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Analyse

La diplomatie de Trump offre à Netanyahu une voie vers ses objectifs à Gaza – et au-delà

Après une période diplomatique de plus en plus difficile pour Israël, le président américain a exploité un large soutien en faveur de son plan visant à libérer les otages, désarmer le Hamas et transformer le Moyen-Orient

Lazar Berman

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le président américain Donald Trump (à gauche) salue le Premier ministre Benjamin Netanyahu à son arrivée à l'aile ouest de la Maison Blanche à Washington, DC, le 29 septembre 2025. (Crédit : SAUL LOEB / AFP)
Le président américain Donald Trump (à gauche) salue le Premier ministre Benjamin Netanyahu à son arrivée à l'aile ouest de la Maison Blanche à Washington, DC, le 29 septembre 2025. (Crédit : SAUL LOEB / AFP)

WASHINGTON — Pour Israël – comme pour le Hamas – le monde semble soudainement très différent de ce qu’il était il y a encore une semaine.

Il faut dire qu’une campagne anti-Israël prenait de l’ampleur depuis des mois déjà. Des photos de poupons au visage émacié – un grand nombre souffrant de problèmes de santé qui ne dataient pas du début du conflit – étaient diffusées par les plus grands médias pour promouvoir l’idée d’une famine massive dans la bande de Gaza. S’appuyant sur ces images, les leaders des principaux pays occidentaux, généralement proches d’Israël, avaient rejoint la France dans sa décision de reconnaître un état palestinien.

Par ailleurs, l’attaque manquée d’Israël à l’encontre des chefs du Hamas qui étaient réunis dans un bâtiment de Doha, au Qatar, au début du mois, avait suscité les condamnations unanimes des pays musulmans, qui s’étaient lancé dans une véritable offensive rhétorique dénonçant l’État juif.

Une vague qui a atteint son paroxysme la semaine dernière à l’Assemblée générale des Nations unies, quand les hauts-responsabes ont annoncé reconnaître un état palestinien et qu’ils ont, une nouvelle fois, éreinté Israël pour son blocage présumé de l’entrée des aides humanitaires à Gaza.

Pendant ce temps-là, au sein de l’enclave côtière, les soldats continuaient à avancer régulièrement vers Gaza-City – mais rien n’indiquait que les pressions militaires pourraient pousser le Hamas à libérer immédiatement les otages.

L’annexion de certains pans de la Cisjordanie paraissait devenir une source de tensions entre le président américain Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu – ainsi qu’une menace sérieuse pour la coalition de Netanyahu.

Des Gazaouis inspectant les dégâts causés par un bombardement israélien à l’extérieur d’une maison, dans le camp de réfugiés de Nuseirat, dans le centre de la bande de Gaza, le 27 septembre 2025. (Crédit : Eyad Baba/AFP)

Autant de problématiques qui pourraient bien commencer à rejoindre les poubelles de l’Histoire après la déclaration qui a été faite lundi par Trump à la Maison Blanche, après sa rencontre avec Netanyahu.

Trump au sommet

Il serait facile de laisser le style de Trump nous empêcher de reconnaître l’ampleur des réalisations diplomatiques qu’il a lui-même annoncées lundi.

Le président américain était très certainement au sommet de son art pendant le discours qu’il a prononcé – surtout quand il est entré dans le vif du sujet. Parlant des leaders mondiaux qu’il a consultés au sujet de son plan pour Gaza, il a indiqué – pour une raison indéterminée : « Ils ont tendance à être en grande majorité des hommes, je tiens à le préciser ». Il s’en est pris à plusieurs reprises à Joe Biden et il semble avoir pris la décision de changer la manière dont il prononce les « Accords d’Abraham », apparemment désireux de se rapprocher de la prononciation en hébreu chère au patriarche – avec plus ou moins de succès.

A la table, de gauche à droite, le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Cheikh Abdullah bin Zayed Al Nahyan, le président indonésien Prabowo Subianto, l’émir du Qatar, Cheikh Tamim bin Hamad al-Thani, le président turc Recep Tayyip Erdogan, le président américain Donald Trump, le roi Abdallah II de Jordanie, le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif et le Premier ministre égyptien Mostafa Madbouly lors d’une réunion multilatérale pour discuter de la situation à Gaza, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, le 23 septembre 2025. (Crédit : Brendan SMIALOWSKI / AFP)

Au-delà des éléments du discours qui ont pu entraîner les rires ou un sentiment de gêne, ce que Trump a accompli grâce à sa diplomatie personnelle est frappant. Le Premier ministre israélien de droite semble avoir adhéré à la même proposition sur Gaza que celle à laquelle Recep Tayyip Erdogan, partisant du Hamas et détracteur d’Israël, avait apporté son soutien, et qui avait bénéficié de la bienveillance de plusieurs pays arabes et musulmans de premier plan.

