La droite israélienne profite du scandale de Sde Teiman pour attaquer le système judiciaire, estime la procureure générale
Israel Katz a annoncé son intention de déchoir de son rang l'avocate en chef de Tsahal, démissionnaire
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

Suite aux révélations selon lesquelles l’avocate générale de Tsahal avait autorisé la fuite de la vidéo sur les mauvais traitements infligés aux détenus de Sde Teiman, ministres et députés de droite ont déclaré vendredi que l’affaire révélait de profondes failles dans le système judiciaire israélien, en en profitant également pour attaquer la procureure générale, Gali Baharav-Miara, et faire état du besoin urgent de réforme.
La générale de division Yifat Tomer-Yerushalmi a démissionné après avoir admis son rôle dans cette affaire. Elle devrait être interrogée sous caution dans les prochains jours.
Elle a annoncé qu’elle quittait ses fonctions ce vendredi, en écrivant dans sa lettre de démission qu’elle avait donné son feu vert à la diffusion de cette vidéo pour « contrer la fausse propagande dirigée contre les autorités militaires chargées de l’application de la loi » – allusion à l’indignation suscitée à droite lorsque l’armée israélienne a lancé une enquête, à la mi-2024, sur les mauvais traitements infligés à un prisonnier palestinien au centre de détention de Sde Teiman.
Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a affirmé que cette fuite n’était que « la partie émergée de l’iceberg », de ce qu’il a qualifié de « corruption » du système judiciaire, et qu’il s’engageait à résoudre ce supposé problème.
Sur X, Smotrich a exigé une « enquête indépendante et impartiale » sur cette affaire, en laissant entendre qu’il ne s’agissait « pas du seul mensonge ou de la seule dissimulation ». Il a également exigé l’immunité pour l’officier qui a « révélé les faits » et demandé la nomination d’un nouvel avocat général, « en dehors du système ».
Le ministre de la Justice, Yariv Levin, a affirmé que la démission de Tomer-Yerushalmi à cause de cette affaire était le « résultat direct » des mesures prises pour réformer le système judiciaire.
« Le système mensonger qui s’est construit ici des années durant, au mépris des droits de communautés entières et au détriment de la sécurité du pays et de ses soldats, est en train de s’effondrer », a écrit Levin sur Facebook.
Le ministre de l’Éducation, Yoav Kisch, a accusé Tomer-Yerushalmi de diffamation en affirmant que « cette atroce diffamation à l’encontre des soldats de Tsahal… était l’œuvre de l’avocate générale militaire, persuadée de représenter à elle seule la loi ». Il a ajouté qu’elle lui rappelait d’autres responsables « qui pensent qu’ils sont et font la loi et se fourvoient ».
Nombreux sont les politiciens à considérer que cette fuite diffame les soldats, mais pour autant, ni la véracité de la vidéo ni celle des actes reprochés n’a encore été remise en question. Les soldats de cette vidéo ont été inculpés pour agression brutale d’un prisonnier palestinien au centre de détention de Sde Teiman, ce qui a donné lieu à des blessures graves – des côtes cassées et une déchirure interne du rectum.
חשיפה של כתב המשפט של חדשות 12, גיא פלג, הערב ב"מהדורה המרכזית": כך תועדו החשודים בפרשת שדה תימן | במצ"ח ממשיכים לחקור את החיילים שנעצרו בחשד להתעללות במחבל חמאס, והערב פורסם התיעוד שעומד במרכז החקירה • כפי שניתן לראות בתיעוד ממצלמות האבטחה במקום, המחבל נלקח הצידה בידי לוחמי כוח… pic.twitter.com/iwgSnq8VHm
— שאולי????️????️???? ShAuLi (@Shaulirena) August 6, 2024
Dans sa déclaration au sujet de la destitution, Levin a écrit : « Le chef du Shin Bet, puis le médiateur de l’État pour les juges et maintenant l’avocate générale militaire vont être remplacés par des personnes dignes, professionnelles et correctes. »
« Dans les jours à venir, les dirigeants du système judiciaire vont resserrer les rangs pour tenter d’empêcher que la vérité n’éclate et pour retarder le changement », a ajouté Levin. « Je leur tiendrai tête une fois encore, avec beaucoup de détermination. Je ne laisserai personne s’immiscer dans cette enquête. Les personnes ayant un conflit d’intérêts seront écartées de l’enquête. »
Le député Simcha Rothman, membre du parti HaTzionout HaDatit, a convoqué Baharav-Miara et d’autres responsables de l’application des lois pour une réunion urgente dans le cadre de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice de la Knesset, dimanche matin, « afin de comprendre comment le système d’application de la loi entend traiter le conflit d’intérêts inhérent à l’enquête sur la fuite de la vidéo de Sde Teiman et les fausses déclarations sous serment faites devant la Cour Suprême sur la question », a écrit Rothman sur X.
Le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, a demandé la destitution de Baharav-Miara en tweetant : « Prochaine étape, la criminelle procureure générale. »
Le député du Likud Moshe Saada a déclaré dans un communiqué qu’il avait demandé à Levin « qu’il retire à Baharav-Miara la compétence de supervision sur l’enquête et nomme un procureur spécial pour les besoins de l’enquête, afin de gérer le dépôt des actes d’accusation et de mettre l’affaire hors de portée des personnes impliquées ».
