Le Hamas sommé de quitter Gaza : Un écho au départ de l’OLP du Liban en 1982 – experts
Tout comme Yasser Arafat, les chefs du Hamas pourraient eux aussi préférer l'exil à la mort ; malgré des différences importantes, l'Histoire montre les écueils qui guettent Israël
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Ehud Yaari se souvient s’être tenu au port de Beyrouth fin août 1982, regardant Yasser Arafat monter à bord d’un navire et quitter le Liban avec des milliers de combattants de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) dans le cadre d’un accord négocié au niveau international visant à mettre fin à la guerre avec Israël.
À l’époque, selon Yaari, le départ de l’OLP de Beyrouth était considéré comme une grande victoire pour Israël. Près de trois mois plus tôt, Israël avait envahi son voisin du nord dans le but déclaré de mettre fin aux attaques terroristes transfrontalières menées par des groupes palestiniens, une décision qui avait suscité la controverse tant au niveau national qu’international.
L’armée israélienne avait rapidement assiégé l’ouest de Beyrouth et elle avait intensifié ses bombardements au fil de l’été. Face à la pression locale et internationale, Arafat avait fini par accepter d’évacuer le quartier général de l’OLP et de faire partir son groupe du Liban, éliminant ainsi ostensiblement une menace proche des frontières israéliennes.
« Il était clair qu’il s’agissait d’une victoire israélienne », déclare Yaari, journaliste et commentateur israélien de longue date qui avait couvert l’événement depuis Beyrouth.
« À partir du moment où l’OLP a quitté le Liban, l’objectif était atteint. »
Plus de quatre décennies plus tard, Israël semble prêt à réitérer cet exploit avec un autre groupe terroriste palestinien, le Hamas, afin d’éliminer ou du moins d’atténuer une menace majeure à sa frontière. Le plan de paix proposé par le président américain Donald Trump et approuvé par Israël exigerait que le Hamas désarme et renonce à contrôler la bande de Gaza. Il prévoit également un passage sûr hors de Gaza pour les terroristes du Hamas qui souhaiteraient partir.
La première partie du plan a été approuvée mercredi, ouvrant la voie à la libération de tous les otages dans les prochains jours.
Alors qu’Israël et le Hamas négocient les détails des phases suivantes du plan, les analystes estiment que le départ de l’OLP du Liban en 1982 pourrait constituer un parallèle utile à l’évacuation de Gaza par le Hamas, même si les deux situations diffèrent sur des points essentiels.
Selon eux, le départ de l’OLP pourrait montrer comment et pourquoi un groupe terroriste palestinien aux abois accepterait de céder le pouvoir et son quartier général. Mais cela sert également d’avertissement quant aux pièges et aux dangers auxquels Israël pourrait être confronté dans les mois et les années à venir.
« Le parallèle est qu’ici aussi, le Hamas subit une forte pression, car tout le monde lui dit : ‘Nous devons mettre fin au bain de sang à Gaza, et c’est votre responsabilité’ », explique Eyal Zisser, spécialiste de l’histoire du Moyen-Orient et vice-recteur de l’université de Tel Aviv.
Le plan de Trump, ajoute Zisser, offre « un moyen d’assurer la survie des chefs [du Hamas] restants et leur offre un nouveau départ ailleurs ».
Selon lui, du point de vue du groupe terroriste, « ce n’est pas un suicide. C’est un abandon, mais pas un suicide ».
En 1982 comme cette année, Israël a estimé qu’il était stratégiquement impératif d’éliminer le groupe terroriste palestinien qui représentait une menace sérieuse à sa frontière. Dans les deux cas, une combinaison de pressions militaires et diplomatiques, notamment grâce à l’implication décisive des dirigeants arabes, a abouti à une proposition d’évacuation du Hamas. Et comme au Liban, le plan Trump prévoit l’intervention d’une force internationale pour garantir que les terroristes respecteront l’accord.
Mais les situations diffèrent également de manière significative, font remarquer Zisser et d’autres. Le Hamas est le souverain de facto à Gaza, au pouvoir depuis plus de deux ans de guerre acharnée, et il continue de détenir des dizaines d’otages enlevés le 7 octobre 2023.
En revanche, l’OLP d’Arafat n’était pas au pouvoir au Liban – c’était plutôt une force redoutable en exil qui espérait libérer le pays du contrôle israélien. Beaucoup d’habitants de l’ouest de Beyrouth n’étaient pas palestiniens, mais des citoyens libanais mis en danger par la lutte de l’OLP contre Israël.
« L’OLP ne contrôlait pas le Liban. Lorsqu’elle a quitté le Liban, elle n’a pas quitté sa patrie », explique Dan Naor, expert en études moyen-orientales à l’université Ariel, dont les recherches portent principalement sur le Liban.
« Ils étaient des étrangers dans la région, et ce sont les citoyens sunnites libanais de Beyrouth qui en ont payé le prix. »
Ksenia Svetlova, directrice exécutive de l’Organisation régionale pour la paix, l’économie et la sécurité, ajoute qu’il est beaucoup plus difficile pour le Hamas de quitter Gaza que pour l’OLP de quitter Beyrouth.
« Pour l’OLP au Liban, l’objectif final était de retourner en Palestine ; ils sont donc partis pour la Tunisie ; ils ne voulaient pas retourner au Liban, mais à Gaza et en Cisjordanie », explique-t-elle.
Pour ce qui est du Hamas, poursuit-elle, « les Gazaouis sont déjà là-bas, alors partir est plus significatif et plus douloureux ».
