Le Congrès sioniste mondial lève l’interdit sur le chef de Betar USA, qui pourra devenir délégué
Le tribunal d'appel de l'Organisation Sioniste d'Amérique s'est prononcé en faveur de Ronn Torossian, précédemment exclu pour son « ton agressif et haineux et sa vulgarité » lors d'altercations contre une liste rivale dirigée par Shai Davidai
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JTA – Cet automne, le chef du groupe militant pro-Israël Betar USA pourra participer au Congrès sioniste mondial en qualité de délégué, après des mois d’exclusion pour des problèmes de « ton agressif et haineux et de sa vulgarité ».
Le tribunal d’appel de l’Organisation Sioniste d’Amérique a statué jeudi en faveur de Ronn Torossian, le combatif responsable des relations publiques qui encourage les partisans de Betar à s’engager dans des actions de rue – non seulement contre les antisionistes, mais aussi contre les sionistes opposés aux tactiques et à l’approche du groupe en matière de plaidoyer.
« Le Tribunal du Congrès sioniste mondial est revenu sur … l’interdit qui frappait M. Torossian et l’empêchait d’être délégué de la coalition de l’Organisation Sioniste d’Amérique », peut-on lire dans la décision unanime, selon une copie remise par Torossian à la Jewish Telegraphic Agency.
L’authenticité du document a été confirmée à la JTA par un membre du tribunal e question, qui a refusé de commenter plus avant. Deux membres du tribunal se sont récusés.
L’affaire portait sur la conduite de Torossian lors de ses échanges houleux avec Shai Davidai, professeur de l’Université Columbia et militant pro-Israël qui faisait campagne sous les couleurs d’une liste rivale. Dans sa décision, le tribunal a déclaré que la correspondance privée de Torossian avec Davidai, bien qu’« inappropriée », ne devait pas être prise en compte pour apprécier sa capacité à assister au Congrès.
Toujours selon le tribunal, les déclarations publiques que Torossian et Betar USA ont pu faire à l’encontre de Kol Israel, la liste adverse en question, ne sont pas davantage un motif de destitution.
Conformément à la décision du Tribunal, Torossian pourra prendre part au 39e Congrès sioniste mondial , fin octobre, et prendre la parole au nom de sa liste, la coalition de droite Organisation Sioniste d’Amérique, au moment où il s’agira pour le congrès de débattre de l’allocation de 5 milliards de dollars au gouvernement israélien.
Cette décision a également pour effet d’atténuer les critiques envers le discours et les actions de Betar USA au sein du mouvement pro-Israël ; des voix sionistes véhémentes avaient en effet rejoint des voix plus libérales, aux côtés de l’Anti-Defamation League, pour les qualifier d’extrêmes et d’inutiles pour les Juifs.
En début d’année, la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines, un groupe de coordination, a demandé l’expulsion de séance de Torossian après que des participants ont déclaré qu’il y avait fait irruption sans y être invité dans le seul but de défier l »Anti-Defamation League.
Le Betar se présente comme une nouvelle incarnation de la première milice sioniste révisionniste du même nom dirigée par Zeev Jabotinsky et se targue d’avoir envoyé à l’administration Trump des listes de manifestants pro-palestiniens à expulser.
Torossian a déclaré à la JTA qu’il était « ravi de cette décision » et qu’il assisterait au congrès – ce qu’il avait déjà annoncé avant même la sentence.
« Nous ne nous laisserons pas réduire au silence. Les partisans de Betar et de Jabotinsky iront au Congrès avec l’Organisation Sioniste d’Amérique, prêts à défendre le sionisme traditionnel révisionniste contre ceux qui cherchent à le subvertir – des militants radicaux aux voix prétendument réformistes de « Tikkun Olam » qui déforment le sionisme en faveur de programmes progressistes », a écrit Torossian dans un courriel.
« Ce sont ces mêmes cercles qui renforcent des figures anti-Israël comme Zohran Mamdani et qui normalisent l’antisémitisme woke en Occident. »
Il a ajouté qu’il continuerait à poursuivre ses opposants dans une autre enceinte : le beit din local, ou tribunal rabbinique.
Davidai n’a pas immédiatement répondu à une demande de commentaire de la JTA sur la décision. Dans une déclaration à la JTA, Kol Israel s’est dit « déçu par la décision du Tribunal, qui ne reflète pas l’esprit des règles électorales ».
