Le père de l’otage Segev Kalfon tente une nouvelle approche pour sauver son fils
Kobi Kalfon, boulanger à Dimona, longtemps resté en retrait, plaide désormais à Washington auprès des dirigeants israéliens et américains pour sauver son fils
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Depuis 21 mois, le père de Segev Kalfon – enlevé par des terroristes du Hamas lors de la rave de Nova, le 7 octobre 2023, s’est tenu à l’écart de la presse, convaincu que c’était dans l’intérêt de son fils.
« J’avais peur de parler de Segev », a confié Kobi Kalfon dans une interview accordée au Times of Israel. « Au tout début, un haut responsable m’avait dit qu’il doutait que ‘s’adresser aux médias soit dans l’intérêt de Segev’ », raconte-t-il.
L’idée sous-jacente était que rendre l’affaire publique aurait pu attirer davantage l’attention des ravisseurs du Hamas sur Segev, 25 ans et ancien soldat de Tsahal, et ainsi aggraver sa situation déjà précaire.
Dans les premiers mois de captivité, la famille s’est concentrée sur les prières et les rituels religieux pour ramener leur fils sain et sauf, organisant des événements autour de la préparation de la hallah, symbole d’unité et d’espoir, et consacrant un rouleau de Torah à son nom.
Mais depuis six mois, les choses ont changé.
Lors du dernier cessez-le-feu en janvier 2025, qui a permis la libération de 33 hommes, femmes et enfants, tous les hommes relâchés étaient soit d’un âge avancé, soit atteints de maladies chroniques connues.
Bien que la famille ait signalé aux autorités que Segev souffrait d’un trouble anxieux diagnostiqué à la suite d’un accident survenu quelques mois avant le 7 octobre, elle ne s’était pas rendu compte que cette affection, relativement récente, aurait pu être reconnue comme maladie chronique et lui valoir une inscription sur la liste des otages à libérer.
Alors que de nouvelles négociations ont été engagées ces dernières semaines, avec la perspective d’un nouveau cessez-le-feu et la libération éventuelle de huit à dix otages dans une première phase, les familles s’inquiètent du manque de clarté entourant les critères de sélection des captifs qui seront libérés.
« Comment les choisissent-ils ? L’épilepsie, le TSPT, l’asthme sont toutes des maladies chroniques. Comment peuvent-ils décider sans voir les patients ? », s’interroge Kalfon.
« Un trouble anxieux diagnostiqué à 27 ans est-il moins grave qu’un asthme déclaré à l’âge de 7 ans ? »
Segev, aujourd’hui âgé de 27 ans, est le deuxième d’une fratrie de trois enfants. Il travaille comme directeur de production dans la grande boulangerie de son père à Dimona, qui emploie 30 personnes et fournit les hôtels de la région de la mer Morte et des collines de Hébron.
Kobi et Galit Kalfon ont grandi à Dimona et, hormis une brève parenthèse à Boston, y ont passé toute leur vie adulte. Cette ville du désert du Néguev est surtout connue pour abriter le site du programme nucléaire israélien.
« Nous ne comprenions pas d’où cela pouvait venir », a déclaré Kalfon, en évoquant plusieurs passages aux urgences où Segev avait été pris de violentes crises d’angoisse, identifiées par les médecins comme des attaques d’angoisse.
En septembre 2023, Segev s’est vu prescrire un traitement médicamenteux ainsi qu’une thérapie de pleine nature, pour réapprendre à respirer et à marcher correctement.
Le 6 octobre, Segev a fêté Souccot en famille, avant d’annoncer qu’il partait à une fête dans le sud.
« Le lendemain matin, nous avons été réveillés par quelque 640 sirènes », raconte Kalfon.
En appelant leur fils, ils ont découvert qu’il s’était rendu au festival Nova, qui se tenait à Reïm, près de la bande de Gaza. Segev et son ami Asaf Harush tentaient de fuir en voiture, mais ils se sont retrouvés coincés dans un gigantesque embouteillage, avec les centaines d’autres festivaliers tentant d’échapper aux missiles et à l’assaut des terroristes.
« Nous sommes restés en ligne avec lui pendant une heure, jusqu’à 8 h 10 », a raconté Kalfon.
« La pression était insupportable, c’était complètement fou. Je leur ai dit de courir. »
Alors qu’ils tentaient d’échapper aux terroristes qui ouvraient le feu sur les participants, Asaf s’est jeté dans un fossé en bord de route. Segev, lui, a essayé de traverser la route 232, surnommée depuis « la route de la mort », en raison du massacre perpétré ce jour-là par les terroristes du Hamas, qui y ont assassiné des centaines de festivaliers et en ont enlevé des dizaines pour les emmener dans la bande de Gaza en otages.
« Asaf a tout vu », confie Kalfon, qui s’est précipité en voiture à l’hôpital Soroka de Beer Sheva dans l’espoir d’y retrouver son fils.
Quelques heures plus tard, le fils aîné de Kalfon a appelé son père et lui a dit de rentrer à Dimona, où Asaf était arrivé, couvert de poussière, indemne, mais sans Segev.
