La Pologne autorise des fouilles ukrainiennes sur fond de contentieux mémoriel
Depuis des décennies, Varsovie et Kiev s'opposent sur l'interprétation des massacres commis de part et d'autre pendant la Deuxième Guerre mondiale
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La Pologne a autorisé Kiev à mener des fouilles dans l’est du pays pour retrouver des victimes ukrainiennes tuées en 1944 par des partisans polonais, une décision qui s’inscrit dans les efforts des deux voisins pour apaiser un contentieux mémoriel hérité de la Deuxième Guerre mondiale.
L’autorisation, accordée à une fondation ukrainienne, concerne des travaux archéologiques dans le village de Laskow, dans la région de Lublin, a indiqué mardi à l’AFP Dariusz Kopciowski, conservateur des monuments historiques de la région.
Pour Kiev, cette décision constitue un signal positif dans un dossier qui empoisonne régulièrement les relations bilatérales. « C’est déjà un indicateur que nous sommes sur une bonne voie », a déclaré à l’AFP l’ambassadeur d’Ukraine en Pologne, Vasyl Bodnar, rappelant qu’une précédente autorisation avait été délivrée en 2025.
« Il y a aussi des victimes ukrainiennes de l’affrontement pendant la Deuxième Guerre mondiale et elles ont besoin d’être honorées », a-t-il ajouté.
Depuis des décennies, Varsovie et Kiev s’opposent sur l’interprétation des massacres commis de part et d’autre pendant la Deuxième Guerre mondiale. Si les deux pays sont aujourd’hui alliés face à l’invasion russe de l’Ukraine, ce différend historique continue de peser sur leurs relations à un moment où leur coopération est jugée essentielle.
La Pologne est en effet un soutien important de Kiev et une plateforme cruciale pour l’acheminement de l’aide occidentale vers l’Ukraine.
Au coeur du différend figurent les massacres de Volhynie, région ayant appartenu à la Pologne avant la Deuxième Guerre mondiale et aujourd’hui faisant partie de l’Ukraine.
Selon Varsovie, entre 70 000 et 100 000 civils polonais ont été tués entre 1943 et 1945 par l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), tandis que les représailles ont fait entre 10 000 et 12 000 victimes ukrainiennes.
Varsovie parle de « génocide » contre la minorité polonaise, tandis que l’Ukraine, qui célèbre l’UPA, une organisation paramilitaire liée au mouvement indépendantiste ukrainien qui combattait l’Armée rouge soviétique, comme des combattants de la liberté, considère ces événements comme une « tragédie » en temps de guerre.
La question des exhumations est devenue un test majeur de la capacité des deux pays à dépasser leurs divergences historiques.
Relancée depuis 2024 après plusieurs années de blocage, la coopération dans ce domaine a toutefois été assombrie en mai lorsque le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accepté de donner à une unité militaire le nom de l’UPA.
Sa décision a provoqué un conflit diplomatique majeur avec Varsovie.
Depuis l’invasion de la Russie en 2022, l’UPA est honorée en Ukraine comme une force qui a combattu pour l’indépendance vis-à-vis de Moscou à l’époque de l’Union soviétique. Mais elle a parfois collaboré avec les nazis, s’est heurtée à la résistance polonaise et a tué des Polonais, des Juifs et d’autres civils.
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