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Polémique suite à des propos prêtés à Macron sur la communauté juive de France

Selon le journal "L’Opinion", le président aurait déclaré que "l’histoire de la communauté juive, c’est l’universalisme" – une déclaration interprétée comme une critique à l’égard de certaines franges de la communauté et par la suite démentie par l'Elysée

Le président français Emmanuel Macron, à l'Elysée, à Paris, le 13 juin 2025. (Crédit : Michel Euler / POOL / AFP)
Le président français Emmanuel Macron, à l'Elysée, à Paris, le 13 juin 2025. (Crédit : Michel Euler / POOL / AFP)

Lors du dernier conseil des ministres avant la pause estivale, tenu le 30 juillet, Emmanuel Macron aurait défendu devant ses ministres la reconnaissance prochaine de l’État palestinien, annoncée quelques jours plus tôt, et invité la communauté juive à se rappeler de sa propre tradition universaliste, selon le journal L’Opinion, qui a publié, mercredi 6 août, un récit du conseil.

D’après ce quotidien, l’échange qui aurait le plus marqué la réunion a opposé le président de la République au ministre des Outre-mer, Manuel Valls. Ce dernier aurait exprimé ses inquiétudes quant au moment choisi pour reconnaître un État palestinien, craignant que cette décision ne soit perçue comme une récompense indirecte au Hamas, après l’attaque du 7 octobre 2023. Il aurait aussi rappelé que le président avait, en avril, posé des conditions à cette reconnaissance – notamment une réforme de l’Autorité palestinienne – qui, selon lui, semblent désormais écartées.

Emmanuel Macron aurait répondu à Manuel Valls en affirmant qu’il n’avait jamais posé de « préalables absolus », mais parlé de conditions d’accompagnement. Il aurait insisté sur la portée diplomatique progressive de cette reconnaissance, évoquant la possibilité d’étapes intermédiaires comme un siège aux Nations unies ou la reconnaissance de facto.

La discussion serait devenue plus sensible lorsque la question des liens entre la communauté juive française, Israël et son gouvernement aurait été abordée. Valls aurait tenu à préciser que tous les Français juifs ne soutenaient pas Benjamin Netanyahu, ce à quoi Emmanuel Macron aurait répondu que l’on ne pouvait pas essentialiser les Palestiniens non plus en les réduisant à des soutiens du Hamas.

« L’histoire de la communauté juive, c’est l’universalisme », aurait ainsi déclaré le président, selon L’Opinion. Une déclaration interprétée comme une critique à l’égard de certaines franges de la communauté perçues comme se rapprochant des positions les plus radicales.

Par cette déclaration, le chef de l’État aurait ainsi cherché à maintenir une ligne d’équilibre entre fidélité à Israël et promotion d’une solution à deux États, dans un contexte politique et diplomatique de plus en plus polarisé. Selon le quotidien, Manuel Valls aurait été visiblement ébranlé par ces propos. Comme des militants et représentants de la communauté juive après la publication de l’article de L’Opinion.

Le président du CRIF, Yonathan Arfi, a vivement réagi jeudi matin sur X aux propos attribués à Emmanuel Macron en Conseil des ministres. Il a dénoncé ce qu’il considère comme « un précédent inacceptable », s’interrogeant : « Imagine-t-on un président de la République remettre en question en conseil des ministres l’universalisme des catholiques français ? Des Français LGBT ? »

Le président du Crif Yonathan Arfi prononce un discours lors du dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) au Carrousel du Louvre à Paris, le 6 mai 2024. (Crédit : JULIEN DE ROSA / AFP)

Yonathan Arfi a estimé qu’« insinuer que la communauté juive ne serait pas fidèle à son universalisme, c’est laisser penser que les Français juifs ne s’inscriraient pas dans l’intérêt général ». Il a souligné que « l’inquiétude des Français juifs est l’expression de républicains et d’universalistes inquiets pour la France ».