« Je suis arrivé en 15 minutes ; normalement, il faut une demi-heure en voiture », raconte Kalfon.
Kobi raconte s’être effondré au sol en entendant Asaf décrire comment les terroristes du Hamas, arrivés à bord de trois véhicules, le visage dissimulé sous des foulards verts, avaient capturé Segev, sans le voir.
Deux mois plus tard, l’armée a trouvé une vidéo de la prise d’otages.
« Je me suis effondré à nouveau », dit-il. « Voir son fils emmené de force… Mon Dieu. »
Lorsque l’ancien otage Ohad Ben Ami a été libéré en février, émacié et blême, il a appelé Kalfon quelques jours après son retour chez lui pour lui raconter sa captivité avec Segev.
« Je me suis mis à pleurer comme un enfant », a confié Kalfon.
Ben Ami, 56 ans, kidnappé chez lui au kibboutz Beeri, et Segev ont été détenus ensemble pendant un an à Gaza.
« Je connais ta boulangerie, je connais ta mère, je connais ton père, je connais ton frère, je connais ton fils, je sais combien tu as de dents », a déclaré Ben Ami à Kalfon, décrivant le nombre impressionnant de détails personnels et de conversations qu’il a eues avec Segev pendant les mois passés ensemble dans un tunnel de 65 mètres carrés, six mètres sous terre, où ils étaient détenus avec quatre autres captifs.
« Il m’a dit : ‘Kobi, fais tout ce que tu peux pour ramener ton fils très vite. Il ne tiendra pas. Les conditions sont terribles, inhumaines’ », rapporte Kalfon.
Kalfon a déclaré qu’il s’était effondré en entendant Ben Ami décrire sa captivité avec son fils. Mais après avoir réalisé que l’état de santé de Segev pouvait être considéré comme relevant d’une pathologie chronique, et après avoir entendu Ben Ami décrire à quel point son anxiété le faisait souffrir dans des conditions de captivité insoutenables, il a décidé de sortir du silence et de témoigner publiquement.
« J’ai décidé de parler et de ne plus me taire. J’étais rongé par l’angoisse », a-t-il déclaré.
« S’il y a un accord, qui décidera ? »
Depuis, Kalfon a participé à des missions aux États-Unis. Lui et sa femme ont commencé à accorder des interviews aux médias. Leur ville a accueilli un rassemblement du mouvement Mishmeret101, une manifestation silencieuse en soutien aux otages organisée plusieurs fois par semaine devant les institutions gouvernementales. Le maire de Dimona, Benny Bitton, membre du Likud et fervent soutien de Netanyahu, y a également pris part.
Kalfon a également reçu le soutien de plusieurs Juifs américains qui l’ont encouragé à faire confiance à Steve Witkoff, envoyé spécial des États-Unis pour les otages au Moyen-Orient.
« Ils m’ont dit que c’était une chance d’avoir un homme aussi intelligent, qui sait mener de grandes négociations », a déclaré Kalfon.
« Il m’a regardé droit dans les yeux et m’a dit : ‘Je ramènerai votre fils et tous les otages, car c’est une mitzvah pour moi’ », raconte Kalfon, évoquant sa rencontre avec Steve Witkoff lors d’une récente visite de l’envoyé spécial en Israël. « Il m’a dit : ‘J’ai perdu mon fils Andrew, et je sens que c’est ma mission. Nous sommes tous juifs, et sauver une vie, c’est comme sauver le monde entier.’ »
Depuis, Witkoff s’est personnellement engagé aux côtés des Kalfon, allant jusqu’à organiser leur hébergement lors de leur séjour aux États-Unis.
Lors d’un voyage récent à Washington, Kalfon a rencontré le Premier ministre et d’autres familles d’otages à Blair House, la maison d’hôtes de la Maison Blanche, à l’occasion de la visite de Benjamin Netanyahu aux États-Unis. Il y a entendu le Premier ministre leur affirmer que lui et Donald Trump avaient un plan dont ils ne pouvaient pas parler pour le moment, mais qui permettrait de ramener les otages chez eux.
« Il nous a dit qu’il fallait être patients », rapporte Kalfon, en lisant dans son attitude une gravité certaine et une volonté affirmée.
« Je veux le croire », confie-t-il. « Bibi a dit que c’était très difficile, mais que c’était possible. »
Kalfon se veut réaliste. Il s’inquiète de la place d’Israël au Moyen-Orient, de la sécurité de ses enfants et de celle de ses futurs petits-enfants.
Il considère l’attaque terroriste du Hamas du 7 octobre comme une rupture dans l’histoire sécuritaire d’Israël.
« J’ai voté pour lui pour la sécurité. Je ne suis pas un grand partisan du Likud », dit-il, en parlant de Netanyahu. « En ce moment, j’essaie de comprendre comment fonctionne le système américain, je suis ce qui se passe dans les commissions de la Knesset. La politique ne m’intéresse pas. Je veux juste retrouver mon fils. »
« Je veux croire. Je suis croyant », ajoute Kalfon, qui étudie la Kabbale chaque soir. « Si je n’avais pas la foi, je me serais effondré depuis longtemps. Cela fait déjà 650 jours. »
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