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L’AIPAC défend les 2,3 M $ dépensés contre un candidat pro-Israël dans le New Jersey

Le groupe a ciblé Tom Malinowski, un modéré prêt à conditionner une aide à Israël, lors d’une élection spéciale remportée par une candidate plus critique envers Israël

Tom Malinowski s’exprime lors d’une audition de la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants à Washington, DC, le 16 septembre 2020. (Crédit : Stefani Reynolds/AFP)
Tom Malinowski s’exprime lors d’une audition de la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants à Washington, DC, le 16 septembre 2020. (Crédit : Stefani Reynolds/AFP)

JTA – Si l’AIPAC regrette d’avoir investi plus de 2 millions de dollars contre un candidat se présentant comme pro-Israël, finalement battu par une adversaire très critique envers Israël, elle ne le montre pas. Son super PAC affilié laisse même entendre qu’il referait le même choix.

« Nous allons nous concentrer sur l’élimination des candidats qui se montrent critiques envers Israël ou souhaitent conditionner l’aide », a indiqué Patrick Dorton, porte-parole du United Democracy Project (UDP), lors d’une interview.

Les dépenses récentes de l’UDP visaient Tom Malinowski, ancien membre du Congrès, battu lors d’une primaire spéciale dans la 11e circonscription du New Jersey. Malinowski, qui se présente comme pro-Israël et était soutenu par l’organisation sioniste libérale J Street, s’était dit prêt à conditionner une partie de l’aide américaine à Israël.

L’AIPAC a matraqué Malinowski à coups de publicités négatives qui ont coûté 2,3 millions de dollars, sans qu’aucune ne porte directement sur Israël. Les annonces cherchaient plutôt à le discréditer en le présentant comme trop progressiste ; l’une d’elles rappelait son vote en faveur d’un projet de loi de 2019 augmentant le financement de l’ICE, l’agence chargée de l’application des lois sur l’immigration très critiquée pour ses méthodes.

À première vue, l’opération peut passer pour un succès : le candidat visé, donné favori, n’a pas été élu. Mais, sur un point crucial, la stratégie semble s’être retournée contre l’AIPAC, en ouvrant la voie à Analilia Mejia, figure progressiste issue du militantisme local, bien plus critique envers Israël.

Malinowski a concédé mardi la victoire à Mejia. Celle-ci avait été directrice politique nationale de la campagne présidentielle de Bernie Sanders en 2020. Tahesha Way, ancienne vice-gouverneure du New Jersey et candidate considérée comme favorite de l’AIPAC, a terminé loin derrière, en troisième position.

Les critiques, y compris parmi des soutiens de l’AIPAC, ont dénoncé la stratégie du groupe.

« Ils n’auraient pas pu obtenir un pire résultat », a estimé Alan Steinberg, journaliste dans le New Jersey et ancien administrateur régional de l’EPA sous George Bush. « Je soutiens fermement l’AIPAC, mais c’est l’une des pires erreurs stratégiques qu’ils aient jamais commises. »

L’UDP était entrée dans la course après les déclarations de Malinowski sur l’aide américaine à Israël, dans un contexte où de nombreux démocrates, et certains républicains, se disaient prêts à assortir cette aide de conditions afin de faire pression sur le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour qu’il mette fin à la guerre à Gaza et modifie certaines politiques en Israël et en Cisjordanie.

Interrogé l’automne dernier sur la possibilité de conditionner ou suspendre l’aide à Israël, Malinowski avait déclaré au Jewish Insider qu’il « jugerait au cas par cas selon la situation sur le terrain », ajoutant qu’il appliquerait la même approche à tout allié des États-Unis bénéficiant d’une aide.

« Nous avions de sérieuses inquiétudes concernant Tom Malinowski, clairement ouvert à l’idée de conditionner l’aide à Israël », a expliqué Dorton. « Il savait qu’il adoptait une position qui n’était pas pro-Israël. »

Dorton a ajouté que l’UDP pourrait s’attaquer à d’autres candidats favorables à un conditionnement de l’aide. « L’ajout de conditions à l’aide à Israël et la dégradation des relations avec les États-Unis sont des critères centraux dans notre évaluation des candidats », a-t-il déclaré.

Analilia Mejia s’entretient du droit à l’avortement avec les membres du Congrès Cori Bush, Nydia Velazquez et Ilhan Omar, le 19 juillet 2022, à Washington. (Crédit : Kevin Wolf/AP pour CPD Action)

Dans le New Jersey, le résultat a propulsé une candidate dont la position sur Israël est nettement plus intransigeante. Mejia a accusé Israël de commettre un « génocide » à Gaza et s’est engagée à ne pas participer à des voyages financés par l’AIPAC dans l’État juif.

