Rechercher

Les artistes israéliens de moins en moins enclins à faire face au BDS à l’étranger

Entre l'hostilité de leurs pairs, les manifestations devant les concerts et les menaces d'arrestation, certains artistes envisagent de faire de 2026 une année blanche

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Le rappeur et réserviste Noam Tsuriely à Gaza en décembre 2024. (Autorisation)
Le rappeur et réserviste Noam Tsuriely à Gaza en décembre 2024. (Autorisation)

Après des centaines de jours de service de réserve à Gaza, le musicien Noam Tsuriely, combattant commando et rappeur, s’est rendu à Prague, fin novembre, pour y passer quelques jours de vacances et participer à un concert pour la communauté juive.

À la fin de son voyage, il a été harcelé par la Hind Rajab Foundation, organisation pro-palestinienne et anti-Israël qui tente d’obtenir des mandats d’arrêt à l’encontre des soldats israéliens qui se rendent à l’étranger.

« Je n’ai pas eu peur, et il était hors de question que je mette un terme à mon voyage à cause d’une bande d’idiots », explique Tsuriely, qui a reçu l’aide du consulat israélien à Prague. « Mais j’ai promis d’écourter mon voyage s’il le fallait, ce qui a rassuré ma mère. »

Le pianiste classique et artiste de hip-hop sait désormais qu’il a publié des informations à propos de son concert à Prague sur un groupe Facebook israélien insuffisamment sécurisé.

« J’ai été prudent. Mais il ne faut pas que ce soit la peur qui guide mes pas ; si c’était le cas, je ne serais ni musicien ni combattant », poursuit Tsuriely.

Le 19 janvier dernier, à son arrivée au Canada, l’humoriste israélien Guy Hochman aurait été détenu durant six heures, aux fins d’interrogatoire, suite à une plainte de la Hind Rajab Foundation.

Capture d’écran de la vidéo d’une parodie de descente dans un hôtel endommagé de Gaza, réalisée par l’humoriste israélien Guy Hochman le 6 janvier 2024. (Utilisé conformément à la clause 27a de la loi sur les droits d’auteur

Le comique a été détenu à l’aéroport de Toronto et n’a été relâché qu’après l’intervention du consulat israélien. Après quoi Hochman a donné un spectacle au profit de la communauté juive de Toronto, avec des manifestants anti-Israël et pro-palestiniens devant la salle de spectacle. Son manager a été agressé et blessé, a écrit Hochman sur les réseaux sociaux.

Depuis, deux de ses spectacles ont été annulés à New York et Los Angeles, suite à des campagnes de pression de militants anti-sionistes. Les propriétaires de la salle de New York se sont par la suite excusés.

Les musiciens israéliens en tournée à l’étranger doivent désormais faire preuve d’une bonne dose d’audace car, en plus des poursuites judiciaires commanditées par des organisations telles que la Fondation Hind Rajab, ils font face à un boycott culturel plus ou moins « discret » depuis que des terroristes dirigés par le Hamas ont déclenché le conflit toujours latent à Gaza par un pogrom dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023.

Une tournée à la croisée des chemins

Le chanteur Kobi Farhi, au milieu, avec Orphaned Land à Toulouse, en France, en décembre 2024 (Autorisation)

La fragilité du cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, depuis octobre dernier, explique que certains artistes israéliens hésitent à partir en tournée, entre manifestations anti-Israël et menaces du mouvement boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) contre les artistes israéliens.

Kobi Farhi, le chanteur et fondateur du groupe de heavy metal Orphaned Land, explique au Times of Israel qu’il préfère ne pas faire de tournées pour le moment, après une altercation avec un groupe BDS à Barcelone, fin 2024.

« Si nous avions fait la même tournée en 2025, nous aurions eu dix fois l’incident de Barcelone », confie Farhi, dont le groupe joue depuis 30 ans, parfois avec des groupes de metal palestiniens. « Ça a empiré, au point qu’on ne nous engage plus. »

Menacés par des manifestants à Mexico, en octobre dernier, la chanteuse Noga Erez et son groupe ont dû annuler les rencontres en tête-à-tête avec les fans. Au moment des faits, Erez avait écrit sur Instagram qu’elle avait reçu des centaines de commentaires, messages et « menaces sinistres voire violentes » lui conseillant d’annuler son concert à Mexico, où le public et le personnel du club ont été victimes de violences de la part de manifestants devant la salle de concert.

