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Interview

Mort du terroriste Kozo Okamoto : fin d’un chapitre douloureux pour des victimes

Pour le pasteur José Vega Franqui, survivant de l'attentat de 1972 (26 morts), la mort du terroriste de l'Armée rouge japonaise clôt une histoire marquée par le pardon

Le pasteur José Vega Franqui, à gauche, tient le Nouveau Testament qu'il portait dans la poche de sa chemise et qui a dévié une balle lors de l'attentat terroriste du 30 mai 1972 à l'aéroport de Lod (actuel aéroport Ben Gurion), qui a coûté la vie à sa femme, Vasthi Zila Morales. Sa fille, Dámaris Pérez, était âgée de 15 mois au moment des faits. (Autorisation)
Le pasteur José Vega Franqui, à gauche, tient le Nouveau Testament qu'il portait dans la poche de sa chemise et qui a dévié une balle lors de l'attentat terroriste du 30 mai 1972 à l'aéroport de Lod (actuel aéroport Ben Gurion), qui a coûté la vie à sa femme, Vasthi Zila Morales. Sa fille, Dámaris Pérez, était âgée de 15 mois au moment des faits. (Autorisation)

Lorsque Dámaris Pérez a appris la semaine dernière la mort de Kozo Okamoto — l’un des trois terroristes auteurs de l’attentat meurtrier de 1972 à l’aéroport de Lod —, elle s’est sentie profondément ébranlée.

Okamoto a fait partie d’un commando terroriste de l’Armée rouge japonaise qui a tué 26 personnes : huit Israéliens, un Canadien et 17 ressortissants américains originaires de Porto Rico, parmi lesquels se trouvait la mère de Pérez, Vasthi Zila Morales, partie en Israël pour effectuer un pèlerinage en Terre sainte. Au moment des faits, Pérez n’avait que 15 mois.

Son père, le pasteur José Vega Franqui, a été blessé lors de cet attentat commis par l’Armée rouge japonaise pour le compte du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), dans ce qui est aujourd’hui l’aéroport international Ben Gurion.

Le pasteur explique devoir la vie à un exemplaire du Nouveau Testament qu’il portait dans la poche de sa chemise.

« J’étais très émue quand j’ai appris la nouvelle, car il [Okamoto] n’a jamais demandé pardon ni manifesté le moindre remords », confie Dámaris au Times of Israel lors d’un appel vidéo.

« Il n’a jamais dit « Je suis désolé ». Il n’a jamais changé d’avis ; il ne s’est jamais rendu compte que ce qu’il avait fait était mal. Il a vécu 78 ans et a eu une vie bien remplie, alors que ma mère n’a vécu que 26 ans. »

Dámaris ajoute que, des années durant, elle a été ce « bébé qui pleure à la fenêtre en attendant le retour de sa maman. J’étais la petite fille aux yeux tristes. »

Kozo Okamoto (au centre) — le seul membre survivant du commando de trois hommes de l’« Armée rouge japonaise » (ARJ) qui a tué 26 personnes lors de l’attentat de l’aéroport israélien de Lod le 30 mai 1972 — assiste à une cérémonie organisée par des membres et partisans du groupe terroriste palestinien FPLP, qui avait planifié l’attaque, à l’occasion du 50e anniversaire de l’attentat de Lod à Beyrouth, capitale du Liban, le 30 mai 2022. (JOSEPH EID/AFP)

Attentat dans la zone de livraison des bagages de l’aéroport de Lod

Le 30 mai 1972, muni de faux passeports, Okamoto, accompagné de Tsuyoshi Okudaira et Yasuyuki Yasuda, arrive en Israël à bord d’un vol d’Air France.

De précédents cas de détournement d’avion par le FPLP ont entraîné un contrôle accru des passagers de la part des compagnies aériennes, mais à l’époque, l’inspection des bagages de soute est encore rare. Okamoto et ses deux complices franchissent les contrôles d’immigration sans encombre, récupèrent leurs bagages – des étuis à violon – sur le tapis roulant et en sortent des fusils d’assaut et des grenades avec lesquels ils ouvrent le feu.

Okudaira et Yasuda sont tués lors de l’attentat, mais pas Okamoto, blessé par les forces de l’ordre israéliennes puis capturé et condamné à la prison à perpétuité en Israël.

Il est libéré en 1985 dans le cadre d’un vaste échange de prisonniers connu sous le nom d’accord Jibril.

Incarcéré au Liban en 1997, cette fois pour falsification de documents, il échappe de justesse à une extradition vers le Japon, où il est recherché pour terrorisme. En 2000, il est le premier à obtenir l’asile politique au Liban, où il vivra sous protection du FPLP jusqu’à sa mort.

