Ted Cruz exhorte les chrétiens américains à lutter contre la haine des Juifs à droite
Le sénateur du Texas a lancé un avertissement alors que les théories antisémites et anti-israéliennes se multiplient, relayées par Candace Owens ou Tucker Carlson, et que les jeunes remettent en question la cruauté d'Hitler
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JTA — Le sénateur Ted Cruz a profité du discours qu’il a prononcé lors d’un grand rassemblement qui réunissait des chrétiens pro-israéliens, cette semaine, pour mettre en garde contre le « cancer grandissant » de l’antisémitisme à la droite de l’échiquier politique – un phénomène que les responsables religieux, a-t-il dit, ne parviennent pas à combattre.
« Je suis ici pour vous dire qu’au cours des six derniers mois, j’ai vu l’antisémitisme se développer à droite et ce, d’une manière sans précédent pour moi », a indiqué Cruz, dimanche, alors qu’il prenait la parole dans une gigantesque église de San Antonio, au Texas – un lieu de culte dirigé par John Hagee, le fondateur de Christians United for Israel (CUFI), qui revendique plus de dix millions de membres. Le sénateur du Texas s’exprimait à l’occasion de la 45e édition annuelle de la « Nuit en l’honneur d’Israël », un événement organisé par Hagee.
Ce républicain vétéran a ajouté que, si le travail accompli par l’organisation était absolument indispensable, « je suis venu ici pour vous dire que l’Église semble actuellement totalement inattentive » à cette évolution inquiétante des choses.
Il n’a pas été le seul à lancer cet avertissement : des voix conservatrices ont lancé des appels similaires dans la période où Cruz a prononcé son allocution, des voix qui ont affirmé que l’antisémitisme, au sein de certaines franges de la droite, ne pouvait dorénavant plus être considéré comme marginal. La presse aussi s’est emparée de la question : ainsi, des articles qui ont été diffusés dans The Free Press et Tablet se sont penchés sur la manière dont des personnalités et des idées extrémistes ont été normalisées et Tikvah, un centre éducatif qui fait également office de think-tank, a mis en garde contre une « faction clairement établie » qui se distingue des autres par sa franche hostilité à l’égard d’Israël et du Judaïsme.
Dans The Free Press, le chroniqueur conservateur Eli Lake a diffusé un essai intitulé : « Comment Nick Fuentes est devenu mainstream » – dans lequel il décrit la façon dont ce militant d’extrême droite, longtemps rejeté pour ses propos racistes et antisémites, a récemment été accueilli à bras ouverts par plusieurs podcasts et livestreams populaires. Selon Lake, la « stigmatisation » dont Fuentes faisait l’objet s’est « dissipée », ce qui témoigne de l’évolution, sur internet, de la fenêtre d’Overton au sein de certaines franges de la droite.
Dans Tablet, un essai à la première personne intitulé « Hitler est de nouveau à la mode » a évoqué ce que l’auteur, qui se présente comme un libertaire, a décrit comme un « pipeline » qui, selon lui, a créé un canal de liaison entre les libertaires et l’alt-right au cours de la dernière décennie, avec pour conséquence que la pensée complotiste à l’égard des Juifs s’est normalisée, les réseaux flirtant dorénavant avec l’apologie du nazisme et de Hitler. Un article qui prend la forme d’une confession et qui reste caractéristique d’un mouvement plus large, citant des podcasts et des courants idéologiques qui, selon l’auteur, ont transformé la rhétorique « anti-guerre » en sentiment anti-israélien , avec une hostilité plus généralisée à l’égard des Juifs.
Par ailleurs, Tikvah, l’un des groupes de droite les plus en vue dans le monde juif, a indiqué jeudi dans un courriel adressé à ses partisans qu’il avait observé la même tendance.
« Il y a aujourd’hui une faction clairement établie de la droite qui est ouvertement hostile à Israël et au judaïsme. Et si elle est peu importante, elle n’est plus à la marge et il n’est pas possible de l’ignorer », a écrit Avi Snyder, directeur au sein du think-tank.
L’organisation a fait référence à une série d’essais qu’elle avait commencé à diffuser en 2023, avertissant que certaines personnalités, à la droite de l’échiquier politique, ravivaient des suspicions anciennes concernant la loyauté des Juifs, présentant l’alliance entre les États-Unis et Israël comme un piège et contestant la supériorité morale de la lutte des Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale.
