Le trafic d’armes entre Russie et Iran interrompu par les frappes israéliennes en mer Caspienne
Les pays fortement sanctionnés acheminent régulièrement des armes et de la nourriture par cette mer intérieure, s'entraidant pour la production des drones Shahed qu'ils privilégient tous les deux au combat
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Les récentes frappes aériennes israéliennes au large des côtes iraniennes de la mer Caspienne ont pris pour cible une voie maritime stratégique empruntée par l’Iran et la Russie pour l’exportation et l’importation d’armes, notamment celles que Moscou utilise dans sa guerre contre l’Ukraine, a révélé mercredi le Wall Street Journal, citant des sources proches du dossier.
Selon l’article, l’un des principaux objectifs de ces frappes portuaires a été de limiter les capacités de la Russie en matière de trafic d’armes, même si Israël ne l’a pas confirmé officiellement, sans doute pour préserver ses relations cordiales avec Moscou.
Mercredi dernier, l’armée de l’air israélienne a mené une série de frappes aériennes visant des navires de la marine iranienne dans la ville portuaire de Bandar Anzal, au bord de la mer Caspienne. Ces frappes ont détruit une corvette de la marine iranienne, quatre vedettes lance-missiles, plusieurs navires auxiliaires et vedettes de garde, ainsi qu’un centre de commandement et un chantier naval, a rapporté Tsahal.
À l’époque, l’armée israélienne avait déclaré avoir pris pour cible ces vedettes lance-missiles afin de porter un coup à l’armée iranienne, même si celles-ci, stationnées en mer Caspienne, ne représentaient pas une menace immédiate pour Israël.
Mais ces frappes, comme le souligne le Wall Street Journal, ont également touché la Russie, qui dispose de son propre port sur la mer Caspienne, situé à environ 960 km de celui de l’Iran.
Russie et Iran entretiennent depuis longtemps des relations étroites. En janvier 2025, les deux nations ont signé un accord de partenariat stratégique visant à renforcer leur coopération, notamment dans les domaines militaire et de la défense.
Les deux États, sous le coup de lourdes sanctions occidentales, exploitent une route maritime sur cette mer intérieure, a indiqué le Journal, acheminant ainsi des armes — de l’Iran vers la Russie — et des denrées alimentaires — de la Russie vers l’Iran.
Des frappes aériennes israéliennes ont visé des navires et des infrastructures de la marine iranienne dans la ville portuaire iranienne de Bandar Anzal et en mer Caspienne, le 18 mars 2026. (Crédit : Armée israélienne)
Cette route maritime serait l’une des principales voies utilisées par la Russie et l’Iran pour contourner les sanctions, ont estimé des experts cités par le Journal. La compagnie maritime « Islamic Republic of Iran Shipping Lines », qui est visée par des sanctions, opère régulièrement depuis Bandar Anzal, ont-ils précisé, non loin de la base de la marine iranienne.
L’Iran fournit des drones et d’autres armes à la Russie depuis que Moscou a envahi l’Ukraine en février 2022. En 2023, Téhéran a transféré plus de 300 000 obus d’artillerie et un million de cartouches à Moscou via la mer Caspienne, a ajouté le Journal.
L’Iran a également envoyé à la Russie les drones Shahed, qu’elle privilégie pour attaquer les infrastructures ukrainiennes. Moscou fabrique désormais sa version de ces drones, après que Téhéran l’a aidé à mettre en place sa propre chaîne de production.
La Russie, pour sa part, aiderait largement l’Iran à plusieurs titres depuis le déclenchement, le 28 février, de la guerre qui oppose Téhéran à Israël et aux États-Unis .
D’après un article du Journal en date de la semaine dernière, Moscou ferait parvenir à Téhéran des images satellites et lui fournirait une technologie de drones améliorée afin de l’aider à cibler les forces américaines dans la région. La Russie approvisionnerait également l’Iran en pièces détachées, lesquelles lui permettraient de modifier les drones Shahed et de les doter de capacités améliorées en matière de communication, de navigation et de ciblage.
Kiev, qui a développé une gamme d’intercepteurs de drones bon marché et efficaces pour se protéger contre les attaques russes, a, depuis, dépêché plus de 200 spécialistes de la défense auprès des États du Golfe, afin de les aider à repousser les frappes incessantes de drones iraniens.
Les frappes israéliennes en mer Caspienne n’auront probablement pas pour effet de mettre totalement un terme au trafic maritime russo-iranien, a noté le Journal. Mais elles ralentiront sans doute les activités des deux pays, qui devront se rabattre sur d’autres ports s’ils souhaitent poursuivre leurs opérations.
Par ailleurs, Israël ne s’est pas prononcé sur l’impact escompté des frappes en mer Caspienne sur la Russie. Selon des analystes interrogés par le Journal, il s’agirait probablement d’un choix délibéré, compte tenu de la ligne prudente qui a été adoptée par Jérusalem vis-à-vis de Moscou.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président russe Vladimir Poutine entretiennent des contacts réguliers, essentiellement sur des questions relatives à l’Iran et à la Syrie, où la Russie a soutenu le régime de l’ancien président Bachar al-Assad pendant la guerre civile qui a secoué le pays.
Sous la gouvernance de Netanyahu, Israël a largement conservé une position neutre face à la guerre en Ukraine, n’envoyant que de l’aide humanitaire à Kiev, et non l’aide militaire demandée, alors même que la Russie s’est montrée de plus en plus critique à l’égard des actions militaires israéliennes dans la région et qu’elle semble se rapprocher des ennemis de l’État juif.
Lundi, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov s’est entretenu avec son homologue iranien Abbas Araghchi, au sujet des frappes israéliennes sur le port de la mer Caspienne.
« Une inquiétude commune a été évoquée quant à un possible et dangereux élargissement du conflit, déclenché par Washington et Tel Aviv, à la région de la mer Caspienne », a annoncé le ministère russe des Affaires étrangères.
Lavrov a ajouté que les attaques visant les infrastructures nucléaires iraniennes, notamment à Bushehr, faisaient peser « des risques inacceptables sur la sécurité du personnel russe » et risquaient d’avoir « des conséquences catastrophiques sur l’environnement ».
Le lendemain, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a mis en garde contre le fait que la Russie considérerait toute extension du conflit iranien vers la mer Caspienne comme une évolution « extrêmement négative ».
Reuters a contribué à cet article.
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