Elle avait également appelé à un cessez-le-feu à Gaza quelques semaines seulement après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023. Le 10 octobre 2023, elle écrit sur X que « chaque fibre de mon être est horrifiée au-delà des mots par ce qui se passe à Gaza. Une fois de plus, nous voyons comment l’oppression et la déshumanisation mènent au désespoir et à une destruction inimaginable. »

La campagne de Mejia s’est concentrée sur le coût de la vie et a reçu le soutien de progressistes tels que Bernie Sanders, Alexandria Ocasio-Cortez et Ro Khanna. Elle est désormais la candidate démocrate pour l’élection spéciale d’avril visant à pourvoir le siège laissé vacant par Mikie Sherrill, devenue gouverneure du New Jersey.

Steinberg estime que l’AIPAC « n’avait jamais pris au sérieux la possibilité qu’elle remporte cette primaire » et que Malinowski aurait été bien plus en phase avec l’organisation sur la question israélienne.

« Je ne pense pas que Malinowski soit anti-Israël », a déclaré Steinberg. « Je le connais, je ne suis pas d’accord avec lui sur Israël, mais il est de loin préférable à Analilia Mejia. »

Jeremy Ben-Ami, président de J Street, qui soutenait Malinowski, a écrit dans une chronique Substack que l’AIPAC réagissait aux critiques de la politique du gouvernement israélien comme s’il s’agissait d’hostilité envers Israël.

Jeremy Ben-Ami, président de J Street, lors du 39ᵉ Congrès sioniste à Jérusalem, le 28 octobre 2025. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

« L’AIPAC traite désormais même les critiques de bonne foi de ses amis comme une menace à éliminer », a-t-il écrit.

Dorton a minimisé l’impact de la victoire de Mejia, soulignant que l’élection spéciale ne déterminera que le titulaire du siège jusqu’à fin 2026. Une nouvelle primaire en juin désignera ensuite le candidat démocrate pour l’élection régulière de novembre.

Mais d’autres voient dans sa victoire un succès plus large pour les progressistes, et en particulier pour le mouvement pro-palestinien.

Tamika Mallory, à droite, co-présidente de la Women’s March à Washington, durant un entretien avec les co-présidentes Carmen Perez, à gauche, et Linda Sarsour, le 9 janvier 2017 (Crédit : AP Photo/Mark Lennihan)

« Analilia Mejia vient de créer un précédent dans le New Jersey et au-delà », a écrit lundi la militante pro-palestinienne controversée Linda Sarsour sur Facebook, accompagnant son message d’une photo de Mejia levant la main lors d’un forum organisé par le controversé Council on American-Islamic Relations (CAIR), où elle était la seule candidate à estimer qu’Israël avait commis un génocide. « Elle nous enseigne qu’il est acceptable d’être seul tant que l’on est du bon côté de l’histoire. »

L’UDP a dépensé des millions de dollars lors des élections législatives, avec des résultats mitigés depuis que l’AIPAC a commencé à financer directement des candidats en 2021 ; auparavant, le groupe se contentait surtout de cultiver le soutien à Israël parmi les responsables politiques. En 2024, il a dépensé au moins 14,5 millions de dollars contre Jamaal Bowman, membre sortant du « Squad » à New York, et plus de 8 millions pour faire tomber Cori Bush dans le Missouri ; les deux ont perdu leurs primaires. En revanche, les 4,5 millions de dollars investis n’ont pas suffi à empêcher Dave Min de remporter le siège laissé vacant par Katie Porter à la Chambre des représentants en Californie.

Les prochaines élections de mi-mandat devraient désormais servir de test pour mesurer l’influence de l’AIPAC, alors que des électeurs et des responsables politiques des deux camps prennent progressivement leurs distances avec Israël et ses soutiens. Elles permettront également d’évaluer les bénéfices électoraux d’une stratégie consistant à sanctionner les candidats jugés insuffisamment favorables à Israël, alors que le PAC de l’AIPAC a commencé l’année avec une réserve de campagne proche de 100 millions de dollars.

Dorton affirme toutefois ne pas être inquiet. L’UDP se tourne désormais vers les primaires de mi-mandat de juin et « continuera à diffuser des publicités qui font évoluer le vote » dans des courses portant, pour la plupart, sur des sujets sans lien direct avec Israël, a-t-il expliqué. Il a ajouté que le groupe analysait actuellement les sondages et la « viabilité des candidats » dans des dizaines de circonscriptions à travers le pays, y compris dans le NJ-11.

« Il existe une forte majorité bipartisane pro-Israël au Congrès », a conclu Dorton. « Et nous avons l’intention de faire en sorte que cela reste ainsi. »

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