Le président du CRIF a particulièrement critiqué le contexte de ces déclarations, liées au débat sur la reconnaissance d’un État palestinien par la France. Selon lui, tenir de tels propos dans ce cadre revient à « cultiver l’idée que la désapprobation des institutions juives sur ce sujet ne serait pas motivée par l’intérêt de la France » et à « prendre le risque de raviver chez des esprits faibles le mythe de l’accusation de double allégeance ».

Yonathan Arfi a conclu en s’adressant directement au président : « Monsieur le président de la République, la République a besoin d’apaisement, pas de mots qui stigmatisent ou qui divisent », ajoutant que si ces propos étaient avérés, « ils résonnent pour les Français juifs comme une profonde injustice ».

L’avocat et militant Patrick Klugman a également exprimé son indignation dans la soirée, qualifiant les propos attribués au président de « simplement infamants » si les informations relayées par L’Opinion étaient avérées.

L’avocat Patrick Klugman. (Capture d’écran YouTube / Europe 1)

Il a contesté l’accusation selon laquelle la communauté juive aurait « déserté son universalisme » pour avoir émis « des réserves sur la reconnaissance sur la Palestine en l’état d’une bande de Gaza toujours tenue par le Hamas ». Patrick Klugman a alors énuméré plusieurs figures pour défendre l’engagement universaliste de la communauté juive, citant « BHL qui passe sa vie à hurler pour la sauvegarde des Ukrainiens », « le Grand Rabbin de France qui entretient un dialogue permanent avec tous » ou encore « le CRIF qui commémore les attentats de janvier 2015 avec Charlie Hebdo ».

L’avocat, qui « représente SOS Racisme depuis 20 ans » et a « fait condamner Zemmour », s’est également inclus dans cette défense. Il a ensuite retourné l’accusation contre Emmanuel Macron, rappelant que « le 12 novembre 2023, la France avait rendez-vous contre l’antisémitisme » à l’appel des présidents des deux chambres. Selon lui, « celui qui a déserté un rendez-vous universaliste pour des prescriptions communautaristes, malheureusement, c’est le président Emmanuel Macron ».

Patrick Klugman a conclu en précisant que concernant la reconnaissance d’un Etat palestinien, « la seule chose reprochée au président, c’est de s’asseoir sur les conditions qu’il avait lui même posées ».

Peu avant lui, l’Elysée avait réagi à la polémique, démentant les propos prêtés au président. « Sur des sujets aussi complexes, c’est la responsabilité de tous les responsables publics de ne pas travestir pour diviser. Le président de la République n’a en aucun cas ‘reproché à la communauté juive d’oublier son universalisme’ », peut-on lire sur la page X de l’Elysée.

« En conseil des ministres, il a une nouvelle fois rappelé combien l’universalisme est le meilleur bouclier contre l’assignation et l’essentialisation. C’est au nom de cet universalisme que le président est engagé sans relâche dans la lutte contre l’antisémitisme. C’est aussi au nom de l’universalisme qu’il refuse les discours assimilant tous les Palestiniens aux terroristes du Hamas. »

Dans un post largement diffusé et relayé sur X, le compte « SwordOfSalomon » a commenté la déclaration de l’Elysée : « Très bien. Mais alors, question simple : le président a-t-il réellement déclaré, comme semble le confirmer votre dernière phrase, ‘si l’on ne réduit pas les Juifs à des soutiens de la politique du Premier ministre israélien, on ne peut pas assigner les Palestiniens en soutien du Hamas’ ? Si oui, c’est grave. Car cette symétrie revient à suggérer qu’un soutien au Hamas serait, côté palestinien, l’équivalent d’un soutien au gouvernement israélien côté juif. Le Hamas est une organisation terroriste. Israël, un État démocratique allié. La comparaison est moralement bancale et politiquement dangereuse. Et surtout : on ne répond pas à l’inquiétude légitime de citoyens juifs français, face à la reconnaissance d’un État palestinien, en leur opposant une comparaison digne d’un militant LFIste. »

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