Le contrôleur d’État aurait fait pression sur d’ex-hauts responsables dans le cadre de l’enquête sur Nova
Le contrôleur aurait envoyé des lettres d'"avertissement à l'ancien chef de Tsahal et à l'ancien chef de la police à propos de leur rôle dans le massacre au festival de musique électronique, le 7 octobre
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Les services du contrôleur d’État ont envoyé des ébauches de conclusions de l’enquête sur le massacre du festival de musique Nova à d’anciens hauts responsables, ont rapporté mardi les médias israéliens, alors que les investigations sur l’assaut du Hamas du 7 octobre 2023 se poursuivent.
Cette enquête, à l’instar des autres qui sont actuellement menées par les services du contrôleur sur l’attaque du 7 octobre, est controversée dans la mesure où le gouvernement s’oppose à la formation d’une commission d’enquête d’État à haut niveau.
À la tête des services du contrôleur d’État, Matanyahu Englman n’a aucune formation juridique et a été nommé sous un gouvernement dirigé par Netanyahu. L’armée israélienne a également tenté de s’opposer à ses investigations.
La chaîne N12 a rapporté mardi soir qu’Englman avait envoyé à plusieurs anciens responsables, dont l’ex-chef de l’armée israélienne, Herzi Halevi, et l’ex-chef de la police israélienne, Kobi Shabtai, des ébauches de ses conclusions à propos du festival Nova, où des terroristes ont tué plus de 300 personnes et fait des dizaines d’otages. Selon N12, ces projets seraient des « avertissements » transmis aux responsables au sujet de ce qui sera rendu public une fois que les rapports complets seront diffusés.
Selon la chaine, certains de ces anciens responsables se sont plaints d’avoir reçu les conclusions avant même d’être entendus par les services du contrôleur, lesquels ont précisé qu’ils auraient l’occasion de témoigner après la lecture des projets.
N12 n’a pas donné le détail des projets de rapports.
L’armée a réagi en assurant qu’elle avait « pleinement coopéré à l’enquête, y compris dans l’audit sur le festival Nova ».
« Pour autant, le contrôleur d’État a choisi de tirer des conclusions personnelles sur certains des commandants sans les voir et sans les entendre au sujet des questions soulevées par l’enquête, ainsi que dans d’autres audits », a ajouté Tsahal.
« L’armée israélienne est en train de rédiger sa réponse au projet, qu’elle transmettra au Bureau du contrôleur de l’État », a ajouté l’armée.
L’armée israélienne a par ailleurs publié les résultats de sa propre enquête interne sur le massacre de Nova en avril, dans le cadre d’une série d’enquêtes sur son action en chacun des lieux attaqués le 7 octobre.
Les services du contrôleur d’État ont ajouté : « Les projets de rapports ont été établis en s’appuyant sur des dizaines de réunions avec les responsables au cœur des enquêtes… Malheureusement, le porte-parole de Tsahal relate les faits d’une manière qui ne correspond pas à la vérité. »
Ils ont par ailleurs précisé que, dans le cadre de l’accord conclu en mai dernier, « l’armée israélienne a pris note que d’autres réunions et entretiens pouvaient avoir lieu après l’envoi des projets de conclusions ».
« Les services du contrôleur d’État font leur travail conformément aux directives et aux pouvoirs qui sont les siens. Toutes les entités auditées sont tenues de se conformer aux exigences de la loi et de coopérer à l’audit afin qu’il apporte des réponses aux citoyens d’Israël à propos des défaillances les plus graves qu’ait connu le pays », a-t-il ajouté.
Il s’agit de la deuxième altercation publique entre les services du contrôleur d’État et l’armée israélienne cette semaine, l’armée ayant exigé, lundi, que le contrôleur mette fin à l’enquête sur les « questions fondamentales » au coeur des défaillances ayant empêché l’armée de déjouer l’attaque du 7 octobre et d’autres événements lors de la guerre qui s’en est suivie.
Quelques jours plus tôt, Englman avait envoyé une lettre au chef d’État-major de Tsahal, le lieutenant-général Eyal Zamir, pour se plaindre du manque de coopération de Tsahal et de ses difficultés pour se procurer les documents dont il avait besoin ou prendre rendez-vous avec les responsables.
Englman avait réagi au recours déposé par Tsahal, lundi, en critiquant les services de l’avocat général militaire mais en assurant qu’il continuerait son audit.
Cette enquête du contrôleur est pour l’heure la seule et unique enquête exhaustive et officielle sur le pogrom commis le 7 octobre, au cours duquel des milliers de terroristes dirigés par le Hamas ont tué 1 200 personnes et fait 251 otages séquestrés à Gaza, ce qui a déclenché la guerre en cours.
Depuis 22 mois, Netanyahu s’oppose à la mise en place d’une enquête officielle en dépit de la pression de la rue, au motif qu’elle serait inappropriée en pleine guerre contre le Hamas et qu’elle se retournerait, selon lui, fatalement contre lui et son gouvernement.
A cause de la guerre et de l’opposition de hauts responsables, l’enquête d’Englman, lancée en janvier 2024, a été gelée pendant plus d’un an, alors qu’il tentait d’enquêter sur l’armée israélienne et le Shin Bet.
Depuis la nomination de Zamir en mars 2025, un cadre d’enquête a été établi, validé par la Cour Suprême en avril dernier, et ses travaux se sont poursuivis.
Les désaccords entre l’armée israélienne et le contrôleur d’État sur la meilleure façon d’enquêter sur les événements du 7 octobre ne sont pas nouveaux : ils existent en fait depuis qu’Englman a annoncé le lancement de l’enquête sur les « multiples défaillances », en décembre 2023.
L’armée estimait alors que l’enquête aurait tendance à distraire les commandants supérieurs des combats alors actifs contre le Hamas et le Hezbollah – un avis partagé par Halevi, le chef d’État-major de Tsahal de l’époque.
Emanuel Fabian et Stav Levaton ont contribué à cet article.
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