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Pour séduire Washington, le Somaliland propose ses minerais et des bases militaires

Les autorités et la population espèrent que cette avancée diplomatique historique incitera d'autres pays, à commencer par les États-Unis, à reconnaître à leur tour leur existence

Le ministre de la Présidence de la République du Somaliland, Khadar Hussein Abdi, posant avec un certificat encadré contenant une déclaration signée de reconnaissance en tant qu'État par Israël lors d'une interview, à Hargeisa, le 21 février 2026. (Crédit : Tony Karumba/AFP)
Le ministre de la Présidence de la République du Somaliland, Khadar Hussein Abdi, posant avec un certificat encadré contenant une déclaration signée de reconnaissance en tant qu'État par Israël lors d'une interview, à Hargeisa, le 21 février 2026. (Crédit : Tony Karumba/AFP)

Le Somaliland, qui cherche à obtenir de nouvelles reconnaissances internationales de son indépendance après celle d’Israël fin décembre, serait prêt à accorder un accès privilégié à ses minerais et des bases militaires aux États-Unis, a affirmé à l’AFP l’un de ses ministres.

Fin 2025, Israël est devenu le premier pays à reconnaître cette république autoproclamée comme « État indépendant et souverain » depuis sa sécession de la Somalie en 1991, provoquant la colère de Mogadiscio, qui revendique toujours le contrôle du territoire.

Les autorités et la population du Somaliland espèrent que cette avancée diplomatique historique incitera d’autres pays, à commencer par les États-Unis, à reconnaître à leur tour leur existence.

« Nous sommes prêts à accorder des exclusivités minières aux États-Unis. Nous sommes également ouverts à l’idée d’offrir des bases militaires aux États-Unis », a déclaré Khadar Hussein Abdi, ministre de la Présidence.

Selon le ministère somalilandais de l’Énergie et des Mines, les sols du pays regorgeraient de lithium, de tantale, de niobium et de coltan, des minerais stratégiques, même si les études sont encore insuffisantes pour déterminer les quantités exactes.

Ces dernières semaines, le président somalilandais Abdirahman Mohamed Abdullahi, surnommé « Irro », avait déjà envisagé d’accorder à Israël un accès privilégié à ses ressources minières.

Le président du Somaliland, Abdirahman Abdullahi Mohamed (à droite) et le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar, au palais présidentiel de Hargeisa, au Somaliland, le 6 janvier 2026. (Crédit : Bureau présidentiel du Somaliland/AFP)

« Nous pensons que nous parviendrons à un accord avec les États-Unis », a poursuivi Khadar Hussein Abdi lors d’un entretien réalisé samedi après-midi dans son bureau du palais présidentiel.

Washington dispose déjà d’une base navale à Djibouti, pays voisin du Somaliland. Les deux pays se trouvent à l’entrée du détroit de Bab-el-Mandeb, entre la mer Rouge et le golfe d’Aden, l’une des routes commerciales les plus fréquentées au monde, qui relie l’océan Indien au canal de Suez.

« Partenariat stratégique »

Interrogé par l’AFP sur la possibilité d’accorder une base militaire à Israël sur son territoire, le ministre de la Présidence a répondu « ne rien exclure » dans le cadre d’un « partenariat stratégique entre les deux pays », qui sera « bientôt » signé en Israël.

Les analystes régionaux estiment que ce rapprochement avec le Somaliland est lié à sa position avantageuse face au Yémen, où le groupe terroriste chiite des Houthis soutenu par la République islamique d’Iran, a mené de nombreuses attaques contre Israël depuis le début de la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza.

Hargeisa avait initialement qualifié « d’allégation sans fondement » l’attribution éventuelle d’une base militaire à Israël.

Cette base aurait un puissant impact sécuritaire pour un pays jusqu’ici plutôt sûr, et la reconnaissance israélienne a suscité des menaces de la part des Houthis et du groupe islamiste radical Shebab, affilié à Al-Qaïda, qui mènent une guerre contre l’État somalien depuis vingt ans.

« État fonctionnel »

Le président américain Donald Trump s’exprimant lors de la réunion inaugurale du Conseil de Paix, à l’Institut américain pour la paix, à Washington, le 19 février 2026. (Crédit : Mark Schiefelbein/AP)

Depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, les États-Unis ont adopté une diplomatie très pragmatique vis-à-vis des pays dont les sous-sols regorgent de ressources pouvant profiter à leur économie.

Dans le cadre des processus de paix visant à mettre fin au conflit dans l’est de la République démocratique du Congo, Kinshasa et Kigali ont ainsi entériné, en décembre à Washington, un accord prévoyant, outre l’arrêt des hostilités, une contrepartie économique qui assurerait à l’industrie de pointe américaine un approvisionnement en minerais stratégiques. Mais les combats se poursuivent sur le terrain.

Depuis des mois, plusieurs sénateurs républicains, notamment le Texan Ted Cruz, appellent à la reconnaissance du Somaliland par les États-Unis.

Interrogé juste après la reconnaissance israélienne sur une démarche similaire de Washington, le président américain avait toutefois répondu « non », avant d’ajouter : « Nous allons étudier ça. »

Il avait ensuite demandé : « Est-ce qu’il y a vraiment des gens qui savent ce qu’est le Somaliland ? »

Le Somaliland, qui vit en autonomie depuis 35 ans, est un territoire encore pauvre dont les autorités ambitionnent de financer le développement par l’exploitation de ses sols, à mesure que ses soutiens internationaux se multiplieront.

Mogadiscio revendique toujours son contrôle sur le territoire, soutenu par une grande partie de la communauté internationale, notamment le monde musulman, soucieux d’éviter tout soutien à un mouvement sécessionniste.

La Turquie, un important partenaire de la Somalie, « doit parler avec nous, pas avec Mogadiscio », qui « n’est pas un État fonctionnel », a réagi Abdi.

« Ce sont des factions fragmentées qui siègent à Mogadiscio. Elles ne s’accordent sur rien. Elles ne s’accordent pas sur une voie électorale. Elles ne s’accordent pas sur une Constitution », a-t-il poursuivi.

« Se concentrer là-dessus n’aide pas à assurer la sécurité de la région. »

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