La victoire de Mamdani inquiète le milieu israélien des affaires à New York
Les entreprises fondées par des Israéliens se préparent à l'arrivée d'un maire qui soutient le BDS et pourrait les exclure des contrats gouvernementaux ou rompre les liens essentiels qui ont favorisé l'innovation
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Le 29 octobre, des entrepreneurs israéliens du secteur technologique se sont réunis sur une estrade dans le sud de Manhattan pour faire retentir la cloche d’ouverture de la Bourse de New York, afin de mettre à l’honneur les innovations et les contributions des start-ups fondées par des Israéliens.
Moins d’une semaine plus tard, l’homme que les New-Yorkais ont élu comme prochain maire est monté sur une estrade à quelques kilomètres de là pour annoncer l’avènement d’une nouvelle ère incarnée par un édile ouvertement hostile à Israël et à Wall Street.
Après avoir remporté une victoire écrasante essentiellement orientée sur l’accessibilité financière et les droits de la classe ouvrière, Zohran Mamdani a annoncé l’avènement d’une nouvelle ère pour la ville.
Mais certains craignent que l’ascension du socialiste démocrate, connu pour ses propos ouvertement anti-israéliens, notamment son soutien au boycott de l’État hébreu, ne refroidisse le climat commercial jusqu’ici favorable aux entrepreneurs et aux entreprises israéliens.
« Le climat n’est pas au beau fixe : nous sommes mécontents d’avoir un nouveau maire qui, d’après ce que nous comprenons, n’aime pas Israël et a des tendances anti-israéliennes », a déclaré Erel Margalit, fondateur et président exécutif du fonds de capital-risque Jerusalem Venture Partners. « Nous sommes inquiets des discours et peut-être de certaines des mesures que le nouveau maire pourrait prendre. »
Relativement inconnu avant de se présenter à la mairie, cet homme de 34 ans a déclaré que la cause palestinienne était « au cœur de [son] identité », tant dans la sphère politique qu’en dehors. Il a condamné Israël pour avoir déclaré la guerre au groupe terroriste Hamas à Gaza, a appelé au démantèlement de « l’apartheid » israélien et soutient le mouvement BDS, qui prône un boycott économique, culturel et universitaire d’Israël.
Le 1er janvier, Mamdani succédera au maire Eric Adams, fervent partisan d’Israël qui s’est positionné comme défenseur des communautés juives de la ville et a créé un conseil commercial New York-Israël.
« L’écosystème technologique new-yorkais a toujours reposé sur l’innovation mondiale, et la communauté technologique israélienne joue un rôle majeur dans cette réussite », a déclaré Guy Franklin, fondateur d’Israeli Mapped in NY, qui suit les entreprises israéliennes dans la ville depuis 2013. Il a été invité à sonner la cloche d’ouverture de la Bourse de New York le mois dernier, où il a été rejoint par 12 fondateurs et entrepreneurs israéliens de start-ups, dont Salt Security, Remepy et d’autres désireux de montrer l’impact de l’innovation israélienne dans la ville.
« Les start-ups israéliennes continueront à prospérer [aux États-Unis], en vendant leurs produits aux plus grandes entreprises mondiales », a déclaré Franklin au Times of Israel. « La vraie question est de savoir si Mamdani choisira de conserver cette énergie à New York ou s’il prendra le risque de la pousser ailleurs. »
Les investisseurs, les chefs d’entreprise et les entrepreneurs ont estimé que les répercussions de la victoire de Mamdani sur les start-ups et les entreprises israéliennes ne se feront pas nécessairement sentir dans la législation ou les réglementations explicites, mais dans la sphère commerciale.
