Rechercher

Les générateurs de Gaza, vitaux pour les populations, face à la menace d’une pénurie de carburant

Israël a interdit le diesel à Gaza depuis mars, trois fois plus longtemps que depuis le début de la guerre, menaçant les équipements médicaux et les installations de traitement de pannes aux lourdes conséquences

Nurit Yohanan est la correspondante du Times of Israel pour le monde arabe et palestinien.

Des patients du service de néphrologie sont assis au milieu des décombres devant l'hôpital Shifa, dans la ville de Gaza, le mardi 1er juillet 2025, alors qu'ils attendent de partir après que l'établissement a suspendu ses services de dialyse en raison de pénuries de carburant nécessaires pour alimenter ses générateurs. (Crédit : AP/Jehad Ashrafi)
Des patients du service de néphrologie sont assis au milieu des décombres devant l'hôpital Shifa, dans la ville de Gaza, le mardi 1er juillet 2025, alors qu'ils attendent de partir après que l'établissement a suspendu ses services de dialyse en raison de pénuries de carburant nécessaires pour alimenter ses générateurs. (Crédit : AP/Jehad Ashrafi)

Le carburant – et particulièrement le diesel – est actuellement la seule source d’énergie de Gaza. Il alimente des générateurs qui assurent le fonctionnement des systèmes essentiels, notamment des équipements médicaux et des usines de dessalement de l’eau, qui fournissent de l’eau potable aux 2 millions d’habitants de Gaza.

Pendant une grande partie de la guerre, les usines de dessalement de Deir al-Balah, dans le centre de Gaza, étaient alimentées par l’unique ligne reliant l’enclave au réseau électrique israélien. Mais le 3 mars, un jour après qu’Israël a interdit l’entrée de l’aide humanitaire à Gaza – carburant inclus – le ministre de l’Énergie Eli Cohen a coupé la ligne électrique.

Aujourd’hui, l’aide peut à nouveau entrer à Gaza, mais pas le carburant, et la ligne électrique est toujours inactive. Des centaines de milliers de litres de carburant sont nécessaires chaque jour pour répondre aux besoins de Gaza, et les réserves s’épuisent rapidement, s’inquiètent les Palestiniens de l’enclave.

« Les générateurs de l’hôpital tournent pendant une heure, puis s’arrêtent pendant une heure en raison de la pénurie de carburant », a récemment déclaré au Times of Israel un médecin de l’hôpital Shifa de Gaza City, interrogé par téléphone. « L’électricité dans les hôpitaux n’est pas constante. Parfois, elle n’est disponible que trois à quatre heures par jour. »

Les pénuries de carburant ont frappé Gaza tout au long de la guerre, a-t-il ajouté. Mais ces derniers mois, la situation s’est considérablement aggravée.

Gaza traverse aujourd’hui sa plus longue période sans approvisionnement en carburant, non seulement au cours de la guerre, mais aussi depuis qu’Israël a commencé à imposer des limitations à l’entrée d’équipements et de fournitures dans la bande de Gaza après la prise de contrôle du Hamas, en 2007.

Au début de la guerre, Israël a bloqué l’apport de carburant pendant 40 jours avant qu’une cacophonie de pressions internationales ne vienne rouvrir le robinet. Le gel actuel a duré trois fois plus longtemps, et il se poursuit.

Des hommes marchent près de générateurs et de véhicules garés à proximité d’équipements de pompage d’eau, à l’usine de dessalement du sud de Gaza, qui a cessé de fonctionner après qu’Israël a coupé l’approvisionnement en électricité de la bande de Gaza, à Deir el-Balah le 10 mars 2025. (Crédit : Eyad Baba / AP)

Les autorités israéliennes n’ont pas évoqué publiquement la question des restrictions permanentes sur le carburant ni les raisons pour lesquelles il reste interdit, alors même que d’autres formes d’aide humanitaire ont été autorisées.

Le Coordinateur des activités gouvernementales dans les Territoires palestiniens (COGAT), organe relevant du ministère de la Défense chargé de la coordination logistique entre Israël et la bande de Gaza, n’a pas répondu aux demandes de commentaires du Times of Israel sur les raisons du maintien de l’interdiction pesant sur le carburant.

Une situation qui empire de jour en jour

Des dizaines d’hôpitaux de Gaza sont confrontés à une fermeture imminente en raison de la pénurie de carburant qui paralyse les infrastructures essentielles, selon l’Organisation mondiale de la Santé.

Les services sont déjà considérablement réduits.

« La situation concernant l’énergie et l’état des hôpitaux sont désastreux depuis le début de la guerre, et ils empirent chaque jour », a alerté le médecin de l’hôpital Shifa. « Dans certains hôpitaux, les chirurgies et les traitements ne peuvent pas être délivrés en raison de pénuries de fournitures médicales, d’eau, de nourriture et d’électricité. Cela a un impact majeur sur la santé et le rétablissement des patients. »

La détérioration des conditions conduit de plus en plus souvent les hôpitaux à renvoyer les patients chez eux plus tôt que les médecins ne l’auraient souhaité, a-t-il ajouté.

