Les pays arabes s’engagent à mettre en œuvre le plan Trump pour Gaza ; le Hamas l’étudie
Selon le Jihad islamique palestinien, ce plan est "une formule pour enflammer la région" ; l'AP l'accueille favorablement et s'engage à mener les réformes nécessaires
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Les ministres des Affaires étrangères de huit pays arabes et à majorité musulmane ont publié lundi une déclaration conjointe saluant la vision du président américain Donald Trump visant à mettre fin à la guerre à Gaza et à rétablir la paix dans la région. Cette déclaration a été publiée alors que le groupe terroriste palestinien du Hamas, qui doit approuver l’accord pour qu’il soit pleinement mis en œuvre, n’avait pas encore réagi.
Publiée par les ministres des Affaires étrangères de l’Arabie saoudite, de la Jordanie, des Émirats arabes unis, de l’Indonésie, du Pakistan, de la Turquie, du Qatar et de l’Égypte, cette déclaration saluait les « efforts sincères » de Trump pour mettre fin à la guerre et affirmait leur « confiance en sa capacité à trouver une voie vers la paix ».
Le plan en 20 points de Trump, intitulé « Plan global pour mettre fin au conflit à Gaza », a été rendu public par la Maison Blanche peu avant la conférence de presse conjointe de Trump et du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a confirmé l’acceptation de la proposition par Israël.
Le Hamas n’a pas encore répondu à cette proposition, même si la chaîne d’information qatarie Al-Jazeera a rapporté que le Qatar et l’Égypte l’avaient transmise au groupe terroriste, et que la délégation du Hamas avait promis de l’examiner « de manière responsable ».
Soulignant « l’importance du partenariat avec les États-Unis pour garantir la sécurité dans la région », les huit hauts diplomates arabes et musulmans « ont réaffirmé leur engagement commun à collaborer de manière positive et constructive avec les États-Unis et les parties concernées afin de finaliser l’accord et d’assurer sa mise en œuvre ».
« Ils réaffirment leur engagement commun à travailler avec les États-Unis pour mettre fin à la guerre à Gaza grâce à un accord global qui garantisse la livraison sans restriction d’une aide humanitaire suffisante, sans déplacement de population, la libération des otages, la mise en place d’un mécanisme de sécurité pour assurer la sécurité de toutes les parties, le retrait complet d’Israël, la reconstruction de Gaza et la création d’une voie vers une paix juste, basée sur la solution à deux États, dans le cadre de laquelle Gaza serait pleinement intégrée à la Cisjordanie, dans un État palestinien, conformément au droit international. Cet élément est essentiel pour parvenir à la stabilité et à la sécurité régionales », ajoute le communiqué.
Parmi les pays signataires de la déclaration, Israël entretient des relations, plus ou moins bonnes, avec l’Égypte, la Jordanie, les Émirats arabes unis et la Turquie.
Le Qatar et l’Arabie saoudite n’entretiennent pas de relations officielles avec Israël, mais le Qatar a joué un rôle clé de médiateur dans les pourparlers au cours des deux dernières années de guerre, et qu’Israël envisage une normalisation avec Ryad à plus long terme.
L’Indonésie et le Pakistan, les deux pays à majorité musulmane les plus peuplés au monde, ont indiqué qu’ils n’établiraient pas de relations diplomatiques avec Israël tant que celui-ci ne se serait pas engagé à créer un État palestinien.
L’Indonésie a toutefois proposé d’envoyer des troupes dans le cadre d’une future force à Gaza, tandis que le Pakistan cherche à séduire Trump et à améliorer ses relations avec Washington.
Trump a salué une déclaration du Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, publiée sur le réseau social X avant même l’annonce de la Maison Blanche, dans laquelle il exprimait sa « ferme conviction que le président Trump est tout à fait prêt à apporter toute l’aide nécessaire » pour garantir la fin de cette guerre.
Si les deux parties acceptent le plan en 20 points proposé par Trump, les combats à Gaza cesseront immédiatement et tous les otages encore détenus seront relâchés dans les 72 heures. Les terroristes du Hamas qui s’engagent à coexister pacifiquement et à déposer les armes bénéficieront d’une amnistie et ceux qui souhaitent quitter Gaza pourront le faire en toute sécurité.
L’aide affluera alors dans l’enclave ravagée par près de deux ans de guerre, et un processus de démilitarisation, de déradicalisation et de reconstruction de la bande de Gaza pourra commencer.
Un gouvernement de transition composé de technocrates palestiniens sera mis en place, parallèlement à un conseil consultatif international présidé par Trump et comprenant l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair. Une force internationale de sécurité temporaire (ISF) sera déployée dans la bande de Gaza et prendra progressivement le relais de l’armée israélienne lors de son retrait.
Parallèlement, l’Autorité palestinienne (AP) fera l’objet de réformes très attendues jusqu’à ce que les conditions nécessaires à une « voie crédible vers l’autodétermination et la création d’un État palestinien » soient réunies.
Ce plan ne prévoit pas de calendrier à cet égard, préférant laisser la question en suspens.
L’AP a néanmoins salué les « efforts sincères et déterminés » de Trump pour mettre fin à la guerre à Gaza, et a affirmé « sa confiance en sa capacité à trouver une voie vers la paix ».
