La communauté juive déplore l’action anti-Israël du musée abritant la Haggadah de Sarajevo
Le Musée national de Bosnie-Herzégovine a annoncé une action de "soutien au peuple de la Palestine qui subit la terreur systématique, calculée et de sang-froid de la part de l'État d'Israël"
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C’est un « geste politique » mais il n’est « absolument pas » dirigé contre le peuple juif : c’est ainsi que le directeur du Musée national de Bosnie explique la décision de verser aux Palestiniens des recettes tirées de la fameuse Haggadah de Sarajevo, une action déplorée par des organisations juives.
L’un des plus précieux manuscrits religieux du Moyen-Age, la Haggadah de Sarajevo a été écrite vers 1350 dans les environs de Barcelone. Elle a probablement voyagé avec les Juifs expulsés d’Espagne en 1492 dont certains ont trouvé refuge à Sarajevo.
Le Musée national de Bosnie-Herzégovine a annoncé début août son action de « soutien au peuple de la Palestine qui subit la terreur systématique, calculée et de sang-froid de la part de l’État d’Israël ».
Par le biais d’une organisation humanitaire, il versera à cette cause des recettes tirées des billets d’entrée et des ventes de beaux livres sur la Haggadah.
Cette annonce a déclenché une avalanche de condamnations d’organisations ou de responsables religieux juifs.
Pour l’Anti-Defamation League (ADL), une association de lutte contre l’antisémitisme siégeant à New York, « il n’y a rien de subtil » dans cette démarche, qualifiée de « politisation » d’un « symbole du patrimoine, de la survie et de la coexistence ».
« Exploitation honteuse »
Le président de la Conférence des rabbins européens (CER), Pinchas Goldschmidt, a dénoncé une « exploitation […] honteuse et scandaleuse » du « patrimoine juif ».
Sur des pages de parchemin, richement enluminées et très bien préservées, ce récit raconte la création du monde et l’exode des Hébreux hors d’Égypte.
Longtemps gardé dans un coffre-fort et rarement exposé, le livre est accessible au public depuis 2018, après l’aménagement d’une salle spéciale financé par la France.
Le directeur du musée, Mirsad Sijaric, 55 ans, balaie les critiques, mais assume un « geste politique ».
« Est-ce que nous avons choisi l’une des parties ? Oui, nous avons choisi l’une des parties », explique-t-il à l’AFP.
« Feindre la neutralité c’est se ranger du côté du mal. A mon avis, il s’agit du mal pur et il faut s’y opposer. »
L’action du musée n’est « absolument pas » dirigée contre le peuple juif, affirme-t-il, assurant avoir reçu de « nombreux messages » de soutien « de la part de nombreux Juifs de tous les continents ».
Interrogé sur le montant des sommes récoltées, Sijaric explique qu’il sera « absolument symbolique, au vu des besoins » et qu’il « ne pourra, bien sûr, changer quoi que ce soit ».
« Mais nous n’avons pas le droit d’être muets sur ce sujet, surtout pas nous, à Sarajevo », ajoute-t-il, en référence au siège de la capitale bosnienne de 1992 à 1995.
« Une bonne façon de les aider »
Israël est en guerre contre le Hamas depuis le 7 octobre 2023, date à laquelle quelque 6 000 Gazaouis dont 3 800 terroristes dirigés par le Hamas ont pris d’assaut des communautés du sud d’Israël, tué plus de 1 200 personnes, principalement des civils, enlevé 251 otages de tous âges, et commis de nombreuses atrocités et en utilisant la violence sexuelle comme arme à grande échelle.
Israël a réagi en lançant une campagne militaire dont l’objectif vise à détruire le Hamas, à l’écarter du pouvoir à Gaza et à libérer les otages. Les groupes terroristes de la bande de Gaza détiennent 50 otages, dont 49 des 251 personnes enlevées par les terroristes du Hamas le 7 octobre 2023. Vingt d’entre eux seraient encore en vie.
Au moins 62 819 personnes, en majorité des civils, auraient depuis été tuées dans la bande de Gaza, selon le ministère de la Santé de Gaza, contrôlé par le Hamas.
Les chiffres publiés par le groupe terroriste sont invérifiables, et ne font pas de distinction entre civils et terroristes.
Le président de la communauté juive bosnienne, Jakob Finci, une figure de Sarajevo, ville majoritairement bosniaque (musulmane) et qui compte moins de mille Juifs, parle, lui, « d’un petit incident ».
« Cette décision du Musée national est tout du moins bizarre, un petit peu offensante […] Elle ternit la réputation de Sarajevo et celle de la Haggadah de Sarajevo, le livre qui depuis de longues années témoigne du caractère multiethnique de Sarajevo, de notre vie commune », dit-il à l’AFP.
L’homme de 81 ans ajoute, avec un brin d’ironie, que c’est « un très beau geste, humain ».
« Mais je n’ai pas vraiment entendu que quelqu’un d’autre ait fait quelque chose de similaire. À part ça, j’ai entendu beaucoup de critiques à l’égard d’un tel comportement du Musée national de Sarajevo. Je n’ai vu aucun éloge », dit Finci.
À l’écart de cette polémique, Silvia Einaudi, une égyptologue italienne de 55 ans, dit ne pas y voir d’inconvénients.
« C’est une façon, parmi tant d’autres, de soutenir les Palestiniens dans leur situation à Gaza. Je pense donc que c’est une bonne façon de les aider », indique-t-elle en sortant de la salle où est exposée la Haggadah.
la Communauté du Times of Israël !