« La manière dont Mamdani a exprimé certaines des politiques ou priorités de sa campagne suscite des interrogations quant à la façon dont les Israéliens percevront les affaires à New York », a expliqué Aaron Kaplowitz, président de l’Alliance commerciale États-Unis-Israël, qui œuvre à favoriser les relations commerciales entre les États-Unis et Israël. « Je pense que les Israéliens, comme tout autre peuple, veulent se sentir acceptés et bienvenus. »
« S’ils ont l’impression que New York ne sera pas enthousiaste à leur égard, ils pourraient se tourner vers d’autres villes », a mis en garde Kaplowitz.
Margalit, ancien membre de la Knesset au sein du parti travailliste, a déclaré que la préoccupation principale portait sur le fait que Mamdani puisse chercher à réexaminer ou à mettre fin aux contrats avec les entreprises israéliennes dans les unités municipales et les organisations et organismes publics affiliés.
Fondée en 1993, JVP gère un centre d’innovation en cybersécurité dans le centre-ville de Manhattan, qui a conclu des accords et des contrats avec la New York City Economic Development Corp. Un deuxième centre dédié aux technologies climatiques a été lancé en collaboration avec la ville en 2022. Ensemble, les deux centres accueillent 35 start-ups fondées par des Israéliens, favorisant les collaborations avec les banques, les assureurs et les agences gouvernementales locales.
« Nous nous inquiétons de certaines politiques qui pourraient être abandonnées », a déclaré Margalit. « Nous avons des partenariats public-privé avec des universités et des groupes de start-ups, et nous organisons également des événements en collaboration avec la ville — c’est en quelque sorte la carte de visite de la ville. »
Mais il a exprimé des doutes quant à la volonté de Mamdani d’annuler les contrats existants, ce qui pourrait s’avérer coûteux pour la ville.
« Nous ne voulons pas que quiconque touche à nos contrats avec la ville ou aux relations que nous avons établies, qui sont très rentables, donc je ne pense pas qu’ils seront interrompus », a-t-il déclaré.
On craint toutefois qu’à l’avenir, les entreprises israéliennes qui vendent à la ville tout ce qui va des caméras de sécurité aux logiciels de gestion intelligente des villes en passant par les services de cybersécurité aient plus de mal à remporter de futurs contrats.
« De nombreuses technologies israéliennes trouvent leur origine dans des applications militaires ou de défense qui permettent de rendre la ville plus sûre, plus propre, plus verte et moins coûteuse », a fait remarquer Kaplowitz.
Les inquiétudes concernant l’impact de Mamdani sur l’environnement commercial de New York ne se limitent pas aux Israéliens.
Pour financer ses promesses électorales de gratuité des bus et des services de garde d’enfants, le maire élu fait pression sur les législateurs de l’État pour qu’ils augmentent le taux maximal d’imposition des sociétés à New York, qui passerait de 7,25 % actuellement à 11,5 %, une mesure qui pourrait inciter les entreprises à partir vers l’un des 48 États où la fiscalité est moins lourde.
Convaincre Albany d’augmenter l’impôt sur les sociétés semble être une tâche difficile, même s’il devrait trouver plus de soutien pour cette mesure que pour son autre projet visant à augmenter l’impôt sur le revenu des résidents gagnant au moins 1 million de dollars par an.
« Même avec l’élection de Mamdani, il est important de rappeler que le maire ne peut pas, par exemple, augmenter l’impôt sur les sociétés du jour au lendemain ; il existe des contrôles juridiques, étatiques et économiques », a déclaré Franklin.
Selon les données d’Israeli Mapped in NY, la ville compte actuellement 450 start-ups fondées par des Israéliens, dont 65 licornes. On y trouve environ 80 entreprises de cybersécurité, 50 entreprises de technologie financière et d’autres entreprises opérant dans des domaines tels que la santé numérique et la technologie immobilière.
La ville, qui abrite la plus grande concentration de Juifs au monde, est devenue une plaque tournante majeure pour les entreprises israéliennes qui cherchent à s’étendre au-delà du petit marché intérieur israélien, les plaçant au cœur du commerce international et leur offrant un plus grand bassin d’investisseurs et de clients potentiels, notamment le public américain et les entreprises basées aux États-Unis.
