Tahar Ben Jelloun alerte sur la montée de l’antisémitisme en France de nos jours
L’écrivain franco-marocain, profondément engagé pour la coexistence et le vivre-ensemble, dénonce une « obsession » française renouvelée par la guerre à Gaza
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Invité de l’émission « Avec Judith » sur France 24 le 23 mai, l’écrivain franco-marocain Tahar Ben Jelloun a dénoncé la montée du racisme et, plus particulièrement, de l’antisémitisme en France aujourd’hui. Auteur du livre Le racisme expliqué à ma fille, vendu à plusieurs millions d’exemplaires et réédité plusieurs fois, l’auteur profondément engagé pour la coexistence et le vivre-ensemble pointe du doigt une « vieille tradition française » nourrie par « l’ignorance, le manque de curiosité et de générosité ».
Interrogé sur la progression du racisme en France actuellement, Tahar Ben Jelloun a rappelé que « le racisme a toujours collé à la peau de l’être humain ». Mais, selon lui, la période contemporaine est marquée par « une époque de très grande violence » et surtout par « une absence de valeurs et de droit ». L’auteur a insisté sur une réalité précise : « En France, ce qui se passe maintenant, le racisme le plus répandu, le plus virulent, c’est l’antisémitisme ».
L’écrivain a rejeté les tentatives de justification de cette haine : « Aujourd’hui il y a 36 000 raisons, entre guillemets, qu’avancent les racistes pour justifier leur attitude. Mais ce n’est pas vrai. » Pour lui, cette hostilité naît d’« un manque de curiosité, de générosité », et se développe dans une société dans laquelle « les gens sont repliés sur eux-mêmes » et « détestent tous ceux qui ne sont pas eux-mêmes ».
Tahar Ben Jelloun a par ailleurs balayé les oppositions identitaires, notamment entre juifs, musulmans et chrétiens : « Aujourd’hui, entre un juif, un musulman ou un chrétien, il n’y a pas de grande différence, ils ont chacun une religion monothéiste. Mais c’est le fait qu’ils n’acceptent pas l’autre quel qu’il soit, même s’il s’habille comme eux, même s’il parle comme eux. »
L’auteur est également revenu sur la persistance historique de l’antisémitisme en France, qu’il qualifie d’« obsession ». « Quand on voit l’histoire de la France, [l’antisémitisme] est dans les livres des plus grands auteurs du XIXe siècle, du XXe siècle », a-t-il affirmé. « C’est quelque chose qui est instauré, qui est ancré dans la société française. Et aujourd’hui, évidemment, ça prend d’autres proportions. »
Évoquant l’écho international du conflit au Proche-Orient, Tahar Ben Jelloun a déploré que « les horreurs du Hamas » et « les représailles de Netanyahou, disproportionnées bien sûr », aient provoqué « des réactions racistes un peu partout dans le monde ».
Pour Tahar Ben Jelloun, l’école demeure le principal rempart contre les préjugés : « C’est à l’école qu’on apprend à vivre ensemble ».
« Il faut combattre le racisme, partout et tout le temps. J’en ai assez de le dire et de le répéter », a-t-il ajouté, lassé, avant de rappeler qu’« on ne naît pas raciste, on devient raciste ».
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