En mai 2022, Okamoto fait une apparition publique lors d’un événement du FPLP à Beyrouth pour les 50 ans du massacre de l’aéroport. Au cours d’une brève cérémonie de dépôt de gerbes en l’honneur d’Okudaira et Yasuda, il sourit devant les caméras et fait le V de la victoire, avant d’être escorté vers la sortie.

Captures d’écran de l’attentat terroriste du 30 mai 1972 à l’aéroport de Lod — aujourd’hui aéroport Ben Gurion —, avec Kozo Okamoto en bas à droite. (Captures d’écran/i24 via YouTube)

« Un autre chapitre se ferme »

En 2020, dans une interview au Semanario Hebreo Jai, un site d’information uruguayen, à l’occasion de son deuxième voyage en Israël, Franqui revient sur l’attentat terroriste perpétré dans la zone de livraison des bagages, 48 ans plus tôt.

« Soudain, on a entendu une explosion », explique-t-il. « Un jeune homme se tenait juste devant nous avec une mitraillette. Ma femme lui a dit : « Ne tire pas », mais il a tiré, et c’est elle qui a essuyé les premières balles. J’ai moi aussi été blessé. »

Soigné à l’hôpital Beilinson de Petah Tikva, Franqui repart pour Porto Rico la semaine suivante. En plus de Pérez, le couple a une autre fille, âgée de 4 ans, Vasthi Noemi.

Des années plus tard, Franqui se remarie avec Rosita Vázquez, une pèlerine chrétienne qui voyageait elle aussi avec le groupe originaire de Porto Rico et a elle aussi été blessée lors de l’attentat.

Un monument à la mémoire des victimes du massacre de Lod s’élève sur la place commémorative de la Shoah, face au Capitole de San Juan, à Porto Rico.

Kozo Okamoto au tribunal alors qu’il est condamné à la prison à perpétuité à Lod, en Israël, le 27 juillet 1972. (Photo AP/Max Nash)

L’esprit de pardon

Franqui, 82 ans, explique au Times of Israel lors d’un appel vidéo avec sa fille Dámaris que, lorsqu’il a appris la mort d’Okamoto, il a eu le sentiment qu’« un autre chapitre de la douloureuse histoire du massacre se refermait ».

Cependant, nuance-t-il, « nous ne nous réjouissons pas de sa mort, mais elle ne nous attriste pas non plus ».

« Notre foi en Jésus-Christ, qui a pardonné à ses bourreaux, nous a amenés à la conclusion que nous devions nous aussi avoir un esprit de pardon », ajoute-t-il. « Il ne s’agit pas seulement de le penser, mais de le ressentir au jour le jour. C’est pourquoi, dès les tout premiers jours, nous avons retiré de nos cœurs tout esprit de vengeance envers autrui pour adopter un esprit de pardon. »

Pérez souligne que son cheminement vers le pardon a été plus long que celui de son père.


Kozo Okamoto, le seul auteur survivant du massacre de 26 personnes lors d’un attentat terroriste perpétré par des membres de l’Armée rouge japonaise (ARJ) à l’aéroport israélien de Lod en 1972, pose à Beyrouth le 30 mai 2022 avec des membres et des partisans du groupe terroriste palestinien FPLP qui a planifié l’attaque. (JOSEPH EID / AFP)

Elle a été « sous le choc » de voir qu’Okamoto s’était joint aux
« grandes célébrations » du 50e anniversaire du massacre en 2022.

« Comment est-il possible qu’il n’ait jamais changé d’avis après un événement qui a fait couler tellement de sang ? » interroge Pérez, avant d’ajouter que sa sœur et elle sont des « femmes heureuses et épanouies », mariées et mères de famille.

Le pasteur José Vega Franqui, au centre, avec son épouse, Rosita Vasquez, à sa gauche, et leur famille. (Autorisation)

« Mais notre mère n’a jamais pu connaître ses petits-enfants », a déploré Pérez. Elle a ajouté qu’elle espérait venir en Israël un jour, car sa mère n’a jamais eu la chance de voir « le pays qu’elle aimait tant ».

« Il m’a fallu grandir pour traverser un long processus de guérison », confie Pérez, qui publiera bientôt une version anglaise de son ouvrage, The Tragedy of Tel Aviv: A Story of Pardon, Hope and Transformation (La tragédie de Tel-Aviv : une histoire de pardon, d’espoir et de transformation), dans lequel il se livre.

« Dieu nous a aidés, nous a appris à pardonner, à mener une vie remplie d’espoir et à changer », commente-t-elle.

« Okamoto va faire face à Dieu et rendre compte de ses actes », conclut-elle. « En la présence de Dieu, il va en assumer les conséquences. »

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