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Selon l’UNRWA, certains de ses employés ont dit sous la torture que l’agence était liée au Hamas

Selon ce document – sans preuves – de 11 pages, des employés de l’agence auraient été torturés par Tsahal pour faire un faux témoignage

Le siège de l'UNRWA, à Gaza City, le 8 février 2024. (Crédit : Emanuel Fabian/Times of Israel)
Le siège de l'UNRWA, à Gaza City, le 8 février 2024. (Crédit : Emanuel Fabian/Times of Israel)

Selon l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), certains de ses employés de Gaza remis en liberté après une détention en Israël auraient été forcés de déclarer que l’agence avait des liens avec le Hamas et que son personnel avait pris part au massacre du 7 octobre.

Ces affirmations se trouvent dans un rapport de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient daté de février 2024, que Reuters a pu examiner, et qui contient des accusations de mauvais traitements en prison en Israël de la part de Palestiniens non identifiés, dont plusieurs travaillent pour l’UNRWA.

Reuters n’a pas pu confirmer de manière indépendante les informations faisant état de coercition à l’encontre de membres du personnel de l’UNRWA ou de mauvais traitements infligés à des détenus, même si les accusations de mauvais traitements concordent avec des descriptions faites par des Palestiniens libérés en décembre, février et mars, rapportées par Reuters et d’autres médias.

L’UNRWA a refusé de communiquer à Reuters les transcriptions de ses entretiens contenant les accusations d’extorsion d’aveux.

Selon le rapport de l’UNRWA, au-delà des abus présumés subis par des membres du personnel de l’UNRWA, les détenus palestiniens parlent d’abus – coups, humiliations, menaces, attaques de chiens, violences sexuelles et même mort de détenus privés de soins.

Dans un précédent rapport sur les accusations de l’UNRWA, l’armée israélienne avait rappelé que toute forme de mauvais traitement était « totalement interdite » avant de nier les abus sexuels et de déclarer enquêter sur les plaintes faisant état de comportement inapproprié.

L’UNRWA, organisme de l’ONU en charge de fournir des services sociaux et humanitaires aux réfugiés palestiniens des guerres de 1948 et 1967 et à leurs descendants, fait actuellement l’objet d’une enquête suite aux accusations portées par Israël envers plusieurs de ses membres, qu’il accuse d’avoir pris part à l’attaque du Hamas du 7 octobre contre le sud d’Israël, au cours de laquelle près de 1 200 personnes ont été tuées et 253 prises en otage.

Cette semaine, l’armée israélienne a publié des enregistrements audio qui, selon elle, incriminent deux employés de l’UNRWA qui auraient participé à l’attaque menée par le Hamas le 7 octobre – ce qui porte à 14 le nombre total de travailleurs intérimaires qui, selon Jérusalem, ont activement participé aux attaques.

« Je suis à l’intérieur, je suis à l’intérieur avec les Juifs », entend-on dire dans un de ces enregistrements Mamdouh al-Qali, terroriste du Jihad islamique qui, selon l’armée israélienne, était enseignant dans une école de l’UNRWA.

Dans un autre enregistrement, on entend un enseignant de l’UNRWA se vanter d’avoir kidnappé des Israéliens.

« Nous avons des femmes otages, j’en ai capturé une ! », dit Yousef al-Hawajara, terroriste du Hamas qui travaillait comme enseignant dans une école de l’UNRWA à Deir al-Balah, selon l’armée israélienne.

L’armée israélienne affirme que les renseignements dont elle dispose montrent que près de 450 terroristes à Gaza, pour la plupart membres du Hamas, sont également employés par l’UNRWA.

Suite aux accusations portées par Israël, plusieurs pays, parmi lesquels les États-Unis, le Royaume-Uni ou l’Allemagne, ont interrompu le versement de fonds à l’organisation. Les conclusions de l’enquête devraient être publiées fin avril, selon une information publiée jeudi.

