La Sécurité intérieure américaine accusée d’avoir publié des tropes antisémites sur X
Une agence fédérale diffuse une annonce de recrutement pour les autorités de l'immigration reprenant un livre de 1978 imprégné de théories du complot et de menaces contre les Juifs
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JTA – Le week-end dernier, le compte X du département de la Sécurité intérieure américaine semble avoir utilisé un code antisémite. Et ce ne serait pas la première fois cet été.
Dimanche, la page officielle du département a publié sur X une image de campagne pour l’ICE, accompagnée du message « Which way, American man? » (Quelle voie, homme américain ?), inspirée d’une caricature politique de 1936 intitulée Uncle Sam at the Crossroads (Oncle Sam à la croisée des chemins).
Cette publication faisait référence à l’expression Which way, Western man ? (Quelle voie, homme occidental ?), titre d’un livre de 1978 imprégné de théories antisémites du complot et de menaces explicites contre les Juifs. Sur les réseaux sociaux, cette expression est aujourd’hui utilisée pour ridiculiser la « culture woke », le féminisme et les immigrants.
Dans un message publié mercredi sur X, l’Anti-Defamation League (ADL) s’est indigné de cette référence à Which Way, « publication problématique de l’ICE sur le compte X du département de la Sécurité intérieure ». L’ADL a cité plusieurs motifs de préoccupation, dont la mention du livre de William Gayley Simpson, présenté comme « suprémaciste blanc et antisémite ».
La publication sur « l’homme américain » intervient un mois après un autre message controversé du DHS intitulé Remember your Homeland’s Heritage (Souvenez-vous de l’héritage de votre patrie), avec les deux « H » en majuscules, une typographie interprétée par certains médias progressistes et le chatbot Grok de X comme une allusion à « HH », l’abréviation de « Heil Hitler » utilisée par les néo-nazis.
« Les majuscules HH… et une peinture symbolisant l’expansion coloniale blanche sur des terres autochtones reflètent des codes connus des suprémacistes blancs », a écrit Grok en réponse à un internaute.
Plusieurs responsables de l’administration Trump ont des liens connus avec des cercles et idéologies antisémites ou suprémacistes blancs. Le candidat de Trump pour diriger le Bureau of Labor Statistics, annoncé cette semaine, « est apparu à plusieurs reprises devant le portrait géant du cuirassé préféré d’Adolf Hitler lors de ses interventions médiatiques », rapporte le Daily Beast.
Le département de la Sécurité intérieure n’avait pas répondu, à l’heure de publication, à une demande de commentaires de la Jewish Telegraphic Agency.
Dans un communiqué adressé à CNN, la porte-parole Tricia McLaughlin a déclaré que « qualifier tout ce qui ne vous plaît pas de ‘propagande nazie’ est lassant », avant de préciser que la publication sur « l’homme américain » visait à illustrer que « l’Amérique, représentée par l’Oncle Sam, se trouve à un tournant et se demande quelle direction prendre ».
Ces messages s’inscrivent dans un effort plus large du DHS et de l’ICE, qui bénéficient d’une forte augmentation de budget et d’une vague d’embauches sous la présidence de Donald Trump, pour employer un langage nostalgique et des images présentant la « culture » et le « patrimoine » américains comme menacés par les étrangers. Dans le cadre de sa campagne de recrutement, l’ICE a utilisé de nombreuses œuvres représentant la vie à l’époque de la conquête de l’Ouest ou d’autres clichés idéalisés de l’Amérique, souvent sans l’autorisation des artistes ou de leurs ayants droit.
Parmi ces images figure notamment American Progress, un tableau de John Gast datant de 1872, symbole positif de la « destinée manifeste ». Le DHS, lui, est bien plus récent. Il a été créé en 2002, en réponse aux attentats du 11 septembre, principalement par la fusion de services d’autres départements.
La DHS a été sévèrement critiquée par des organisations comme la Coalition for Humane Immigrant Rights qui estiment que les publications du DHS recourent à un langage codé et à des références populaires dans les communautés suprémacistes blanches en ligne, avec parfois des recoupements avec le nationalisme chrétien. L’une des vidéos superpose ainsi un verset biblique sur des images d’agents de l’ICE. Selon le DHS, sa campagne a déjà attiré 100 000 candidatures.
Mais la dernière publication est plus explicite encore.
Which Way, Western Man ?, soutient que la culture occidentale et « nordique » est menacée par les Juifs. Le livre comprend des passages sur « le mouvement communiste dirigé par les Juifs et largement composé de Juifs » et « la judaïsation de l’Occident ». Un chapitre est intitulé « La nécessité de l’eugénisme ».
L’ouvrage a depuis été réédité par National Vanguard Books, un groupe néo-nazi qui publie également le roman-manifeste nationaliste blanc The Turner Diaries.
Mike Rothschild, chercheur juif spécialiste des théories du complot, a affirmé sur X que cette publication constituait « une référence claire » au livre, qu’il décrit comme « une œuvre d’un racisme et d’un antisémitisme effarants, prônant l’élimination et l’exclusion des Juifs de la société occidentale ».
L’ADL a aussi dénoncé l’usage par le DHS d’une caricature de Frank Lea datant de 1936, représentant l’Oncle Sam perplexe devant des panneaux « Inflation », « Dépression » et « Opportunité ». Dans la version modifiée par le DHS, ces termes sont remplacés par « Déclin culturel », « Invasion » et « Loi et ordre ». Le texte superposé à l’image affirme : « L’Amérique a besoin de vous. Rejoignez l’ICE dès maintenant ».
Selon l’ADL, ces modifications « assimilent fondamentalement les migrants aux États-Unis à un « déclin culturel » et à une « invasion ». Le groupe de défense des droits civiques juif estime « qu’une agence gouvernementale américaine ne devrait pas recourir à un tel langage ou à de telles images, quel qu’en soit l’objectif, et encore moins pour recruter ».
Which way, American man?https://t.co/nZkBEj3GGi pic.twitter.com/Nvz5DlgpKx
— Homeland Security (@DHSgov) August 11, 2025
Les Juifs libéraux, largement favorables à l’immigration en raison des origines de leurs propres familles, s’élèvent de plus en plus contre les méthodes de l’ICE, qui mène parfois des descentes dans des lieux de culte. Un centre de détention récemment ouvert dans les Everglades a également été comparé à un camp de concentration.
Pam Nadell, historienne dont le prochain ouvrage porte sur l’histoire de l’antisémitisme américain, a confié à la JTA discerner dans ces deux publications « un antisémitisme manifeste ».
« Pensez à ceux auxquels ils s’adressent, à ceux qui pourraient vouloir rejoindre l’ICE pour ‘se débarrasser’ des immigrants », a-t-elle expliqué. Elle juge également significatif le choix d’utiliser un dessin de l’époque du New Deal en remplaçant la mention du programme de lutte contre la pauvreté de Franklin Roosevelt par « déclin culturel ». Les opposants à Roosevelt étaient souvent antisémites.
« Dans les années 1930, les attaques contre le New Deal, contre Roosevelt, les accusations selon lesquelles il était contrôlé par une cabale de Juifs faisaient partie du discours de la droite contre le New Deal », a-t-elle rappelé. « Remplacer cette critique par ‘déclin culturel’ relève du même registre : autrefois dirigée contre le gouvernement, elle vise aujourd’hui la société civile ».
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