De plus, trois semaines seulement après qu’Israël a tiré des missiles balistiques sur le sol qatari dans le cadre d’une tentative manquée d’éliminer les chefs du Hamas qui s’étaient réunis à Doha, Trump a obtenu du Premier ministre de cet État du Golfe qu’il accepte les excuses de Netanyahu et qu’il accepte, de surcroît, de mettre en place un cadre trilatéral pour discuter des désaccords.

Le chemin vers la victoire

L’aspect le plus significatif de la rencontre entre Trump et Netanyahu a été la proposition du président américain elle-même.

Si elle devait être mise en œuvre, elle ouvrirait le chemin le plus direct à la victoire d’Israël à Gaza. Tous les otages seraient remis en liberté dès le début de l’accord, le Hamas serait progressivement désarmé et divers partenaires régionaux soutiendraient une nouvelle gouvernance au sein de la bande, une gouvernance qui ne serait ni celle du Hamas ni celle, peut-être, de l’Autorité palestinienne.

Des soldats de l’armée israélienne de la brigade Givati, à Beit Hanoun, dans le nord de Gaza, le 30 juillet 2025. (Crédit : Emanuel Fabian/Times of Israel)

À partir de là, Trump a l’intention de profiter de cet élan pour transformer le Moyen-Orient et procéder rapidement à l’élargissement du cercle des pays qui reconnaissent Israël.

Mais c’est aussi pour toutes ces raisons précises que le Hamas s’efforce d’empêcher la vision de Trump de se concrétiser. La guerre entre le Hamas et Israël a toujours été un jeu à somme nulle, où la victoire de l’un signifie la défaite de l’autre.

Compte tenu du front relativement uni qui soutient la proposition de Trump et des assurances qui ont été données à Israël – ainsi, Trump « soutiendra pleinement la destruction de la menace que représente le Hamas » si le groupe terroriste rejette cette proposition – il est peu probable que le Hamas rejette catégoriquement le cadre qui a été proposé.

Rassemblement hebdomadaire en faveur de la libération des otages israéliens détenus par le Hamas à Gaza, sur la Place des Otages, à Tel Aviv, le 27 septembre 2025. (Crédit : Avshalom Sassoni/FLASH90)

Il est plus probable qu’il apportera des clarifications, qu’il gagnera du temps et, en cas d’échec de ces initiatives, qu’il fera tout ce qui est en son pouvoir pour conserver certaines armes et pour maintenir une structure cohérente qui lui permettra de pouvoir commencer à se réaffirmer lorsque la dynamique sera amenée à changer à l’avenir.

S’il n’a voulu répondre à aucune question à ce sujet, Netanyahu a semblé avoir accepté l’idée qu’il n’y aurait pas de meilleure solution que celle qui a été proposée par Trump.

Cette résolution ouvrirait, en effet, la porte au rapatriement des otages dans leur totalité ; elle autoriserait Israël à atteindre ses objectifs de guerre ; elle remettrait sur les rails la normalisation avec un plus grand nombre de pays – et tout cela avant un scrutin aux résultats excessivement incertains, l’année prochaine.

Montage photos (de gauche à droite) : le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, le 16 janvier 2025 ; le ministre des Finances Bezalel Smotrich, le 13 janvier 2025. (Crédits : Yonatan Sindel/Flash90)

Bien sûr, cela posera des problèmes à Netanyahu parmi ses alliés politiques de droite. Ils ne pourront pas rétablir une présence juive à Gaza, déplacer les Palestiniens ou annexer la Cisjordanie. Cela pourrait compliquer son avenir politique.

Mais finalement, aucune de ces priorités n’a jamais été définie comme objectif déclaré de la guerre menée à Gaza.

La libération des otages et l’élimination du Hamas ont toujours été les objectifs poursuivis par Israël, tout comme la conclusion d’accords de paix avec un plus grand nombre de pays musulmans.

Espérons que ces objectifs l’emporteront sur les calculs politiques à court terme.

Ce qui semble être le cas – pour l’instant, tout du moins.

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