Le Dr Rik Peeperkorn, un représentant de l’OMS actuellement à Gaza, a rapporté dans une déclaration vidéo publiée le 1er juillet que le service d’hémodialyse de l’hôpital Shifa avait été contraint de réduire ses heures de soin en raison de la pénurie de carburant.

« Normalement, les patients bénéficient de trois séances de dialyse par semaine, chacune d’une durée de quatre heures. Aujourd’hui, l’hôpital a été contraint de réduire le nombre de séances et la durée de chacune d’elles, en raison de la crise du carburant », a-t-il indiqué. « La pénurie de carburant a également un impact sur l’unité de soins intensifs, ainsi que sur tous les autres services de l’hôpital. »

Une infirmière s’occupe de bébés palestiniens nés prématurément qui ont été amenés de l’hôpital Shifa de la ville de Gaza à l’hôpital de Rafah, au sud de Gaza, le 19 novembre 2023. (Crédit : AP Photo/Hatem Ali)

En juin, le Bureau de la Coordination des affaires humanitaires des Nations Unies a publié un rapport citant le chef resté anonyme d’une équipe de Médecins sans frontières à Gaza City, affirmant que la pénurie mettait en danger les nourrissons.

« Les nouveaux-nés présents dans les unités néonatales de soins intensifs sont souvent trop petits pour respirer seuls. Ils ont besoin de ventilateurs et d’oxygène pour survivre », a fait savoir le chef de l’équipe médicale. « Mais récemment, la pénurie de carburant à la maternité d’Al-Helou, dans le nord de Gaza, a entraîné de nombreuses pannes de courant qui ont coupé les ventilateurs et l’approvisionnement en oxygène, mettant la vie des bébés en danger immédiat. »

Le 26 juin, cinq organisations israéliennes de défense des droits de l’homme – Gisha, Adalah, HaMoked – Center for the Defence of the Individual, Physicians for Human Rights – Israël et l’Association pour les Droits civils en Israël – ont adressé une lettre au Premier Ministre, au Ministre de la Défense et au Coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires palestiniens (COGAT), exigeant l’entrée immédiate de carburant dans la bande de Gaza en quantités suffisantes pour répondre à tous les besoins de la population civile.

Dans leur lettre, ces organisations ont alerté sur le fait que l’interdiction de l’entrée de carburant et l’entrave systématique à tout accès des agences des Nations Unies et d’autres organisations humanitaires constituaient une violation des obligations d’Israël en vertu du droit international humanitaire.

Ce courrier n’a pas encore pas reçu de réponse.

Inquiétudes relatives à l’eau

La crise du carburant en cours à Gaza a désormais de graves répercussions sur l’accès à l’eau potable. En effet, le fonctionnement des principales usines de dessalement et installations sanitaires dépend de générateurs diesel. L’une des installations les plus gravement touchées est la plus importante usine de dessalement de Deir al-Balah, dans le centre de Gaza, contrainte de réduire ses activités d’abord à cause de sa déconnexion du réseau électrique israélien, et maintenant en raison du manque de carburant pour les générateurs diesel.

À Gaza, l’accès à l’eau était déjà limité et précaire bien avant l’attaque du Hamas du 7 octobre et la guerre. La bande dépendait de trois sources d’eau principales : de l’eau courante achetée à la société israélienne Mekorot, trois usines de dessalement de l’eau de mer nécessitant de l’électricité pour fonctionner et, essentiellement, des eaux souterraines provenant de plusieurs centaines de puits dans l’aquifère côtier. L’intrusion d’eau de mer et la pollution ont toutefois rendu la plupart des eaux de puits impropres à la consommation sans assainissement.

Des Palestiniens collectent de l’eau potable dans le centre de la bande de Gaza, le 13 juin 2025. (Ali Hassan / Flash90)

La guerre a causé encore de nouveaux dommages au système d’approvisionnement en eau de Gaza. De nombreux puits ont été détruits par des frappes aériennes israéliennes. Le 9 octobre 2023, Israël a officiellement interrompu sa fourniture d’eau à Gaza. Des livraisons partielles ont toutefois repris au cours des mois suivants.

Malgré la coordination israélienne pour réparer les pipelines endommagés en 2024, les combats en cours et le déplacement massif des populations ne permettent pas de savoir si la majeure partie des Gazaouis ont actuellement accès à des infrastructures d’eau fonctionnelles. L’unité de liaison militaire israélienne, COGAT, n’a pas répondu à la demande de commentaires du Times of Israel sur la question.

Même avant la guerre, en raison de la fragilité des infrastructures de l’enclave, de nombreux habitants de Gaza ne pouvaient pas se fier à l’eau de leurs robinets et préféraient acheter de l’eau purifiée à des vendeurs privés, la stockant dans des conteneurs domestiques.

La provenance des eaux vendues à Gaza par les entreprises privées n’a pas été établie. Il est possible que ces entreprises accèdent aux puits et purifient l’eau de manière indépendante. On ignore si ces entreprises entretiennent des liens avec le Hamas.