Au cours des deux dernières années, les entrepreneurs technologiques israéliens ont de plus en plus choisi New York comme plaque tournante pour leur expansion aux États-Unis en raison de la fiabilité relative des vols entre Tel Aviv et la région métropolitaine de New York, même lorsque les perturbations liées à la guerre ont rendu plus difficile l’accès à d’autres destinations.
« Nous avons accès aux principales compagnies d’assurance, aux grandes banques et aux principaux hôpitaux de la ville », a déclaré Margalit. « Toutes ces organisations utilisent certaines des technologies israéliennes les plus avancées. »
Selon un rapport récent compilé par l’Alliance commerciale États-Unis-Israël, les entreprises fondées par des Israéliens ont créé plus de 27 000 emplois à New York, générant des milliards de dollars pour l’économie de la ville. Ces entreprises ont généré 8,1 milliards de dollars de bénéfices totaux, ajoutant une valeur estimée à 12,4 milliards de dollars à l’économie de la ville et 17,9 milliards de dollars à la production économique brute totale.
« Si le nouveau maire adopte une approche hostile envers les entreprises israéliennes, je ne m’inquiéterais pas pour les entrepreneurs israéliens, mais plutôt pour les New-Yorkais », a déclaré Kaplowitz. « Cela se traduira par une baisse du nombre d’emplois, une diminution des recettes locales et une perte énorme pour l’économie innovante de New York. »
Depuis sa victoire, Mamdani ne s’est pas encore exprimé sur la manière dont il compte traiter les entreprises israéliennes, mais il a par le passé critiqué les partenariats entre le département de police de New York et les organismes de sécurité israéliens. Il a également déclaré à Bloomberg News qu’il mettrait fin au Conseil économique New York-Israël créé par Adams en mai afin de favoriser les relations commerciales.
Son porte-parole a récemment déclaré au New York Times qu’en cas de victoire, Mamdani réévaluerait le partenariat entre Cornell et le Technion, l’Institut israélien de technologie, après avoir précédemment appelé au boycott de son campus de Roosevelt Island à New York.
« La fermeture des alliances universitaires et de l’enseignement supérieur est une évolution effrayante et serait un énorme préjudice pour les habitants de New York », a déclaré Kaplowitz.
« Il existe des exemples de fondateurs et de start-ups israéliens qui se sont rencontrés ou sont issus du campus Cornell-Technion, comme Hyro, qui a développé une solution pour aider les hôpitaux et les systèmes de soins médicaux à fonctionner plus efficacement, ce qui profite à la population locale et permet de réduire les coûts », a-t-il ajouté.
Créé en 2012, l’Institut Joan et Irwin Jacobs Technion-Cornell a donné naissance à près de 130 start-ups high-tech, dont la grande majorité (94 %) opère à New York, créant des emplois et contribuant au paysage technologique de la ville, selon le Technion.
Dans une réaction publiée après la victoire de Mamdani à la mairie, le Technion a déclaré que le partenariat et la collaboration avec l’université Cornell et les institutions de la ville « restaient solides ».
« Les efforts conjoints des universités et de la ville ont prouvé que les universités de classe mondiale peuvent non seulement atteindre l’excellence académique, mais aussi servir de puissants moteurs économiques », a déclaré le Technion dans un communiqué.
Margalit a souligné l’importance du monde des affaires dans l’établissement de ponts entre Israël et New York, des liens qui pourraient être remis en question sous Mamdani.
« La diplomatie high-tech est la diplomatie la plus forte pour Israël. C’est un moyen que nous avons appris à utiliser pour ouvrir des voies de communication dans un esprit de bonne volonté », a déclaré l’ancien homme politique. « Cette bonne volonté pourrait être interrompue.
« Cela dit, je suis convaincu que les relations entre Israël et New York ne seront pas ébranlées à long terme par un maire ou un responsable public qui n’apprécierait pas Israël », a-t-il ajouté.
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