Les US et Israël contestent l’impartialité des employés de l’ONU sur le conflit à Gaza
Selon des documents, des diplomates israéliens et US se sont opposés à une réunion d'information organisée par des milliers d'employés de l'ONU avec une rapporteuse spéciale - largement - accusée d'antisémitisme
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GENÈVE — Les États-Unis et Israël ont adressé aux hauts responsables des Nations Unies des lettres de plainte contestant l’impartialité des personnels de l’organisation concernant le conflit à Gaza, ainsi que le révèlent différents documents, alors que des centaines d’employés manifestaient jeudi devant le siège européen de l’organisme mondial.
Les employés de l’ONU brandissaient des pancartes « Peace for Gaza » (Paix pour Gaza) et « Not a Target » (Pas une cible). Ils ont déposé plus de 370 roses blanches près d’une plaque commémorative à Genève, chacune de ces fleurs représentant un travailleur humanitaire de l’ONU tué au cours de cette guerre qui dure depuis près de deux ans.
« Aujourd’hui, les employés de l’ONU sont réunis pour faire part de leur colère, dire qu’ils ne peuvent laisser leurs collègues être tués à Gaza en toute impunité, et pour dire stop à tous ces meurtres », a déclaré Nathalie Meynet, présidente du conseil du personnel de l’agence des Nations Unies pour les réfugiés, à Reuters durant la manifestation.
Ces lettres soulignent les tensions croissantes entre l’ONU et son principal financeur, les États-Unis. Washington s’est déjà retiré du Conseil des droits de l’homme de l’ONU en raison de ce qu’il qualifie de position anti-Israël.
Une veillée prévue dans le même temps au siège de l’ONU à New York a été interdite par la direction, selon un message des organisateurs adressé au personnel de l’ONU et consulté par Reuters.
« Il existe des règles et des règlements qui régissent les activités extra-professionnelles du personnel, des dispositions qui doivent parfois être appliquées », a fait savoir le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric.
L’ambassadeur d’Israël auprès des Nations unies dénonce l’événement
Daniel Meron, ambassadeur d’Israël auprès des Nations unies à Genève a, dans une lettre adressée le 10 septembre à Tatiana Valovaya, directrice générale du bureau des Nations unies à Genève, dénoncé l’événement avant même qu’il n’ait lieu.
« Les fonctionnaires des Nations unies ne sont ni des militants, ni des acteurs politiques », a-t-il assuré dans sa missive. « Ceux qui incitent à participer à de telles manifestations à caractère politique et qui y prennent part devraient faire l’objet de mesures disciplinaires, parmi lesquelles la suspension. »
Séverine Deboos, l’une des organisatrices de l’événement, a nié le caractère politique de celui-ci, expliquant : « Notre message est un hommage à nos collègues (à Gaza), et un remerciement que nous leur adressons ».
Israël affirme prendre soin d’éviter les pertes civiles dans la guerre qu’il mène contre le Hamas.
« Grave violation de la neutralité »
Plusieurs centaines de personnes ont pris part à la manifestation de Genève, et observé une minute de silence sous un soleil radieux, devant le bâtiment des Nations Unies.
En début de semaine, quelque mille employés de l’ONU ont assisté à une réunion d’information en ligne avec Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l’ONU visée par des sanctions américaines et accusée de tenir des propos à caractère antisémite et pro-terroriste.
Meron, représentant d’Israël et Tressa Finerty, chargée d’affaires américaine, ont tous deux adressé une plainte à Valovaya concernant cet appel dans un e-mail en date du 16 septembre, ajoutant que la question avait également été soulevée auprès du secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres.
« Il s’agit d’une grave violation du principe de neutralité de l’ONU, et ce à plusieurs niveaux », a souligné Finerty.
« Si des employés de l’ONU participent à cette réunion Teams durant leurs heures de travail, en utilisant les adresses électroniques et les ordinateurs de l’ONU sur des smartphones fournis par l’ONU, alors l’accusation selon laquelle l’ONU adopte une position anti-israélienne et, de ce fait, antisémite de manière systématique et singulière devient inévitable. »
Un membre du syndicat du personnel a confirmé la réunion avec Albanese. Il a toutefois précisé qu’elle portait sur des questions essentielles liées au travail de l’ONU.
La mission diplomatique américaine à Genève a refusé de répondre aux demandes de commentaires.
Pertes humaines parmi le personnel de l’ONU dues à la guerre à Gaza
Selon des données de l’ONU, depuis le début de la guerre à Gaza le 7 octobre 2023, avec l’attaque dévastatrice menée par les terroristes du Hamas dans le sud d’Israël, quelque 543 travailleurs humanitaires ont été tués dans l’enclave côtière, dont 373 membres du personnel et des équipes de l’ONU, des pertes d’une ampleur sans précédent dans les 80 ans d’histoire de l’organisation.
D’après l’ONU, « la grande majorité de ces [373] victimes étaient des membres du personnel de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient », connu sous son acronyme UNRWA.
Israël a interdit l’UNRWA l’an dernier, dans le sillage d’une série de révélations concernant certains employés de l’agence activement impliqués dans des groupes terroristes dans la bande de Gaza, la participation de certains membres au pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre, et l’utilisation répétée des infrastructures de l’UNRWA à des fins terroristes.
Israël a également apporté des preuves que les écoles de l’UNRWA pratiquaient l’incitation à la haine envers Israël et glorifiaient les attaques visant les Israéliens.
Conformément aux normes de conduite de la fonction publique internationale adoptées par l’ONU, il est déconseillé aux membres du personnel de prendre parti et d’exprimer publiquement leurs convictions sur des questions controversées.
Le 17 septembre, les représentants du personnel des Nations unies ont reçu une note de la direction leur intimant de conserver leur impartialité dans le conflit à Gaza, selon une note confidentielle consultée par Reuters.
Catherine Pollard, la sous-secrétaire générale chargée de la stratégie, des politiques et de la conformité en matière de gestion, a indiqué dans une lettre en date du 17 septembre que la perte de collègues avait causé « une douleur immense ».
« Je tiens à vous rappeler que les associations du personnel ne sont pas autorisées à organiser ni à promouvoir des activités pouvant être perçues comme de nature politique », peut-on lire dans la lettre, qui alerte contre les risques encourus par l’organisation.
« Ce n’est pas une question de neutralité », a expliqué Yousra Ahmed, employée des Nations unies présente à la manifestation. « Je suis simplement outrée de constater que les règles des Nations Unies et le droit humanitaire ne sont pas appliqués. »
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