Il y a aussi, à l’arrière-plan, l’assassinat de Charlie Kirk qui, le mois dernier, a déclenché un déferlement de théories du complot qui ont rapidement viré à l’antisémitisme dans certaines parties de l’écosystème en ligne de la droite. Les fact-checkers ont documenté une avalanche de fausses allégations, tandis que certains influenceurs ont flirté avec des théories du complot en évoquant l’implication d’Israël ou du « Mossad » dans la mort de Kirk — une rhétorique qui avait suffisamment gagné en popularité pour que le Premier ministre Benjamin Netanyahu se sente dans l’obligation de diffuser un démenti.
Une tourmente qui a renforcé la rapidité avec laquelle les idées marginales peuvent se propager dans la sphère médiatique, alors même que les procureurs de l’Utah ont mis en examen un suspect dans l’assassinat de l’influenceur et qu’ils ont déterminé que le meurtrier avait un mobile qui n’avait rien à voir avec l’État juif.
Dans son discours, Cruz a indiqué qu’il avait parlé avec Netanyahu du déclin du soutien à Israël à la droite de la sphère politique, et que les deux hommes avaient des points de vue divergents sur le sujet.
Il a évoqué une conversation récente avec le Premier ministre, affirmant que la première réaction de Netanyahu avait été d’attribuer en grande partie ce déclin à l’amplification étrangère provenant de pays comme le Qatar et l’Iran, à des bots et à des réseaux de désinformation rémunérés.
Cruz a rétorqué : ‘J’ai dit : ‘Monsieur le Premier ministre, oui… mais non. Oui, le Qatar et l’Iran financent clairement ce phénomène ; il y a des bots, et il y a beaucoup d’argent investi mais je vous le dis, ce qui est en train de se passer est réel, c’est organique, il s’agit de véritables êtres humains, et ça se propage ».
Plus tard dans son discours, Cruz a souligné la dimension théologique de cette dérive. Il a mis en garde contre la résurgence de la théologie de la substitution, qu’il a qualifiée de « mensonge qui laisse entendre que les promesses faites par Dieu à Israël et au peuple d’Israël ne seraient plus valables, qu’elles ne sont plus valides ».
Selon la théologie de la substitution, les Israélites ont été supplantés en tant que peuple élu de Dieu dès la fondation de l’Église chrétienne.
Cruz n’a attribué la responsabilité de ce phénomène à personne en particulier – mais ses propos ont été tenus alors que des personnalités connues pour leurs propos incendiaires à l’égard des Juifs ou d’Israël continuent actuellement de gagner en popularité. Fuentes est passé de l’ostracisme à des apparitions très médiatisées ; Tucker Carlson attire des millions de téléspectateurs en amplifiant des discours qui frôlent l’antisémitisme ; et les paroles complotistes de Candace Owens concernant Israël continuent de séduire le public.
Ensemble, ils forment une boucle de rétroaction dans laquelle la portée algorithmique et la controverse viennent récompenser les positionnements les plus radicaux, ce qui complique, pour les politiciens, la nécessité de tracer des lignes de démarcation.
À cela est venue s’ajouter la fuite d’informations qui a éclaboussé le mouvement des Jeunes républicains, la semaine dernière – Politico a ainsi révélé le contenu d’une conversation sur Telegram où les activistes du parti, qui commencent leur carrière politique, échangeaient des insultes racistes, plaisantaient sur les chambres à gaz et faisaient l’éloge d’Hitler. Un scandale qui a entraîné des licenciements, la fermeture des sections locales des Jeunes républicains et des condamnations qui ont émané des deux côtés de l’échiquier politique. Mais le vice-président JD Vance a minimisé ces messages, les qualifiant de « blagues » teintées d’immaturité, et il a exhorté le public indigné à « grandir », un positionnement qui s’est inscrit dans le débat de la semaine portant sur le contrôle que la droite pourrait être susceptible d’exercer dans ses propres rangs.
Dans le sillage direct de l’assassinat de Kirk, Rich Goldberg, conseiller principal à la Foundation for Defense of Democracies et vétéran du parti républicain, avait appelé à mettre en place un contrôle accru au sein de la droite. Dans un message diffusé sur X, il avait sommé les conservateurs de ne plus inviter Carlson, qualifiant le positionnement adopté par l’ancien animateur de Fox News à l’égard des Juifs et d’Israël de « maladie qui empoisonne le Parti républicain ».
Il avait ajouté : « Il faut que les leaders prennent la décision de ne plus lui donner la parole – pas plus qu’à ceux qui reprennent ces sentiments ignobles ».
Plus d’un mois plus tard, le chef incontestable de la droite aux États-Unis, Donald Trump, ne s’est toujours pas prononcé.
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