Accusant Torossian de s’en prendre aux candidats « par l’intimidation et le chantage », la déclaration poursuit : « Il n’y a aucune excuse pour les calomnies et les menaces honteuses qui nous sont adressées. Un tel comportement préjudiciable devrait entraîner de graves conséquences, mais le Tribunal a choisi de lui laisser libre cours. »
« À une époque où les Juifs d’Israël et de la diaspora font face à d’épouvantables attaques antisémites, ceux qui sèment la division au sein de notre communauté entament leur crédibilité et renforcent nos ennemis. »
L’Organisation Sioniste d’Amérique, coalition qui comprend le Betar, a réuni 3,6 % des suffrages exprimés aux États-Unis lors des élections de ce printemps, selon les derniers résultats « préliminaires » du Mouvement sioniste américain, ce qui lui assurera un nombre proportionnel de délégués au procchain Congrès. Ce scrutin a donné lieu à des accusations de fraude électorale au sein d’autres partis dont certains, pour la plupart orthodoxes, ont été reconnus coupables de fraude et exclus du congrès.
Dans sa récente décision, le tribunal reconnait que Torossian s’est livré à des altercations « inappropriées, voire menaçantes », avec Davidai. Mais, ont statué les juges, les communications privées ne répondent pas aux mêmes normes que les campagnes ou propos publics. (La JTA a pu voir nombre d’échanges WhatsApp privés entre les deux hommes, émaillés de fréquentes attaques personnelles.)
Le tribunal n’a par ailleurs rien trouvé à redire aux quatre propos publics tenus par Torossian ou le Betar USA qu’il a examinés, au motif que ces déclarations s’en prenaient à Davidai personnellement, et non à Kol Israel.
Davidai a démissionné de son poste de délégué de Kol Israël en février dernier.
« En outre, bien que le ton et la substance de certains propos soient vulgaires et tout sauf civils, nombre d’entre eux portent sur des problèmes et non sur une liste en particulier », peut-on lire dans le verdict.
Actif sur les réseaux sociaux, Betar USA publie fréquemment des déclarations et des mèmes pro-Israël des plus provocateurs. Il a par exemple dit « Nous exigeons du sang à Gaza », diffusé des vidéos d’hommes en train de tenir des propos injurieux à propos des mosquées et demandé que le gouvernement israélien interdise de séjour les Juifs de gauche.
Son message semble gagner en écoute : en effet, en mai dernier, un juge fédéral chargé de l’examen de l’expulsion d’un manifestant sur un campus a statué que l’affaire semblait « avoir été presque totalement déclenchée par Betar Worldwide ».
Alors que de plus en plus de Juifs – à commencer par Davidai – critiquent la conduite d’Israël à Gaza, le Betar l’encourage. Mercredi, le compte X du groupe a publié, en hébreu : « Si vous le voulez, il n’y aura plus de Gaza ! » – allusion à une célèbre phrase du fondateur du sionisme, Theodor Herzl, accompagnée d’une image manifestement générée par l’IA de Herzl dans un uniforme de Tsahal en train de superviser la destruction de Gaza. (Dans une réponse, Betar a déclaré que le message était destiné à « partager le point de vue israélien normal ».)
Betar USA n’a pas non plus hésité à s’en prendre publiquement à la liste de Kol Israël, qualifiant ses membres d’« hypocrites et de menteurs » sur X en mai dernier. En juillet, le groupe invitait les délégués de son rival à démissionner, au moment-même où la question de la participation de Torossian au congrès était incertaine.
Le tribunal du Congrès sioniste mondial a déclaré qu’il « ne s’agissait pas pour lui de cautionner le contenu ou la forme des propos et conduites de M. Torossian » et qu’il appartenait à l’organisation de trouver les moyens de prévenir de tels comportements.
L’Organisation sioniste d’Amérique, organisation de droite dont la coalition éponyme comprend Betar USA, s’est réjouie de cette décision dans une déclaration à la JTA.
Dans leurs propos, l’Organisation sioniste d’Amérique comme Torossian estiment que leur problème central, avec Davidai, n’est pas d’ordre personnel mais lié à la politique : à savoir, un essai que Davidai a rédigé l’an dernier et dans lequel il dit « ne plus acheter des produits fabriqués au-delà de la ligne d’armistice de 1967 », ce que l’Organisation sioniste d’Amérique conteste avec vigueur.
« Les règles électorales permettent de critiquer les positions d’un membre d’une autre liste », a écrit le directeur de la l’Organisation sioniste d’Amérique, Mort Klein, dans un communiqué.
Torossian estime de longue date que le soutien inconditionnel de son groupe aux effusions de sang à Gaza et aux ministres israéliens d’extrême droite sont plus conformes au sionisme dominant que d’autres organisations juives américaines.
Tout en se réjouissant de la décision du tribunal, il présente le débat intra-juif sur Israël d’une manière susceptible d’amener un certain consensus.
« Il y a un énorme décalage entre la communauté juive américaine – en particulier ses segments libéraux et ashkénazes – et les réalités politiques en Israël », conclut-il.
la Communauté du Times of Israël !







