Les banques de Gaza qui ont rouvert leurs portes n’ont plus d’argent liquide
Selon un économiste local, les commerçants sont susceptibles de prélever 20 à 40 % pour payer les salaires en espèces ; le plan de paix ne mentionne pas l'entrée en circulation des billets de banque, qui a été interrompue pendant la guerre
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Reuters — Le cessez-le-feu à Gaza a atténué le traumatisme causé par les frappes aériennes et par le blocus israéliens, mais la pénurie de liquidités empêche les Palestiniens de dépenser le peu d’argent dont ils disposent sans être victimes de ceux qui sont décidés à profiter de la situation.
Les banques, dont un grand nombre ont été endommagées ou détruites avec les habitations, les écoles et d’autres institutions à travers Gaza pendant les deux ans de guerre, ont commencé à rouvrir le 16 octobre, une semaine après la signature d’un accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas qui a ouvert la porte à la remise en liberté des otages.
Israël a accusé le groupe terroriste de s’être infiltré dans les infrastructures civiles tout au long de la guerre.
Des files d’attente se sont formées devant les banques peu après leur ouverture – mais les gens sont repartis déçus.
« Il n’y a pas d’argent, il n’y a pas de liquidités à la banque », a indiqué Wael Abu Fares, 61 ans, père de six enfants, devant la Banque de Palestine. « On vient juste pour faire des formalités administratives et on repart ».
Les habitants de Gaza ont besoin d’argent liquide pour la majorité de leurs transactions quotidiennes, qu’il s’agisse d’acheter des denrées alimentaires au marché ou de payer leurs factures, mais Israël avait bloqué les transferts de billets de banque ainsi que la plus grande partie des autres marchandises après le pogrom commis par le Hamas, le 7 octobre 2023, qui avait fait environ 1 200 morts et 251 otages, déclenchant la guerre à Gaza.
« Les banques sont ouvertes mais elles font principalement des transactions électroniques, sans dépôt ni retrait d’argent liquide », explique à Reuters Mohammad Abu Jayyab, économiste à Gaza
« Les gens se rendent chez certains commerçants cupides pour encaisser leur salaire et ceux-ci leur donnent de l’argent liquide moyennant des frais élevés, qui varient entre 20 % et parfois 40 % », ajoute-t-il.
« Il faut deux ou trois jours pour faire des allers-retours, passer toute sa vie debout, ici », dit-elle. « Et au final, on n’obtient que 400 ou 500 shekels. Mais que peut-on acheter avec cette somme, alors que les prix sont aujourd’hui incroyablement élevés et inabordables ? »
Pour certains Palestiniens, la crise monétaire a été l’occasion de gagner leur vie. Manal al-Saidi, 40 ans, répare des billets de banque endommagés pour subvenir à certains besoins essentiels.
« Je travaille et je gagne 20, 30 shekels ; je repars avec une miche de pain, des haricots pour le dîner, des falafels, n’importe quoi, quelque chose de simple », dit-elle en essuyant les billets. « Ce n’est pas que je puisse m’offrir des légumes ou quoi que ce soit d’autre, non, juste de quoi survivre ».
Palestinians in Gaza face cash shortages and wartime profiteering as banks reopen following the ceasefire, with Israel's blockade restricting money flow https://t.co/pSd0KzHSM5 pic.twitter.com/3DFyp2yZ9D
— Reuters (@Reuters) October 31, 2025
Certaines personnes ont recours aux virements électroniques via des applications bancaires, même pour des articles de petite valeur tels que des œufs ou du sucre, mais les vendeurs appliquent des frais supplémentaires.
La question de l’approvisionnement en espèces à Gaza n’a pas été incluse dans le plan de paix en 20 points du président américain Donald Trump, qui a également laissé les détails de la reconstruction et de la sécurité à déterminer.
Le COGAT, l’agence du ministère de la Défense qui supervise les flux d’aide vers la bande de Gaza, n’avait pas répondu pas à une demande de commentaires sur la potentielle réintroduction de billets de banque au moment de la rédaction de cet article.
La pénurie de billets et de pièces de monnaie a aggravé la crise pour les Gazaouis qui ont perdu des proches, leur emploi et leur maison, qui ont épuisé leurs économies et vendu leurs biens pour acheter de la nourriture, des tentes et des médicaments. Certains ont eu recours au troc pour survivre.
Samir Namrouti, 53 ans, commerçant, s’est habitué à des billets de banque presque méconnaissables en raison de leur utilisation excessive.
« Ce qui m’importe, c’est leur numéro de série. Tant que le numéro de série est là, ça me suffit, je les considère comme de l’argent », décare-t-il.
L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.
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