« Je respecte totalement la liberté d’expression, mais ces gens ne savent RIEN de moi ni de ce que je représente », a écrit Erez sur Instagram, ce qu’elle a redit sur scène.

Erez n’a pas répondu aux demandes d’interview et n’a rapporté aucune autre expérience négative lors de cette tournée, qui doit se poursuivre aux États-Unis au printemps, en passant par le Coachella Valley Music and Arts Festival 2026 en avril, une occasion rêvée pour une artiste israélienne émergente.

La chanteuse Noga Erez lors d’un rassemblement en faveur de la libération des Israéliens retenus en otages par des terroristes du Hamas à Gaza, à Tel Aviv, le 18 mai 2024. (Avshalom Sassoni/Flash90)

« Je ne faisais pas de tournée — non pas par manque de courage ou d’envie, mais en raison des réponses que nous avons reçues », confie Noa Gruman, chanteuse de heavy metal et fondatrice du groupe Scardust et de la chorale Hellscore. « Ils n’arrêtaient pas de me dire qu’on parlerait une fois que ça se serait calmé, mais tout le monde me ghostait. Ils ont fini par ne plus me répondre, même ceux qui étaient mes collègues et amis ; ils ont purement et simplement disparu, c’est très dur. »

Gruman a pensé à abandonner sa carrière musicale, jusqu’à ce que le groupe suédois de metal Sabaton la contacte pour lui demander de chanter lors de leur tournée européenne pendant un mois entre novembre et décembre 2025, devant près de 15 000 spectateurs chaque soir.

« J’en ai pleuré de joie parce que j’étais vraiment sur le point d’abandonner », explique Gruman. « Je pensais avoir des choses à apporter au monde, mais le monde n’en voulait pas. »

Gruman n’a connu aucune manifestation ou sentiment anti-israélien durant son mois de tournée, qui vient de s’achever.

@honoraryastronautpenny

@nogaerez in Mexico City after some protesters tried to avoid the show from happening. Palestine desearves better. Noga agrees. Russo agrees. The band agrees. We agree. She was amazing. The show was great. Her speech was on point. Thank you, no comments allowed. #nogaerez #foroindierocks #cdmx????????

♬ sonido original – Andrea

« Je me préparais mentalement chaque jour, je préparais un discours », précise-t-elle. « À la fin de la tournée, j’ai poussé un gros soupir de soulagement. J’ai chanté devant 350 000 personnes au total, sans que mon origine pose problème. » Pas plus qu’à ses collègues musiciens en tournée, qui ont tenu à jouer ensemble, ajoute Gruman.

« C’est comme ça que ça devrait se passer », conclut-elle.

Le traditionnel concert du jeudi

Tsuriely, qui a grandi dans une famille de Jérusalem pratiquante et a sorti son premier album, « Lyrics, Melody and Vision », juste avant le massacre du 7-Octobre, s’est promis de jouer tous les jeudis, quitte à le faire pour les soldats à Gaza.

Sa chanson sur cette période, « Od yom beAza » [« un autre jour à Gaza »], est devenue l’un des hymnes de la guerre.

Lorsque Tsuriely a programmé son bref voyage à Prague, qui tombait notamment sur un jeudi, il a contacté la communauté juive de Prague pour leur proposer de se produire gracieusement.

« Quand je ne suis pas en réserve, je suis sur scène », assure Tsuriely. « Je me bats avec mes munitions, et avec le micro devant mes compatriotes. »

Tsuriely a annoncé son concert sur un groupe Facebook pour les Israéliens de Prague, dont on lui avait dit qu’il était sécurisé, mais un groupe pro-palestinien a eu vent de l’événement et la Fondation Hind Rajab a porté plainte au pénal contre Tsuriely auprès du procureur public suprême de Prague pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide lors de la campagne militaire israélienne à Gaza, avec à l’appui une de ses publications Instagram le montrant à Gaza en uniforme.

« Si je souhaitais à nouveau me rendre à l’étranger, il y a 99 % de chances que je puisse le faire », conclut Tsuriely, qui a consulté des avocats qui aident les réservistes qui se trouvent dans la même situation.

« Mais je ne veux pas prendre le risque que cela recommence, alors je fais attention. Et pourtant, j’adorerais aller aux États-Unis. »

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.