec la coutume religieuse pour marquer ce moment.

« Il n’est pas dans nos habitudes de travailler pendant le Shabbat, mais avec la clôture de la session législative 2025, nous avons voulu partager cette nouvelle de dernière minute dès ce soir », a-t-il écrit dans un email adressé à ses soutiens juste après l’annonce des résultats du vote à l’Assemblée vendredi soir.

Les législateurs ont présenté cette mesure après que des organisations juives ont alerté sur la montée de l’antisémitisme dans les classes, notamment dans certains cours d’études ethniques. Les détracteurs affirment que des élèves ont subi insultes, harcèlement et, dans certains cas, reçu du matériel pédagogique perçu comme biaisé à l’égard des Juifs. Plusieurs ont souligné que certains programmes liaient les discussions sur la race et le pouvoir au conflit israélo-palestinien, ce qui, selon eux, peut marginaliser les élèves juifs.

Les signalements de crimes de haine antisémites ont fortement augmenté en Californie ces dernières années. Selon le ministère de la Justice de l’État, les crimes motivés par la haine religieuse ont progressé de 142 % entre 2015 et 2024, les Juifs constituant la majorité des victimes.

Le parcours du projet de loi n’a pas été sans heurts. La California Teachers Association (CTA), qui représente plus de 300 000 enseignants, s’y est opposée dès son introduction, avertissant qu’il risquait de freiner les discussions en classe sur des sujets controversés, notamment concernant Israël, et d’ouvrir la voie à des plaintes à motivation politique.

Des manifestants pro-palestiniens aux abords de near Bryant Park, à New York City, le 9 novembre 2023. Illustration (Crédit : Luke Tress via la JTA)

« L’AB 715 est une mauvaise réponse à un vrai problème », écrivait en août Mara Harvey, membre juive du conseil d’administration de la CTA, à propos d’une version antérieure du texte, qu’elle qualifiait de vecteur de « censure de droite, à la manière de Trump ».

La résistance du syndicat a contraint les législateurs à amender la proposition. Mais plus que cela, une section qui définissait l’antisémitisme par une liste d’exemples, dont certains où la critique d’Israël pouvait franchir la limite, a été supprimée. Au lieu de cela, le projet de loi s’appuie désormais sur les stratégies de lutte contre l’antisémitisme publiées l’an dernier par l’administration Biden et par Newsom.

Mais même sous cette forme, le syndicat a maintenu son opposition, au grand regret de partisans comme le sénateur Scott Wiener, démocrate de San Francisco et président du Legislative Jewish Caucus.

« Je suis déçu qu’ils s’opposent toujours aussi vigoureusement au projet de loi. Nous avons travaillé très dur pour répondre à leurs préoccupations », a confié Wiener au Jewish Insider la semaine dernière. « C’est un projet de loi plus restreint et plus ciblé qu’auparavant, mais il reste très percutant, fixe des normes claires et crée un poste de coordinateur de la lutte contre l’antisémitisme. C’est donc un bon texte. »

Dans une autre interview, Wiener a confié qu’il soupçonnait une grande partie de l’opposition d’être de mauvaise foi.

« Je suis de plus en plus convaincu que si nous avions présenté un projet de loi en trois mots – l’antisémitisme est mauvais –, beaucoup de ces personnes s’y seraient opposées quand même », a-t-il déclaré au J.

Theresa Montaño, professeure d’université et membre de la California Faculty Association, qui s’oppose également au projet, a expliqué au KQED qu’elle craignait qu’il n’ouvre la voie à des plaintes motivées par des considérations politiques.

« Ce projet de loi ne fait rien pour combattre l’antisémitisme », a-t-elle affirmé. « Il crée au contraire un climat divisé et anxiogène, où les enseignants doivent se demander qui, dans leur classe, est susceptible de les dénoncer lorsqu’ils abordent certains sujets. »

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