L’ex-avocate générale de Tsahal et le procureur militaire maintenus en détention suite aux fuites sur Sde Teiman
Le tribunal prolonge la détention provisoire de 3 jours, acceptant l'argument selon lequel le suspects pourraient tenter d'entraver l'enquête ; la police soupçonne Tomer-Yerushalmi d'avoir organisé une tentative de suicide pour se débarrasser de son téléphone
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Lundi, le tribunal de première instance de Tel Aviv a prolongé la détention provisoire de l’ex-avocate générale militaire, la générale de division Yifat Tomer-Yerushalmi, et de l’ex-procureur général de Tsahal, le colonel Matan Solomosh, interpellés dans le cadre de la fuite des vidéos de Sde Teiman.
Le tribunal a statué que les deux prévenus resteraient en détention jusqu’à mercredi, à la demande de la police, qui requérait cinq jours de détention provisoire en raison des risques d’entrave à l’enquête sur la fuite d’images de soldats en train de maltraiter un prisonnier palestinien dans la prison de Sde Teiman.
Tomer-Yerushalmi et Solomosh ont été arrêtés dimanche soir, soupçonnés d’avoir fait fuiter cette vidéo et de s’être rendus coupables « d’autres infractions pénales graves », à commencer par la dissimulation présumée de la fuite et les fausses informations données aux autorités au sujet de l’enquête interne sur la question.
Tomer-Yerushalmi a démissionné de ses fonctions vendredi dernier, en avouant dans sa lettre de démission être à l’origine de la fuite.
Lundi, les deux prévenus ont comparu à leur audience en civil, et non en uniforme ; Tomer-Yerushalmi était accompagnée de son mari et de sa fille.
Un représentant de la police a déclaré au tribunal que les forces de l’ordre enquêtaient sur cinq suspects potentiellement impliqués dans cette fuite et avaient d’ores et déjà obtenu le témoignage de deux personnes soupçonnées de complicité.
Le représentant de la police a expliqué à la Cour que l’enquête a débuté dimanche dernier.
Lors de l’audience, le représentant de la police a déclaré que Solomosh était soupçonné d’avoir su que Tomer-Yerushalmi était à l’origine de la fuite de la vidéo et de l’avoir aidée à dissimuler son rôle.
L’avocat de Solomosh, Nati Simchoni, a fait valoir que son client avait été informé de la fuite a posteriori et qu’il pensait que Tomer-Yerushalmi était impliquée sans être à l’origine de la fuite.
Il a ajouté que Solomosh ne faisait pas partie de l’équipe nommée par Tomer-Yerushalmi pour enquêter sur l’incident avant que la police n’ouvre son enquête, laquelle comptait l’adjoint de Tomer-Yerushalmi, le général de brigade Gal Asael, et le procureur adjoint, Alon Altman.
Cette même équipe a remis une réponse à la Cour suprême au sujet de la fuite le 25 septembre dernier, sans parler du rôle de Tomer-Yerushalmi. À ce moment-là, Solomosh n’était déjà plus en fonction, ce qui, selon son avocat, exclut de facto toute forme forme d’implication dans une quelconque dissimulation.
Simchoni a rappelé que son client avait dit aux enquêteurs qu’il serait prêt à se soumettre au détecteur de mensonges et comparer son témoignage avec celui d’Asael.
Il a semble-t-il offert son aide dans l’enquête initiale supervisée par Asael et Altman, mais ne leur a jamais dit, pas plus qu’à la police, ce qu’il savait.
Par ailleurs, l’avocat de Tomer-Yerushalmi, Dori Klagsbald, a rappelé à la Cour que sa cliente n’avait aucunement fait preuve d’obstruction puisque la police avait déjà recueilli les témoignages de cinq suspects et de deux autres personnes impliquées dans l’enquête.
Il a ajouté qu’il y avait déjà une « quantité importante de documents d’enquête », affirmant que « dans ces circonstances, il serait difficile d’entraver l’enquête d’une quelconque manière».
Il serait « insensé », a-t-il dit, de tenter de dissimuler des preuves à la police alors que tous les documents étaient déjà entre les mains des forces de l’ordre.
Il a en outre fait valoir qu’« il y avait eu assez de temps » pour entraver l’enquête. « Il n’y a aucune raison de supposer que quelqu’un qui n’a pas fait obstruction à l’enquête au départ le fasse maintenant », a-t-il déclaré au tribunal.
