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Analyse

Pourquoi le soutien des Israéliens à la lutte contre le régime iranien reste si fort

Le soutien de la population reste au plus haut niveau malgré les sirènes, les nuits blanches et la fermeture des écoles. Selon les sondeurs, cela s’explique par le fait que les Israéliens ont le sentiment de mener un combat existentiel

Des personnes réfugiées dans une station de métro souterraine alors que les sirènes d'alerte aérienne annoncent l'arrivée de missiles iraniens, à Ramat Gan, le 10 mars 2026. (Crédit : Oded Balilty/AP)
Des personnes réfugiées dans une station de métro souterraine alors que les sirènes d'alerte aérienne annoncent l'arrivée de missiles iraniens, à Ramat Gan, le 10 mars 2026. (Crédit : Oded Balilty/AP)

La semaine dernière, le psychanalyste Yoram Yovell a fait sensation lorsqu’il est intervenu à la télévision et, au beau milieu d’une discussion sur la guerre en Iran, a accusé une partie de la population d’être « une bande de prima donnas gâtées ».

« Je n’ai jamais rien vu de tel », a-t-il déclaré sur la chaîne N12.

« Messieurs, mesdames, peuple d’Israël, vous devez baiser les pieds de l’armée de l’air. Vous devez vous réveiller, dire merci. Il n’y a jamais eu de guerre comme celle-ci. Il n’y a jamais eu d’armée comme celle-ci. »

Il a poursuivi : « L’armée de l’air, les pilotes et le Commandement du Front intérieur vous offrent une guerre de luxe. Dites merci, pour l’amour de Dieu ! »

Si vous vous demandez pourquoi, alors que la guerre contre la République islamique d’Iran dure depuis près de trois semaines, la grande majorité des Israéliens la soutient toujours, voici la réponse.

Les dix-huit derniers jours n’ont pas été faciles ici en Israël.

Scène de l’impact d’un missile iranien à Ramat Gan, dans la nuit du 17 au 18 mars 2026. (Crédit : Magen David Adom)

Mercredi matin, on déplorait quatorze morts en Israël, suite aux attaques de missiles iraniens.

Le nord du pays subit un barrage constant de roquettes et de drones tirés par le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, tandis que les soldats de l’armée israélienne progressent toujours plus profondément au Liban.

Les hôpitaux israéliens enregistrent régulièrement plus de cent admissions par jour pour des blessures liées aux combats, qu’elles soient causées par les attaques de missiles elles-mêmes ou par la course incessante vers les abris à chaque fois qu’une sirène retentit.

À propos des sirènes d’alerte : les nuits calmes dans le centre d’Israël, où la population est concentrée, semblent devenir un souvenir de plus en plus lointain, surtout pour ceux qui doivent quitter leur appartement à chaque fois que l’alarme retentit.

Des batteries antimissiles tirant des missiles d’interception vers des missiles balistiques lancés depuis l’Iran, comme on peut le voir au-dessus de Tel Aviv, le 16 mars 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Rien qu’au moment de la rédaction de cette analyse, deux sirènes ont retenti à Tel Aviv.

C’est contre ces plaintes concernant les sirènes que Yovell a dirigé sa réprimande.

Dans la majeure partie du pays, les parents ont passé près de trois semaines éprouvantes à la maison avec leurs enfants, alors que les lieux de travail restent ouverts, mais que les écoles sont fermées, et que les deux semaines de vacances de Pessah approchent.

Et tout cela, alors que, il y a moins de neuf mois, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré que la dernière guerre contre le régime iranien, en juin, était une « victoire historique » qui « resterait gravée dans les mémoires pour des générations ».

Compte tenu de tout cela, on pourrait penser que les Israéliens ne soutiendraient plus cette guerre – sauf qu’ils la soutiennent, et même avec ferveur.

Une forte résilience face à une « menace existentielle »

Un sondage réalisé par l’Institut israélien de la démocratie (IDI) au cours des troisième et quatrième jours de la guerre a révélé que 82 % de la population israélienne, dont 93 % des Israéliens juifs, soutenait l’opération américano-israélienne contre le régime iranien.