Selon les experts, l’opposition locale à l’OLP avait joué un rôle crucial dans la décision du groupe de quitter les lieux.
Zisser indique que les dirigeants sunnites de Beyrouth avaient retiré leur soutien à ce groupe lorsque les combats avaient atteint leurs quartiers, signe que le temps d’Arafat dans la ville était révolu.
« La décision prise par l’OLP en 1982 était liée à la pression exercée sur l’organisation », souligne Zisser.
« Certains dirigeants sunnites soutenaient l’OLP, mais lorsque la guerre a atteint Beyrouth, ils ont voulu mettre fin au conflit. Ils s’inquiétaient des pertes humaines et des dégâts matériels et ils ont fait pression sur l’OLP. »
Il n’existe aucune opposition organisée équivalente au Hamas à Gaza, où le groupe terroriste est au pouvoir depuis 2007, même si là aussi, les élites locales réclament publiquement la fin de la guerre.
Dans ce cas, la pression exercée sur le Hamas provient de ses mécènes internationaux, en particulier ceux tels que le Qatar et la Turquie, qui cherchent à resserrer leurs liens avec l’administration Trump. Selon Yaari, l’argumentaire présenté au Hamas en 2025 n’est pas très différent de celui présenté à l’OLP il y a 43 ans.
« Les Turcs et les Qataris affirment que ce n’est pas la fin de l’organisation », poursuit-il.
« Vous perdez le contrôle à Gaza, vous déposez les armes. Il y a une vie après cela. »
Pour Arafat et l’OLP, ce qui avait suivi avait été plus d’une décennie à Tunis, jusqu’à ce qu’Israël autorise le groupe à s’établir à Ramallah dans le cadre des Accords d’Oslo de 1993. Pendant plus de trente ans, le groupe est resté à la tête de l’Autorité palestinienne (AP) basée en Cisjordanie, bénéficiant d’une large acceptation internationale.
Selon Yaari, le Hamas pourrait également revenir au pouvoir en Cisjordanie, même si cela n’est pas envisageable à Gaza.
« Arafat a signé les Accords d’Oslo et il s’est installé à Ramallah », rappelle Yaari. Les soutiens du Hamas, poursuit-il, pourraient dire au groupe terroriste : « Vous aurez notre soutien… En ce moment, il y a des élections [de l’AP], vous pouvez renforcer votre position en Cisjordanie. »
Yaari considère l’arrivée de l’OLP en Cisjordanie comme un avertissement qui avait été lancé à Israël, un moment où Jérusalem avait accepté de légitimer le groupe marginalisé basé dans une ville éloignée plutôt que de donner du pouvoir aux habitants locaux.
Malgré les espoirs de paix qu’ils avaient suscités, les Accords d’Oslo avaient rapidement cédé la place à des années de violence meurtrière pendant la Seconde Intifada, que Yaari et d’autres attribuent au refus d’Arafat d’abandonner ses méthodes terroristes.
Une prise de pouvoir du Hamas en Cisjordanie constituerait une menace encore plus grave pour Israël, car elle donnerait au groupe terroriste, qui a juré de détruire l’État hébreu, le contrôle d’une partie du territoire qui surplombe une grande partie du cœur du pays et qui abrite des centaines de milliers de résidents d’implantations et d’innombrables installations militaires.
Selon les analystes, le départ du Hamas ne suffira peut-être pas à empêcher Gaza de menacer Israël, compte tenu de ce qui s’est passé après le départ de l’OLP du Liban.
Quelques semaines seulement après l’évacuation de l’OLP, le président libanais Bachir Gemayel avait été assassiné dans un attentat à la bombe. Quelques jours plus tard, les milices chrétiennes avaient perpétré un massacre dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila, encerclés par les forces israéliennes.
Soutenu par la République islamique d’Iran, le nouveau groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah avait pris le pouvoir, menaçant à la fois Israël et la force multinationale venue au Liban pour aider les forces locales à affirmer leur autorité.
À la suite de l’attentat à la bombe perpétré en 1983 contre une caserne des marines américains, qui avait coûté la vie à près de 300 soldats américains et français, la plupart des forces américaines et françaises avaient quitté le pays.
Contrairement à la force internationale, les troupes israéliennes étaient restées au Liban pendant près de vingt ans, assurant le contrôle d’une bande de territoire dans le sud du pays, au prix de la vie de centaines de soldats. Tsahal s’était retiré en 2000, puis était revenu six ans plus tard pour mener la Seconde Guerre du Liban.
Actuellement, les soldats israéliens sont de retour au Liban, où ils contrôlent plusieurs points stratégiques, après un nouveau conflit déclenché par le Hezbollah, qui a bombardé Israël à la suite du pogrom du 7 octobre 2023. Le gouvernement libanais s’efforce de désarmer le Hezbollah après des années durant lesquelles la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) déployée dans le sud du pays n’a pas fait grand-chose pour empêcher le groupe terroriste chiite libanais d’accumuler des armes.
À l’instar de l’accord conclu avec l’OLP il y a 43 ans, le plan Trump prévoit également la mise en place d’une force internationale de stabilisation chargée de prendre le contrôle de Gaza, tandis que Tsahal se retirerait progressivement du territoire.
Même si le Hamas accepte de partir, les analystes estiment qu’il est peu probable que la force multinationale venue le remplacer réussisse, et que le combat pourrait à nouveau revenir à Israël.
« On ne peut pas faire confiance à une force internationale », estime Zisser.
« C’est quelque chose que nous devons toujours garder à l’esprit dans notre région. »
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