Certains ex-otages libérés à la faveur d’un cessez-le-feu d’une semaine en novembre ont dit avoir été détenus chez des membres de l’UNRWA. Par ailleurs, depuis le début de la guerre, Tsahal a découvert des cas dans lesquels l’organisation avait servi de couverture pour le Hamas.

Ainsi, en février, Tsahal a révélé que le Hamas cachait un grand centre de données souterrain directement sous le bâtiment du siège de l’UNRWA dans la ville de Gaza. L’entrée de la forteresse a été découverte sous une école de l’UNRWA toute proche. L’agence onusienne a affirmé ne pas être au courant.

La directrice de la communication de l’UNRWA, Juliette Touma, a déclaré samedi que l’agence allait transmettre les informations contenues dans ce rapport de 11 pages encore non publié à des agences – à l’intérieur et à l’extérieur de l’ONU – spécialisées dans les atteintes aux droits de l’homme.

« À la fin de la guerre, il faudra des enquêtes pour examiner toutes les atteintes aux droits de l’homme », a-t-elle déclaré.

Selon ce document, plusieurs membres du personnel palestinien de l’UNRWA arrêtés par l’armée israélienne ont été victimes de mauvais traitements et d’abus comme de graves passages à tabac, des simulacres de noyade et des menaces à l’encontre de membres de leur famille.

« Des membres du personnel de l’agence ont fait l’objet de menaces et de coercition de la part des autorités israéliennes lors de leur détention, et ont subi des pressions pour faire de fausses déclarations contre l’agence, notamment sur le fait qu’elle entretenait des relations avec le Hamas ou que des membres du personnel de l’UNRWA avaient pris part aux atrocités du 7 octobre 2023 », indique le rapport.

Illustration : Un Palestinien transporte des sacs d’aide humanitaire au centre de distribution de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 3 mars 2024. (Crédit : AFP)

La crise des opérations

L’UNRWA, qui fournit de l’aide et des services essentiels aux réfugiés palestiniens, fait face à une véritable crise depuis les accusations israéliennes.

En effet, les accusations portées par Israël ont conduit seize pays, dont les États-Unis, à ne plus verser leur part des 450 millions de dollars que perçoit l’UNRWA, d’où une crise des opérations. L’UNRWA a licencié certains membres de son personnel, officiellement pour protéger la capacité de l’agence à apporter de l’aide humanitaire, et une enquête interne indépendante a été ouverte.

La Norvège, qui continue, elle, de financer l’agence, a déclaré le 6 mars dernier que nombre de pays ayant suspendu leur financement avaient des doutes et que les paiements reprendraient sous peu. Le Canada et la Suède ont depuis annoncé la reprise des paiements.

Interrogé sur les accusations contenues dans le rapport de l’UNRWA consulté par Reuters, le porte-parole de l’armée israélienne n’a pas répondu aux accusations selon lesquelles des membres de l’UNRWA auraient été contraints, se bornant à rappeler que l’armée israélienne agissait conformément au droit israélien et au droit international pour protéger les droits des détenus.

Les plaintes déposées pour comportement inapproprié sont transmises aux autorités compétentes, qui les examinent, et une enquête est systématiquement diligentée en cas de décès d’un détenu aux mains de la police militaire, a expliqué le porte-parole, ajoutant qu’Israël niait les accusations infondées d’abus sexuels sur des détenus.

Illustration : Quatre Gazaouis présentés par l’armée israélienne, le 4 mars 2024, comme des membres du personnel de l’UNRWA et du Hamas qui ont pris part au massacre du 7 octobre. (Crédit : Porte-parole de Tsahal)

Le porte-parole a ajouté que les ex-détenus étaient soumis au contrôle du Hamas et pouvaient avoir été forcés de porter des accusations contre Israël sous peine de « problèmes ».