Dans le deuxième sondage de l’IDI, réalisé environ une semaine plus tard, ces chiffres s’élevaient respectivement à 81 % et 92,5 %.

Dans les deux sondages, environ un quart des Israéliens arabes ont exprimé leur soutien.

Les sondages de l’Institut d’études de sécurité nationale (INSS) montrent également que le soutien global reste solide. Son premier sondage, publié le 3 mars, révélait que 81 % des Israéliens soutenaient l’Opération « Lion rugissant ».

Dans un deuxième sondage publié mardi, ce chiffre était de 78,5 %.

Toutes ces variations se situaient dans la marge d’erreur, tant dans les sondages de l’IDI que dans ceux de l’INSS. En d’autres termes, on peut raisonnablement affirmer que le soutien à la guerre n’a pratiquement pas bougé.

Tamar Hermann, chercheuse senior à l’Institut israélien de la démocratie (IDI) et directrice académique du Centre Viterbi pour l’opinion publique. (Crédit : IDI)

Pourquoi en est-il ainsi ? Selon les sondeurs, c’est en raison de ce qu’a déclaré Yovell.

La plupart des Israéliens considèrent en effet la République islamique d’Iran comme une menace existentielle urgente. Pour la vaincre, tout ce qu’on leur a demandé d’endurer, c’est une « guerre de luxe » où le risque de pertes humaines est faible et où la vie peut continuer normalement pour la plupart, voire pour tous.

Le dernier sondage de l’IDI a révélé que 79 % des Juifs se sentent assez ou très protégés contre les attaques de l’Iran. Chez les Arabes, ce chiffre était de 15 %.

« Dans l’ensemble, écoutez, la situation économique est globalement bonne, et il existe un système de soutien. Il y a maintenant toute la question des congés sans solde soutenus par le gouvernement, etc. », a déclaré Tamar Hermann, directrice académique du Centre Viterbi pour l’opinion publique et la recherche politique de l’IDI, au Times of Israel.

Illustration : Des soldats au garde-à-vous lors d’un exercice du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), le bras armé du régime iranien, dans le golfe Persique, le 16 février 2026. (Crédit : Sepahnews via AP)

« Le système de santé fonctionne, seul le système scolaire ne fonctionne pas. Mais les magasins sont pleins de nourriture. Les transports publics fonctionnent. »

Elle a ajouté à un autre moment : « Quiconque pense vraiment que l’Iran représente un danger existentiel considère cela comme une action qui a une justification stratégique, n’est-ce pas ? Il s’agit d’une population dont la résilience face à ces choses est très élevée. »

Un autre élément qui distingue cette guerre de certaines autres menées par Israël depuis le 7 octobre 2023 est que, dans le cas de l’Iran, la plupart des Israéliens semblent faire confiance au gouvernement dirigé par Netanyahu, qui a consacré sa carrière à mettre en garde contre les menaces posées par le régime iranien.

Le sondage de l’INSS a révélé que plus de 60 % des électeurs de la coalition et de l’opposition « estiment que les dirigeants politiques gèrent la campagne en accordant la priorité absolue aux intérêts de sécurité ».

« Les gens ont conscience de la menace iranienne ; ce n’est pas une hypothèse théorique, ce n’est pas seulement le fruit d’un lavage de cerveau », a déclaré au Times of Israel Dahlia Scheindlin, sondeuse, analyste politique et chroniqueuse au Haaretz.

« Je pense que les messages répétés depuis des années ont leurs limites. Les gens constatent que l’Iran est bel et bien un acteur néfaste dans la région. »

De plus, les deux ans et demi qui se sont écoulés depuis le 7 octobre 2023 ont peut-être habitué les Israéliens à vivre au son des sirènes. Selon Scheindlin, ce niveau de soutien toujours élevé n’est pas surprenant, car les premières semaines d’une guerre s’accompagnent souvent d’un « effet de ralliement » qui pousse les gens à soutenir leur pays en temps de guerre.