Il a ajouté : « Forts de l’aveu de l’avocate générale militaire et du soupçon raisonnable que Baharav-Miara était au courant de ses actions et a coopéré à cette tentative de dissimulation, l’affaire devient encore plus urgente et il est juridiquement nécessaire de retirer son autorité sur l’enquête. »
Baharav-Miara avait précédemment défendu la gestion de l’affaire par Tomer-Yerushalmi, ce qui lui vaut cette nouvelle mise en cause.
Pour sa part, le chef de l’opposition, Yair Lapid, a déclaré qu’il n’y avait « aucun doute » que Tomer-Yerushalmi devait démissionner. « Elle a commis des actes qui nuisent à l’armée israélienne et à la confiance que le peuple avait en elle. Personne n’est au-dessus de la loi. C’est valable pour tout le monde », a écrit Lapid sur X.
Il a ajouté que l’enquête devait non seulement porter sur la fuite des images mais aussi sur les circonstances de l’effraction de la base de Sde Teiman par une foule d’extrême droite, en signe de protestation contre l’arrestation de soldats impliqués dans ces mauvais traitements.
Dans l’opposition, la quasi-totalité des réactions vont dans le sens de Lapid, disant leur soutien à la démission de Tomer-Yerushalmi et à une enquête sur la fuite de la vidéo. La seule exception notable est celle du président du parti HaDemocratim, Yair Golan, qui s’est contenté de faire porter sa critique sur le Premier ministre Benjamin Netanyahu et ses acolytes.
« Elle [Tomer-Yerushalmi] et son porte-parole ont peut-être fait quelque chose d’inapproprié, mais ce n’est pas plus grave que ce que les porte-parole de Netanyahu, Urich et Feldstein, ont fait », a-t-il déclaré en rappelant le scandale du Qatargate, au titre duquel les deux hommes sont soupçonnés d’avoir effectué un travail de relations publiques rémunéré pour Doha alors qu’ils travaillaient pour le Premier ministre.
« On est encore très loin des actes qui valent à Netanyahu d’être jugé », a-t-il ajouté.
L’ex-Premier ministre Naftali Bennett a qualifié la fuite d’« incident très grave qui met à mal la confiance de la population israélienne dans les commandants supérieurs de Tsahal ».
« Il faut aller au fond de ce qui s’est passé, du début à la fin, et traduire en justice toutes les personnes impliquées », a-t-il écrit.
L’ex-chef d’État-major de Tsahal et ex-député Gadi Eizenkot a condamné les exactions de Tomer-Yerushalmi, qualifiées de « très graves », et exigé que toutes les personnes impliquées dans cette fuite soient traduites en justice.
Le président d’Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, s’est réjoui de la démission de l’intéressée, tout en regrettant qu’elle ne l’ait pas fait plus tôt. « Quand on sait que l’on a échoué, il est préférable de démissionner au bon moment, au lieu de s’accrocher à son poste jusqu’à ce que la démission soit imposée », a-t-il déclaré.
L’ex-ministre de la Défense Yoav Gallant a déclaré que Tomer-Yerushalmi lui avait menti après avoir ordonné l’ouverture d’une enquête pour identifier la source de la fuite.
« J’ai convoqué l’avocate générale militaire dans mon bureau pour comprendre pourquoi l’enquête s’enlisait. Je lui ai demandé pourquoi l’auteur de la fuite n’avait pas été identifié », a-t-il déclaré. « Dans sa réponse, comme tout le monde le sait maintenant, l’avocate générale militaire a délibérément menti en déclarant que ‘l’enquête était longue parce que des dizaines de personnes avaient eu accès à cette vidéo’ ».
Le ministre de la Défense, Israel Katz, et le chef d’État-major de Tsahal, le lieutenant-général Eyal Zamir, ont déclaré vendredi qu’ils réfléchissaient ensemble à un successeur. Les deux hommes ont convenu que Zamir proposerait une liste de candidats et que Katz en choisirait un. « Le ministre de la Défense et le chef d’État-major tentent de rétablir au plus vite la calme au sein des services de l’avocat général militaire », ont-ils déclaré.
Le ministre de la Défense a par ailleurs indiqué qu’il entendait déchoir l’avocate générale militaire démissionnaire de son grade.
« Toutes les sanctions requises seront prises à son encontre, à commencer par la destitution », a déclaré Katz dans un communiqué.
Selon les règles militaires en vigueur, seuls un tribunal militaire, un tribunal militaire spécial ou le chef d’État-major ont le pouvoir de déchoir de leur grade des officiers supérieurs. Le ministre de la Défense n’a pas cette autorité.
« Ceux qui accusent à tort les soldats de Tsahal et font primer le bien-être des terroristes de Nukhba sur le leur ne sont pas dignes de porter l’uniforme de Tsahal et ont leur place en prison », a-t-il ajouté.
(Le détenu palestinien gravement maltraité par les réservistes dans l’affaire de Sde Teiman n’était pas membre de la Force Nukhba du Hamas.)
« J’ai bien l’intention de faire en sorte que cette enquête soit approfondie. Les personnes impliquées dans cette affaire seront limogées et en paieront le prix », a souligné Katz.
Katz avait déjà laissé entendre qu’il limogerait Tomer-Yerushalmi sans que l’on sache toutefois s’il avait l’autorité pour le faire. Toujours est-il que Tomer-Yerushalmi a vu ce matin le chef d’État-major de Tsahal, le lieutenant-général Eyal Zamir, pour lui présenter sa démission.
la Communauté du Times of Israël !







