Malgré les critiques d’un soutien à l’effort de guerre, les exportations de la Suisse vers Israël se poursuivent
Plus de 95 millions de shekels de biens à double usage ont été exportés vers Israël depuis le 7 octobre 2023, dans un cadre légal suisse mais de plus en plus contesté
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Selon une enquête de la Radio Télévision Suisse (RTS), plusieurs dizaines d’entreprises suisses auraient vendu « des biens à potentiel militaire » à Israël, alimentant les critiques qui y voient un soutien controversé à l’effort de guerre israélien.
Au total, plus de 24 millions de francs suisses (95 millions de shekels, 26 millions d’euros) de biens suisses dits « à double usage ou militaires spécifiques » ont été exportés de la Suisse vers Israël depuis les attaques du 7 octobre 2023, conclut l’enquête de la RTS, qui s’appuie sur les permis d’exportation des entreprises concernées.
Une hausse a notamment été observée à la suite des attaques du 7 octobre 2023 et de la guerre qui s’est ensuivie. Au premier trimestre 2024, près de 6 millions de francs de biens à potentiel militaire ont été exportés, contre 238 000 francs pour les trois derniers mois de l’année 2023, soit environ 25 fois plus.
Les échanges auraient été effectués entre une vingtaine d’entreprises suisses et des sociétés israéliennes de défense telles qu’Elbit, Rafael ou Ricor, ainsi que le ministère de la Défense.
Les marchandises échangées recouvraient des machines-outils de précision, comme des machines de découpe laser, mais aussi des centres d’usinage de haute précision, des circuits hybrides et de la peinture à usage militaire.
Comme le souligne l’enquête de la RTS, « ce niveau élevé d’exportation de biens ‘sensibles’ est conforme au cadre réglementaire suisse ».
Pourtant, cela n’empêche pas de relancer un débat devenu désormais courant dans les pays européens : celui de la coopération, sur le plan défensif ou militaire, avec Israël. La RTS rappelle notamment qu’en novembre 2024, la Cour pénale internationale a émis des mandats d’arrêt contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense de l’époque, Yoav Gallant, et qu’en avril 2024, une résolution du Conseil des droits de l’homme de l’ONU exigeait un embargo sur les armes à destination d’Israël ainsi qu’une vigilance accrue concernant les biens à double usage.
Kira Unger, porte-parole d’une entreprise suisse interrogée par la RTS, se justifie par exemple : ces biens « servent à améliorer la sécurité des personnes. Ils sont exclusivement destinés à des solutions défensives, conformément aux statuts de notre entreprise ».
Le gouvernement suisse, pour sa part, ne cache pas entretenir une « bonne » relation bilatérale avec Israël, marquée par une étroite coopération, en particulier sur le plan commercial. Israël est le quatrième partenaire commercial de la Suisse au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Depuis 1993, un accord de libre-échange lie l’Association européenne de libre-échange (AELE) à Israël.
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