Hermann a également indiqué que le taux de soutien extrêmement élevé parmi les Juifs pourrait s’expliquer par un biais de désirabilité sociale, c’est-à-dire l’idée que l’on répond aux questions d’un sondage de la manière que l’on juge socialement acceptable.

« Je pense que les Israéliens se sont vraiment habitués aux guerres de longue durée à ce stade », a déclaré Scheindlin.

« Et je pense aussi, vous savez, que la préparation de cette guerre a consisté, pendant des années et des années, à dire aux Israéliens qu’il s’agit d’un effort vraiment énorme, susceptible de changer la donne, qui doit être entrepris. »

Selon Hermann, les Israéliens estiment que cet effort doit être entrepris, même s’ils ne pensent pas nécessairement que le régime iranien va tomber ou que toutes ses menaces seront définitivement éliminées.

Seuls 11 % des personnes interrogées dans le sondage de l’INSS pensent par exemple que le régime va s’effondrer.

Les secouristes et les forces de sécurité devant une maison endommagée lors d’une attaque de missile iranien, à Shoham, le 16 mars 2026. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

« Même si l’on dit que c’est impossible à réaliser aujourd’hui, cela ne signifie pas qu’on ne pourra pas y parvenir [à l’avenir] si l’on progresse dans l’opération », a-t-elle déclaré.

Qu’est-ce qui pourrait faire baisser le soutien ?

En bref, a déclaré Hermann, si les conditions qui ont rendu la guerre extrêmement populaire et permis aux Israéliens de rester relativement en sécurité venaient à changer, la situation pourrait évoluer.

Elle et Scheindlin ont tous deux souligné que la collaboration militaire entre Israël et les États-Unis était l’une des raisons pour lesquelles de nombreux Israéliens soutiennent cette guerre.

La sondeuse Dahlia Scheindlin. (Crédit : Oren Ziv)

« Si de nombreuses personnes sont tuées, si les dégâts sont importants, si les États-Unis se retirent et que Netanyahu continue, tout cela pourrait certainement faire baisser ce soutien », a déclaré Hermann.

Scheindlin a souligné que le deuxième sondage de l’IDI indiquait que le soutien à la guerre avait légèrement baissé.

Le pourcentage de Juifs soutenant fermement la guerre est ainsi passé de 74 % à 68 %. Parmi la petite minorité d’Israéliens juifs se déclarant de gauche, il est passé de 76 % à 68 %.

« Je trouve assez remarquable qu’après seulement deux semaines d’une guerre qui pourrait être très longue, nous observions déjà les signes d’un léger recul », a-t-elle déclaré.

Elle a ensuite ajouté : « En général, plus une guerre dure, moins la population la soutient. Et donc, si l’on se demande qui perdra le soutien en premier, ce sera probablement la gauche, plus la guerre se prolongera. »

Mais jusqu’à présent, a noté Hermann, il n’y a pas eu beaucoup d’opposition politique à la guerre, malgré les divisions marquées entre Netanyahu et ses détracteurs.

« La question politique interne n’est pas entrée dans l’arène », a-t-elle déclaré.

À terme, les Israéliens voudront en finir avec les combats.

Des Israéliens réfugiés alors qu’une sirène retentit pour avertir de l’arrivée de missiles balistiques tirés depuis l’Iran vers Israël, dans un abri antiatomique, à Jérusalem, le 11 mars 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Cependant, Scheindlin a déclaré que beaucoup estimaient que la paix était, pour l’instant, tout simplement hors de question.

« Il n’est pas nécessaire de disposer de données pour savoir que les Israéliens aimeraient ne pas vivre dans un état de guerre permanent », a-t-elle déclaré.

« La question est de savoir s’ils estiment avoir ce choix, et s’ils estiment ne pas l’avoir, car ils seraient alors anéantis sur le plan existentiel. »

« Ils diront simplement : ‘Oui, enfin, j’adorerais vivre en paix, mais nous devons défendre notre pays et défendre nos vies.’ »

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