Le concert de Freeze Corleone interdit aux Eurockéennes ; le festival dénonce une « censure »
"J’arrive déterminé comme Adolf dans les années 30" et "tous les jours RAF (rien à foutre) de la Shoah", a notamment chanté le rappeur par le passé
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées
Freeze Corleone, accusé d’antisémitisme et d’homophobie après des chansons aux propos tendancieux, mais jamais condamné, a vu plusieurs de ses concerts annulés ces derniers mois à Lille, Lyon, Rennes ou encore Nantes. En ce début d’été, c’est le préfet du Territoire de Belfort, Alain Charrier, qui a interdit mardi 1er juillet le concert du rappeur aux Eurockéennes de Belfort, qui devait se tenir dimanche – une décision validée vendredi par le tribunal administratif.
Alain Charrier avait estimé que la prestation pourrait donner lieu « à des troubles à l’ordre public à cause des textes de ses chansons qui font apologie de l’antisémitisme, de l’homophobie, du terrorisme et mention du nazisme ». Selon le préfet, « l’artiste n’a pas sa place dans ce festival qui rassemble un public familial. Il n’y a pas de place pour l’appel à la haine ». Sa décision faisait suite à une alerte lancée par un député RN du Territoire de Belfort, Guillaume Bigot, qui avait dénoncé ses paroles antisémites et ses références au terrorisme.
Dimanche, le président des Eurockéennes, Matthieu Pigasse, a vigoureusement dénoncé l’interdiction préfectorale du concert de Freeze Corleone, y voyant une décision « politique ».
« Nous condamnons les propos d’incitation à la haine, les propos racistes et antisémites. Ceci étant dit, cette décision porte atteinte à la liberté fondamentale, la liberté d’expression, de création et de programmation. Interdire un concert, c’est interdire à chacun de penser, de débattre, de ressentir », a déclaré Matthieu Pigasse, président du festival, lors d’une conférence de presse dimanche.
Il a insisté sur le caractère inédit de l’interdiction de ce concert. « Jamais en 35 ans d’existence [du festival], un concert n’avait été interdit, jamais », a-t-il martelé, assurant « qu’aucun des concerts » de Freeze Corleone n’a donné lieu « à des troubles publics. »
Matthieu Pigasse s’en est aussi pris au juge des référés de Besançon. « Il a considéré que dans un festival regroupant 50 concerts, ce n’était ‘pas grave’ d’interdire un artiste », a-t-il déploré. « Il a oublié que c’est constitutif d’une censure, c’est inacceptable. »
Jean-Paul Roland, directeur du festival, a précisé que plusieurs précautions avaient été prises pour accueillir Freeze Corleone, notamment un contrat incluant une clause comportementale. « Il y avait une clause particulière qui mentionnait qu’aucun propos condamnable ne devait être diffusé. On avait demandé la liste des chansons et des paroles en entier », a-t-il expliqué.
Au moment d’interdire son concert à Lille, en février 2024, la préfecture avait dénoncé « les paroles de plusieurs chansons » du rappeur, qui contiennent « des propos complotistes, ouvertement antisémites et empreints d’une admiration pour la personne d’Adolf Hitler et le IIIe Reich », ce qui justifiait selon elle l’interdiction du concert.
Avaient également été mis en avant par la préfecture de Lille « des propos faisant l’apologie du terrorisme, qui font référence à l’attentat de Nice » du 14 juillet 2016 sur la Promenade des Anglais longeant la Méditerranée (86 morts et des centaines de blessés).
« En défense j’suis Kalidou, t’es Lenglet. Burberry comme un grand-père anglais. J’arrive dans l’rap comme un camion qui bombarde à fond sur la… », chante Freeze Corleone dans sa chanson « Haaland », en duo avec le rappeur allemand Luciano, sortie la semaine dernière. Ces paroles ont entraîné l’ouverture par le parquet de Nice d’une enquête préliminaire pour apologie du terrorisme.
En 2020, Freeze Corleone (Issa Lorenzo Diakhaté de son vrai nom), avait déjà fait l’objet d’une enquête, finalement classée sans suite, pour « provocation à la haine raciale » après la diffusion de clips contenant notamment des paroles telles que « J’arrive déterminé comme Adolf dans les années 30 » ou « tous les jours RAF (rien à foutre) de la Shoah ».
Dénonçant des « propos racistes inacceptables », son label Universal Music avait alors annoncé la fin de « toute collaboration » avec le rappeur, mais son équipe a assuré qu’il était toujours sous contrat avec la maison de disque.
Malgré la polémique, les Eurockéennes de Belfort ont attiré 130 000 spectateurs sur quatre jours, signant la deuxième plus grande édition de l’histoire du festival. Kem Lalot, programmateur, a tenu à défendre le groupe controversé Kneecap, également ciblé par la préfecture, rappelant qu’ils ont « joué à Glastonbury, le plus gros festival du monde, sans aucun problème. »
la Communauté du Times of Israël !








