Toujours dangereux, le Hamas s’abstient de riposter contre Israël. Jusqu’à quand ?
Alors que d'autres mènent des attaques, ce groupe terroriste s'est pratiquement retiré du champ de bataille pour se concentrer sur le contrôle des Gazaouis, mais des experts soulignent que la situation est loin d’être stable
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La guerre que le Hamas a déclenchée le 7 octobre 2023 s’est depuis étendue bien au-delà de Gaza, entraînant l’Iran, le Hezbollah libanais et les Houthis au Yémen dans le conflit. Cependant, alors qu’Israël est attaqué sur plusieurs fronts depuis plusieurs mois, le groupe terroriste à l’origine du conflit est resté absent du champ de bataille, respectant globalement le cessez-le-feu qui a mis fin aux combats en octobre 2025.
Cette absence ne doit toutefois pas être confondue avec une défaite, préviennent les experts. Malgré deux ans d’opérations soutenues de l’armée israélienne et des mois d’efforts diplomatiques visant à mettre un terme définitif à la guerre, le Hamas est toujours armé et contrôle la majeure partie du territoire de Gaza à l’est de la « Ligne jaune ».
« De leur côté de la Ligne jaune, [le Hamas] détient le monopole de la force », explique Jonathan Ruhe, expert militaire à l’Institut juif pour la sécurité nationale des États-Unis, au Times of Israel.
« Cela alimente tout leur concept stratégique, qui, à ce stade, consiste à montrer qu’ils ont gagné la guerre parce qu’ils ont survécu. »
Lorsque le président américain Donald Trump a dévoilé son plan en vingt points pour mettre fin au conflit, il y a huit mois, le désarmement du Hamas en était l’un des piliers centraux. Ce plan ouvrait la voie à une Force internationale de stabilisation (ISF) chargée d’assurer la sécurité de la bande de Gaza pendant la période de transition après la guerre.
Cependant, des images circulant en ligne depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu en octobre semblent montrer que le groupe terroriste réaffirme sa présence dans certaines parties de Gaza, avec des membres armés patrouillant dans les rues, organisant des démonstrations publiques de force et cherchant à prouver que sa branche armée est intacte.
Pour autant, le Hamas s’est abstenu de mener des attaques significatives sur le territoire israélien depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu.
Le calme relatif persiste, alors que Tsahal continue de mener des frappes quasi quotidiennes à Gaza, afin, selon Israël, de mettre fin aux menaces pesant sur ses troupes ou de faire face aux violations du cessez-le-feu.
La dernière tentative connue du Hamas de tirer une roquette sur Israël remonte au mois de janvier, lorsque l’armée israélienne avait signalé avoir détecté un tir raté depuis la région de Gaza-City.
Incapable, pas réticent
Selon Samuel Ben-Ur, analyste de recherche à la Fondation pour la défense des démocraties, l’absence de tirs de roquettes ne doit pas être confondue avec un changement dans les intentions du Hamas.
« S’ils pouvaient mener aujourd’hui une autre attaque du type de celle perpétrée le 7-Octobre, ils le feraient », rappelle Ben-Ur.
« Leur stratégie consiste à infliger autant de souffrances que possible à Israël… et à le contraindre à faire des concessions. »
Selon lui, la retenue du Hamas reflète davantage ses capacités actuelles que ses ambitions.
Cette analyse est corroborée par des responsables militaires israéliens qui ont déclaré en mars que, bien que le groupe terroriste tente probablement de se réarmer depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, il est loin d’avoir retrouvé la puissance qu’il avait avant la guerre, lorsque lui et d’autres groupes terroristes tiraient régulièrement des roquettes depuis la bande de Gaza vers le sud d’Israël.
Tsahal estime que les efforts de réarmement du Hamas sont « très limités », notamment parce que le groupe terroriste n’a plus accès à ses itinéraires de contrebande d’armes, principalement via la frontière égyptienne.
En conséquence, le Hamas recourt à des moyens encore plus clandestins. En février, les médias israéliens rapportaient que le groupe terroriste utilisait des conteneurs submersibles, se déplaçant juste sous la surface de l’eau, pour acheminer clandestinement, depuis la péninsule du Sinaï, des marchandises de contrebande, telles que des matériaux destinés à la fabrication de roquettes, vers Gaza.
Une force armée affaiblie, un régime intact
Au vu de ces efforts, Ben-Ur souligne qu’il n’existe toujours « aucun rapport indiquant qu’ils aient réussi à reconstituer leur arsenal de roquettes ».
Avant la guerre, on estimait que le Hamas disposait de 18 000 à 30 000 roquettes et de missiles non guidés, selon l’Institut d’études de sécurité nationale (INSS).
Les responsables de l’armée israélienne estiment que le groupe terroriste détient encore des centaines de roquettes fabriquées avant la guerre et qui n’ont pas été détruites lors de l’opération terrestre de deux ans menée par Tsahal, les troupes n’ayant pas atteint toutes les zones de la bande de Gaza.
« Les arsenaux de roquettes et de missiles du Hamas sont quasiment réduits à néant », selon Ruhe.
Sa capacité à fabriquer des roquettes a également été largement démantelée après près de trois ans de frappes israéliennes visant ses infrastructures de production.
Afin d’empêcher le groupe terroriste de rétablir ses capacités de production de missiles, Tsahal a récemment pris pour cible des commandants du programme de roquettes et de missiles du Hamas, ainsi que des opérateurs chargés de la fabrication d’armes.