L’AP s’est engagée à collaborer avec ses partenaires américains, régionaux et autres afin de conclure un accord global qui permette d’acheminer l’aide à Gaza, de libérer les otages qui y sont détenus ainsi que les prisonniers palestiniens incarcérés pour atteinte à la sécurité en Israël, de garantir le retrait de Tsahal et de faire progresser la solution à deux États, parallèlement à des réformes internes, à la tenue d’élections rapides et à la construction d’un État démocratique et démilitarisé.
La déclaration, publiée en anglais et en arabe, souligne son engagement à mener à bien une série de réformes attendues depuis longtemps dans la structure de l’AP basée à Ramallah, notamment « l’organisation d’élections présidentielles et parlementaires dans l’année suivant la fin de la guerre » et la garantie que tous les candidats respectent à la fois les directives de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et celles de la communauté internationale.
« Nous réaffirmons notre volonté de créer un État palestinien moderne, démocratique, non militarisé, attaché au pluralisme et au transfert pacifique du pouvoir », a déclaré l’AP, ajoutant qu’elle procéderait également à des réformes de son programme scolaire, accusé depuis longtemps par Israël d’inciter au terrorisme.
Toutefois, cet enthousiasme débordant n’a pas été partagé par tous les acteurs arabes de la région.
Le groupe terroriste du Jihad islamique palestinien, qui détient encore au moins un otage dans la bande de Gaza, a déclaré dans un communiqué cinglant que le plan de Trump alimenterait davantage l’agression contre les Palestiniens.
« C’est le gage d’une poursuite des agressions contre le peuple palestinien. À travers cela, Israël tente, par l’intermédiaire des États-Unis, d’imposer ce qu’il n’a pas pu obtenir par la guerre », a déclaré le groupe terroriste.
« C’est pourquoi nous considérons la déclaration américano-israélienne comme une formule susceptible d’enflammer la région. »
Certains craignent une « farce », d’autres aspirent à un « moment de joie »
Sur le terrain, dans l’enclave ravagée par la guerre, les avis sont partagés quant à la capacité du plan ambitieux de Trump à apporter un réel changement. Certains le qualifient de farce qui ne mettra pas fin à la guerre.
« Il est clair que ce plan est irréaliste », a déclaré Ibrahim Joudeh, 39 ans, à l’AFP depuis son refuge dans la zone dite humanitaire d’al-Mawasi, au sud de Gaza.
« Il a été rédigé avec des conditions que les États-Unis et Israël savent que le Hamas n’acceptera jamais. Pour nous, cela signifie que la guerre et les souffrances vont continuer », a ajouté le programmeur informatique, originaire de la ville méridionale de Rafah.
Abu Mazen Nassar, 52 ans, était tout aussi pessimiste. Il craint que ce plan ne vise à inciter les groupes terroristes palestiniens à relâcher les otages détenus à Gaza, sans aucune paix en contrepartie.
« Tout cela n’est qu’une manipulation. Que signifie relâcher tous les prisonniers sans garanties officielles de fin de guerre ? » a demandé Nassar, déplacé de son domicile situé au nord de Gaza vers Deir al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, en qualifiant les otages enlevés lors du pogrom perpétré par les terroristes palestiniens le 7 octobre 2023 de « prisonniers ».
« En tant que peuple, nous n’accepterons pas cette mascarade », a-t-il poursuivi, ajoutant que « quelle que soit la décision prise aujourd’hui par le Hamas concernant cet accord, il est trop tard ».
« Le Hamas a provoqué notre perte et nous a noyés dans le déluge qu’il a lui-même provoqué. »
Certains, comme Anas Sorour, 31 ans, un vendeur ambulant originaire de Khan Younès, une ville du sud de la bande de Gaza, également déplacé à al-Mawasi, osent encore espérer.
« Malgré tout ce que nous avons vécu et perdu dans cette guerre… je garde espoir », a déclaré Sorour à l’AFP.
« Aucune guerre ne dure éternellement. Cette fois-ci, je suis très optimiste, et si Dieu le veut, ce sera un moment de joie qui nous fera oublier notre douleur et notre angoisse », a-t-il ajouté.
Mais d’autres, comme Najwa Muslim, femme au foyer de 29 ans, ne peuvent concevoir que les choses changent.
« Je n’ai pas seulement perdu confiance dans l’accord, j’ai perdu confiance dans la vie », a déclaré Muslim à l’AFP depuis le centre de Gaza, où elle a trouvé refuge après avoir été déplacée de Gaza-City, actuellement le théâtre d’une importante opération de l’armée israélienne.
« S’ils avaient vraiment l’intention de mettre fin à la guerre, ils n’auraient pas attendu aussi longtemps. C’est pourquoi je ne crois pas un mot de ce qu’ils disent. »
Mohammed al-Beltaji, 47 ans, un homme originaire de Gaza-City, a résumé son point de vue sur les négociations à l’AFP.
« Comme toujours, Israël accepte, puis le Hamas refuse – ou l’inverse. Tout cela n’est qu’un jeu, et c’est nous, le peuple, qui en payons le prix. »
L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.
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