Néanmoins, la juge Shelley Kutin a décidé que Tomer-Yerushalmi et Solomosh resteraient en détention jusqu’à mercredi midi, n’accordant que trois jours de détention supplémentaires au lieu des cinq demandés par les forces de l’ordre.
La police soupçonne une tentative de suicide
Tomer-Yerushalmi a suscité l’inquiétude dimanche lorsque sa famille a alerté la police, au motif que personne n’avait eu de ses nouvelles depuis des heures.
Une vaste opération de recherche a été lancée, avec la police, les forces de secours et l’armée, après que sa voiture a été retrouvée abandonnée sur la plage de Hatzuk, près de Tel Aviv.
Les médias israéliens ont rapporté qu’elle avait laissé une lettre à son domicile, que certains ont qualifiée de « lettre de suicide », ce qui avait fait craindre le pire à son sujet.
Elle a été retrouvée vivante et en bonne santé sur une plage d’Herzliya, deux heures plus tard, après avoir contacté son mari à partir d’un téléphone qui ne lui appartenait pas.
La police l’a interpellée vers 22 heures, et elle a été emmenée pour un examen physique et mental vers 1h30 du matin, qui s’est terminé à 4 heures du matin. Elle a ensuite été admise à la prison de Neve Tirza à 6h30 du matin après avoir été interrogée, selon le représentant de la police.
Lundi matin, les médias israéliens ont rapporté que la police soupçonnait que sa disparition, dimanche, ait été une fausse tentative de suicide, faite pour se débarrasser de son téléphone portable, lequel aurait pu contenir des informations incriminantes.
Selon la chaîne N12, Tomer-Yerushalmi aurait emporté deux téléphones avec elle, sur la plage – un lui permettant d’être localisée et l’autre qu’elle a jeté dans la mer, près de Tel Aviv.
Ce dernier téléphone n’a pas encore été retrouvé.
La lettre qu’elle a laissée, qualifiée par certains médias de « lettre de suicide », aurait également été mise en scène, N12 évoquant « une lettre ambiguë, étrange et pleine d’indices, assez peu ressemblante aux lettres de suicide ».
Le contenu exact de la lettre n’a pas été rendu public, mais selon des sources non vérifiées, un passage disait : « Je vous aime, prenez soin de vous », ce qui pouvait faire craindre le pire.
Suite à l’arrestation de Tomer-Yerushalmi, les médias israéliens ont indiqué que le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben-Gvir, avait ordonné à la chef du service pénitentiaire israélien de mettre des caméras dans sa cellule « afin qu’elle ne puisse pas entraver l’enquête » et pour s’assurer de son bien-être suite à cette tentative de suicide présumée.
C’est la semaine dernière que la police a ouvert une enquête criminelle sur la fuite de la vidéo de surveillance de Sde Teiman, ce qui avait valu à Tomer-Yerushalmi d’être placée en congé d’office en raison des soupçons qui pesaient sur elle.
Vendredi, elle a présenté sa démission au chef d’État-major de Tsahal, Eyal Zamir, en reconnaissant qu’elle avait validé la fuite de la vidéo semblant montrer les mauvais traitements infligés à un prisonnier palestinien par des soldats israéliens.
Les images qui ont fuité montrent des soldats de Sde Teiman en train de s’occuper d’un détenu, allongé face contre terre, puis de l’entourer de boucliers anti-émeute afin de cacher les prétendus mauvais traitements.
Le détenu a dû être soigné pour des blessures graves.
Plus tôt cette année, des procureurs militaires ont déposé un acte d’accusation contre cinq réservistes en raison de ces mauvais traitements. Selon l’acte d’accusation, les cinq soldats ont violemment battu et agressé le prisonnier après son arrivée au centre de détention, le 5 juillet 2024, lui infligeant de graves blessures, à commencer par des côtes cassées et une déchirure interne du rectum.
L’enquête très médiatisée sur ces mauvais traitements a provoqué l’indignation des politiciens de la coalition ainsi que des ministres et sympathisants de droite.
Lorsque les réservistes ont été interpelés, le 29 juillet 2024, des dizaines de personnes ont fait irruption dans le centre de détention et dans une autre base militaire pour tenter de s’y opposer.
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