En mars, Tsahal a frappé et éliminé un commandant du département des approvisionnements et de la logistique du Hamas qui travaillait à faire avancer le « projet de missiles de précision » du groupe terroriste. Deux mois plus tard, l’armée a également éliminé un agent clé du Hamas impliqué dans la production d’armes, qui constituait une source majeure d’expertise technique pour le groupe terroriste.
Affaiblissant encore davantage sa branche armée, Tsahal a éliminé son chef, Izz al-Din al-Haddad, le 15 mai, ainsi que son successeur, Mohammed Odeh, onze jours plus tard.
Pour autant, le fait que les terroristes du Hamas aient été pris pour cible et que son arsenal de roquettes ait été réduit ne signifie pas pour autant qu’il ait été désarmé. Selon les analystes, le groupe terroriste continue de disposer d’armes légères et de petit calibre, notamment des fusils d’assaut, des mitrailleuses et des explosifs utilisés pour fabriquer des bombes artisanales, qui constituent l’une des principales menaces pour les soldats de Tsahal opérant à l’intérieur de l’enclave.
Le Hamas conserve également l’accès à des drones, dont beaucoup sont disponibles dans le commerce et peuvent être adaptés à un usage « militaire ». Cependant, les restrictions imposées par Israël à l’entrée de biens à double usage à Gaza depuis le début de la guerre ont probablement limité la capacité du groupe terroriste à acquérir de tels systèmes à l’échelle dont il disposait auparavant.
Le mois dernier, un officier de Tsahal a déclaré au site d’information Walla que le Hamas posséderait des drones à fibre optique résistants au brouillage électronique, la même technologie que le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah utilise dans ses attaques meurtrières contre les troupes israéliennes.
**מחבלי חמאס בצעדה צבאית..**
מצעד מחבלי חמאס בזמן הלוויותיהם של מחבלים שחוסלו בזמן הלחימה במחנה אלשאטי, ממערב לעיר עזה. pic.twitter.com/3qZzuyH49r
— מה חדש. What's new❓ (@Gloz111) February 28, 2025
Pourtant, les analystes estiment que le Hamas concentre l’utilisation des armes dont il dispose non pas pour combattre Israël, mais plutôt pour ce que Ben-Ur décrit comme sa « priorité absolue » : consolider son contrôle sur les Gazaouis vivant sous son joug.
« Au cours des deux dernières semaines, on a vu davantage de cas où [le Hamas] a exécuté des Palestiniens dans la rue », explique-t-il, une pratique que le groupe terroriste a également mise en œuvre lors de précédents cessez-le-feu. Ces exécutions visent souvent des membres de gangs rivaux à Gaza, ainsi que des dissidents et des Gazaouis accusés de collaborer avec Israël.
Pas de voie claire vers le désarmement
Compte tenu de la présence armée persistante du Hamas dans la bande de Gaza, les analystes estiment que la question n’est plus de savoir si le groupe terroriste acceptera de déposer les armes, mais qui, le cas échéant, les lui prendra de force. Israël affirme que le désarmement doit avoir lieu avant que les plans de reconstruction d’après-guerre de l’enclave puissent véritablement démarrer, laissant ainsi le territoire dans une situation d’incertitude et de tension.
Selon Ruhe, le Hamas utilise ses capacités armées restantes pour envoyer un message clair : toute tentative visant à le chasser du pouvoir, qu’elle émane d’Israël, de rivaux locaux ou de l’ISF qui doit encore être mise en place, se heurtera à une résistance farouche, et il n’a aucune intention de rendre ses armes de son plein gré.
« Tant que l’on n’aura pas trouvé quelqu’un pour désarmer le Hamas par la force, aucun autre élément [du plan en vingt points de Trump] ne pourra se mettre en place », affirme Ruhe.
Selon Ben-Ur, Tsahal reste le seul acteur actuellement en mesure de mener à bien cette mission, ce qui impliquerait la reprise d’opérations militaires à grande échelle contre le Hamas.
Bien que cela « doive se produire si l’on veut désarmer le Hamas », cela ne signifie pas nécessairement un retour à la guerre totale qui a dévasté Gaza pendant deux ans, précise-t-il.
Au contraire, un processus similaire semble se mettre progressivement en place : Israël étend son contrôle et repousse le Hamas et la population civile de Gaza dans une zone de plus en plus restreinte.
Le mois dernier, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a annoncé qu’il avait ordonné à l’armée de prendre le contrôle de 70 % de la bande de Gaza, contre 60 % actuellement, ce qui dépasse largement le territoire qu’Israël était autorisé à occuper temporairement en vertu de l’accord de cessez-le-feu.
Alors que les détracteurs ont présenté cette initiative comme la preuve de l’intention d’Israël de s’emparer définitivement de territoires à Gaza, Ben-Ur fait valoir qu’il faudrait plutôt y voir le prolongement de la campagne militaire en cours visant à démanteler les infrastructures terroristes dans les zones sous contrôle de Tsahal.
L’avenir de Gaza reste profondément incertain.
Mais selon Ruhe, le statu quo, avec un Hamas affaibli mais toujours au pouvoir et armé, a peu de chances d’assurer une stabilité durable.
« Si la situation à Gaza continue de s’envenimer… et que la bande de Gaza recule de plus en plus dans la liste des priorités [d’Israël] », alors que Jérusalem se concentre sur des menaces plus immédiates ailleurs dans la région et sous-estime une fois de plus le Hamas, prévient Ruhe, les conditions qui ont permis au Hamas de prendre le pays par surprise le 7-Octobre pourraient finir par se reproduire, augmentant le risque d’une nouvelle attaque à grande échelle menée par un groupe terroriste toujours armé et dangereux.
Emanuel Fabian a contribué à cet article.
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