Des Palestiniens se rassemblent pour remplir leurs conteneurs d’eau dans le camp de Nuseirat, dans le centre de la bande de Gaza, le 24 mai 2025 (Crédit Eyad BABA / AFP)

Le 24 juin, l’OCHA a annoncé que les installations de dessalement ne fonctionnaient qu’à 50 % de leur capacité par rapport à leur production à l’époque du deuxième cessez-le-feu, il y a six mois.

Une enquête humanitaire conduite en juin sous l’égide de l’ONU a révélé une forte augmentation du nombre de Gazaouis signalant une détérioration de l’accès à l’eau et à l’assainissement. Selon l’enquête, 97 % des personnes interrogées ont signalé une dégradation de leur accès à l’eau potable au cours des dernières semaines, et 87 % ont rapporté une détérioration des conditions d’assainissement – contre respectivement 20 % et 40 % en avril. Le pourcentage de ménages achetant de l’eau potable est quant à lui passé de 63 % en avril à 75 % en juin, reflétant une dépendance croissante à l’égard des vendeurs d’eau privés dans un contexte de pénurie généralisée.

La pénurie de diesel paralyse également les services des égouts et du traitement des eaux usées, qui fonctionnent avec de l’électricité. Le 17 juin, la municipalité de Khan Younès a indiqué avoir interrompu les services d’approvisionnement en eau, le traitement des eaux usées et les opérations impliquant les égouts en raison d’un manque de carburant.

Siphonné par le Hamas, retenu par Israël

Au début de la guerre, Israël a justifié son refus d’autoriser l’entrée de carburant dans la bande de Gaza en expliquant que le Hamas s’en servait pour alimenter les tirs de roquettes, les véhicules et les générateurs assurant l’aération et l’éclairage du vaste réseau de tunnels de la bande côtière utilisé par les militants. Le carburant ne serait donc pas autorisé à entrer à Gaza.

« Le Hamas doit sentir les coups de Tsahal et continuer de les ressentir », a déclaré le porte-parole de Tsahal Daniel Hagari le 26 octobre 2023. « Une partie de leur fonctionnement dépend du carburant. »

Début novembre, Tsahal avait étayé ses affirmations par des enregistrements, qui suggéraient que le Hamas détournait du carburant destiné aux hôpitaux.

Israël avait approuvé la reprise des livraisons de carburant à Gaza le 18 novembre de la même année, quelques jours seulement avant d’accepter un cessez-le-feu d’une semaine et un accord pour la libération des otages avec le Hamas. Le Hamas avait exigé des livraisons de carburant dans le cadre de son accord de libération des femmes et des enfants pris en otage des semaines auparavant. Le carburant avait continué d’entrer à Gaza après l’expiration de l’accord. Israël n’a toutefois jamais expliqué publiquement sa décision.

On ignore si le Hamas a toujours accès aux stocks de carburant présents à Gaza ou s’il est en mesure de les utiliser. Des vols de carburant ont récemment été rapportés, mais on ne sait pas si la responsabilité du Hamas ou d’autres acteurs armés, comme des clans locaux, est engagée.

Le 9 juin, l’OCHA a signalé le vol de 260 000 litres de carburant sur un site de stockage dans le nord de Gaza. Ce vol est intervenu après que de nombreuses demandes de l’ONU pour coordonner l’accès avec Israël ont été refusées, selon les Nations-Unies.

Le COGAT n’a pas répondu à la demande de commentaire du Times of Israel.

Des terroristes armés du Hamas sécurisant des camions d’aide qui arrivent dans la bande de Gaza, à Rafah, quelques jours après l’entrée en vigueur d’un accord de cessez-le-feu entre le Hamas et Israël, le 21 janvier 2025. (Crédit : Jehad Alshrafi/AP)

Une grande partie du carburant présent dans la bande se trouve dans des zones placées sous le contrôle de Tsahal. Israël n’a pas officiellement divulgué l’étendue de territoire actuellement sous son contrôle. Selon Ynet, Tsahal a annoncé au cabinet israélien qu’elle projetait d’avoir le contrôle d’environ 75 % de la bande de Gaza sous quelques semaines.

D’après l’OCHA, 82,6 % de la superficie terrestre de Gaza se trouve désormais dans des zones contrôlées par Tsahal ou soumises à des ordres de déplacement depuis le 18 mars.

Les agences humanitaires cherchant à récupérer du carburant sur les sites de stockage situés dans ces zones doivent se coordonner avec Tsahal pour procéder à une « extraction de carburant » et pour le transférer vers des zones peuplées. L’ONU a fait part de défis importants liés à cette coordination.

L’OCHA, dans des informations du 26 juin, a déclaré que « le 18 juin, l’ONU a réussi à extraire environ 280 000 litres de carburant des réserves bloquées dans une zone à accès restreint de Rafah, après que 12 demandes ont été refusées par les autorités israéliennes. »

Sur les cinq tentatives d’extraction de carburant effectuées à Rafah à la fin de ce même mois, trois ont abouti et deux ont échoué en raison de « contraintes de terrain » non spécifiées.

COGAT n’a pas répondu à la demande de commentaire du Times of Israel.

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.