Le pardon d’un père à l’ami qui a accidentellement tué sa fille inspire d’autres à se réconcilier
Après avoir pris dans ses bras le conducteur qui avait percuté sa fillette de 8 ans, un père new-yorkais a lancé une campagne à l’approche de Tisha Beav, invitant chacun à laisser de côté sa colère
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

Yudi Herzberg se souvient parfaitement du sentiment d’horreur qui s’est emparé de tout son être, le 2 juin, quand son épouse l’a appelé, bouleversée, pour lui dire que Charlotte, leur fille, avait été renversée par une voiture alors qu’elle faisait du vélo aux abords du domicile familial à Monsey, dans l’état de New York.
Il raconte être arrivé quelques minutes plus tard – et il se rappelle avoir été soulagé en aperçevant, sur les lieux, deux amis proches du quartier, tous les deux bénévoles au sein des services de secours de la Hatzolah, une organisation juive.
Mais alors qu’il s’approchait, l’un des deux hommes, son camarade d’études depuis sept ans, a détourné le regard, honteux.
« Tout à coup, j’ai compris », dit Herzberg au Times of Israel. « C’était lui, il était le conducteur qui l’avait percutée ».
Un contraste qui l’a anéanti.
« J’étais complètement perdu à ce moment-là. Cela n’avait aucun sens pour moi », se souvient Herzberg. « Comment se pouvait-il que ce type formidable, cet ami incroyable, soit responsable de cela ? Je ne parvenais pas à réaliser ce qui se passait mais j’ai compris que, pour une raison ou une autre, c’était une épreuve envoyée par Hashem » – un mot en hébreu qui désigne Dieu.
Mais plutôt que de laisser la tragédie détruire leur amitié, Herzberg a pris son ami dans ses bras. Un geste qui a, depuis, été une source d’inspiration pour des milliers de personnes à travers le monde – qui ont choisi, à leur tour, de renouer des liens qui avaient été brisés.
En mémoire de Charlotte – cette petite fille au sourire contagieux et à l’énergie débordante – plus de 2 600 personnes se sont désormais engagées à abandonner leurs rancunes et à régler leurs différends, selon le site internet qui a été créé par Herzberg, shalomforcharlotte.com. Il explique avoir lancé cette nouvelle initiative en hommage à sa fille à l’approche de la fête de Tisha Beav, qui commémore la destruction du Premier et du Second Temple, des destructions que certains attribuent aux conflits qui déchiraient alors la communauté. La fête de Tisha BeAv sera célébrée cette semaine.
« J’ai compris que Hashem nous mettait à l’épreuve pour voir si nous pouvions résister à la tentation de succomber aux querelles et aux conflits », dit Herzberg au Times of Israel lors d’un entretien téléphonique. « J’ai eu le sentiment que si nous parvenions à embrasser le shalom [la paix] face à cette tragédie, nous pourrions réussir cette épreuve. »
Au lendemain de la tragédie et avant même de se rendre à l’hôpital, Herzberg s’est approché de son ami et l’a serré dans ses bras avec chaleur.
« Je voulais lui faire comprendre que cela n’allait pas détruire le lien étroit que nous avions tissé au fil des ans », confie-t-il.
Son ami en est resté sans voix.
L’incident a ultérieurement été considéré comme un accident. A l’hôpital, les médecins ont annoncé qu’ils ne seraient pas en mesure de sauver Charlotte. Herzberg est parti, anéanti, mais sur le chemin du retour, il a tenu à rendre à nouveau visite à son ami.
« Je savais qu’il s’en voulait énormément et je voulais qu’il sache que je ne lui en voulais pas du tout », s’exclame-t-il. « Je me suis donc arrêté chez lui, je suis entré dans sa chambre et je l’ai pris dans mes bras. Il ne réussissait pas à me regarder. Il était complètement bouleversé, à bout de forces. Plus tard, j’ai appris qu’il n’avait pas pu fermer l’œil pendant des jours. »
Lors des funérailles très fréquentées qui ont eu lieu le lendemain, Herzberg a évoqué le sourire et la joie de vivre de Charlotte avant d’aborder le sujet que tout le monde attendait.
« Je devais aborder le sujet qui fâche », dit-il. « J’ai donc parlé de l’épreuve que Dieu nous imposait en nous incitant à nous battre, et j’ai dit que si nous parvenions à utiliser cela pour renforcer l’unité et la paix, nous réussirions cette épreuve ».
Un discours qui est devenu viral, des vidéos ayant été largement partagées au sein des communautés juives orthodoxes. Au cours de la période de deuil de sept jours, la shiva, les gens ont commencé à partager des témoignages expliquant comment ces paroles leur avaient donné l’envie de pardonner aux autres.
« Quelqu’un m’a raconté qu’une personne avec laquelle il s’était disputé il y a quarante ans l’avait contacté pour faire la paix », raconte Herzberg. « Une autre personne m’a parlé d’une femme qui n’avait pas parlé à ses parents depuis des années, et après avoir entendu ce que j’ai dit, elle est allée les voir et elle a laissé sa mère tenir son bébé dans ses bras pour la première fois ».
Après la shiva, Yudi Herzberg a créé le site internet « Shalom for Charlotte », encourageant les gens à régler leurs petits différends. A ce jour, plus de 2 630 personnes ont partagé des témoignages expliquant comment elles sont parvenues à pardonner à des membres de leur famille, à des collègues et autres partenaires de travail ou à de vieux amis.
« Après près de sept années sans nous parler, j’ai enfin appelé mon frère », raconte une personne, livrant son témoignage sur le site. « Nous avons discuté pendant plus d’une heure ».
Une autre dit avoir enfin pardonné à un « parent égoïste » qui l’avait fait renvoyer de son lycée il y a 30 ans. « J’écris ces lignes avec les mains qui tremblent… [mais] cette histoire a encore fait son apparition sur mon téléphone ce soir… et je me suis dit : ‘D’accord, je suis prête à enterrer la hache de guerre’. »
Depuis lors, Herzberg, qui est âgé de 37 ans et qui est père de six autres enfants – ils ont de trois mois à douze ans – s’efforce de faire connaître sa nouvelle croisade. Et il continue d’étudier la Torah chaque jour avec son ami.
L’histoire de Charlotte a été largement relayée par les médias juifs ultra-orthodoxes aux États-Unis, explique Herzberg, et il s’efforce désormais d’obtenir une couverture similaire dans les médias israéliens.
« Je sais qu’Israël est un pays complexe », explique-t-il, « mais tous les problèmes que nous rencontrons – tant au niveau personnel que national – je pense que tous ces problèmes sont dus au fait que nous n’avons pas établi la paix dont nous avons besoin avec les autres. C’est précisément là l’héritage que Charlotte nous a laissé ».
... alors c’est le moment d'agir ! Le Times of Israël vous fournit chaque jour les informations qui vous intéressent. Qu'il s'agisse de la politique, de la high-tech en Israël, de l'enseignement de la Shoah, des Juifs de Diaspora ou bien encore de l'archéologie, de la culture et de l'environnement en Israël : nous tâchons toujours de couvrir un large spectre des sujets qui vous concernent, alors si vous le pouvez, aidez-nous à continuer à vous offrir ce contenu de qualité indispensable, surtout depuis le 7-Octobre.
la Communauté du Times of Israël !