En réponse à cet argument tenant à la crédibilité des ex-détenus, Touma a expliqué que le rapport était fondé sur « des témoignages de première main, des récits rapportés par les personnes qui les avaient vécus. Dans certains cas, l’impact physique sur le corps de ces personnes était patent. Sans parler des traces psychologiques. Tout ceci a été documenté. »

L’UNRWA fournit des prestations éducatives, de santé et de secours à environ 5,7 millions de réfugiés palestiniens enregistrés au Moyen-Orient. Les États-Unis sont de loin le principal contributeur au budget annuel de 1,4 milliard de dollars.

Interrogatoire

Face aux accusations et à la présentation de preuves que les États-Unis qualifient de « hautement crédibles », le chef de l’UNRWA, Philippe Lazzarini, a mis en garde contre « une campagne orchestrée » visant à mettre fin au travail de l’agence, évoquant les propos du Premier ministre Benjamin Netanyahu et la destruction des infrastructures de l’agence à Gaza.

Interrogé sur les dernières accusations israéliennes en date, Touma a déclaré que l’UNRWA invitait toute entité ayant des informations sur des accusations portées contre le personnel de l’UNRWA à les communiquer au service chargé de l’enquête, organe de surveillance de l’ONU.

Touma a précisé à Reuters que le document était fondé sur des entretiens menés par l’agence avec des dizaines de Palestiniens remis en liberté après une détention en Israël, auxquels l’UNRWA a apporté une aide.

Des travailleurs palestiniens, bloqués en Israël depuis les attaques du 7 octobre, retraversant la bande de Gaza au poste-frontière de Kerem Shalom avec Israël, dans le sud de l’enclave palestinienne, le 3 novembre 2023. (Crédit : Saïd Khatib/AFP)

Elle a indiqué ne pas pouvoir communiquer de chiffres plus détaillés et ignorer combien de détenus avaient porté des accusations d’abus ou été contraints de dire que l’UNRWA était liée au Hamas.

Le rapport se concentre sur les détenus emmenés hors de Gaza pour de longues périodes d’interrogatoire avant d’être renvoyés à Gaza via le point de passage de Kerem Shalom entre décembre et février.

Israël demande la fermeture de l’UNRWA

Le rapport indique que l’UNRWA a, au 19 février dernier, documenté la remise en liberté de 1 002 détenus, âgés de 6 à 82 ans, via Kerem Shalom.

La guerre a éclaté après que des terroristes dirigés par le Hamas ont fait irruption en Israël par voie aérienne, terrestre et maritime, pour y tuer près de 1 200 personnes et faire 253 otages, essentiellement des civils, dans un déchainement de brutalité et d’agressions sexuelles.

Dans le but de détruire le Hamas, Israël a riposté par une campagne terrestre et aérienne à grande échelle qui, selon le ministère de la Santé dirigé par le Hamas à Gaza, aurait fait 30 960 victimes, principalement des femmes et des enfants. Ces chiffres, qui ne peuvent pas être vérifiés de manière indépendante, pourraient comprendre civils et membres du Hamas morts à Gaza, y compris à cause de tirs ratés de roquettes terroristes. L’armée israélienne revendique pour sa part la mort de plus de 13 000 membres d’organisations terroristes à Gaza, auxquels s’ajoutent un millier de terroristes sur le territoire israélien, le 7 octobre.

L’UNRWA a condamné le massacre du 7 octobre, affirmant que les accusations israéliennes à l’encontre de l’agence – qui restaient à démontrer – trahissaient les valeurs de l’ONU et du peuple que l’UNRWA sert.

Le 29 février dernier, les enquêteurs de l’ONU disaient attendre les documents israéliens à l’appui de ses accusations, selon lesquelles des membres du personnel de l’UNRWA étaient membres du Hamas.

Israël estime que l’UNRWA devrait être fermée.

Reuters avait déjà interviewé des Palestiniens détenus par Israël pendant le conflit et qui se plaignaient de mauvais traitements. Parmi eux figurent trois hommes se plaignant d’avoir été – avec d’autres hommes – battus, mis en sous-vêtements et brûlés avec des cigarettes.

La copie du rapport consultée par Reuters ne contenait aucune photographie et ne donnait le nom d’aucun de ces détenus.

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