Traumatisés par leur dernière évacuation, les habitants du nord d’Israël décident de rester malgré le danger
Les habitants "n'ont pas la force de repartir", explique un responsable régional : la fatigue et les difficultés économiques des 16 mois d'évacuation l'emportent sur l'inquiétude et les tirs du Hezbollah
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METULA (JTA) — Daniel Dorfman venait tout juste de rouvrir sa pizzeria, dans le kibboutz, à quelques centaines de mètres de la frontière israélo-libanaise lorsque la guerre a une fois de plus éclaté. Son Ayuni Pizza Bar était resté fermé depuis octobre 2023, date à laquelle le Hezbollah était entré en guerre contre Israël et avait fait de cette région frontalière un lieu désert et dangereux.
Depuis le Liban, le Hezbollah s’est remis à tirer des centaines de missiles sur Israël dans le cadre d’une opération de l’organisation terroriste du nom d’« Opération Blé Mâché », en référence à un passage du Coran évoquant la défaite des ennemis. Ces tirs de roquettes et de missiles font suite à la guerre que livrent les États-Unis et Israël au régime iranien.
Dorfman, qui assure qu’Ayuni fait « les meilleures pizzas à moins d’un kilomètre de la frontière libanaise », ne sait pas combien de temps il tiendra encore.
« Cela n’arrête pas », explique Dorfman à la Jewish Telegraphic Agency. « D’abord le COVID, puis le 7-Octobre, la guerre contre le Hezbollah, et maintenant ça — je vois pas comment je pourrais m’en sortir ! »
Et pourtant, Dorfman n’a pas tiré le rideau d’Ayuni. En cette soirée, malgré les déflagrations des tirs d’artillerie et des drones entrants et le manque de mises en garde contre les tirs de roquettes, par rapport aux autres Israéliens, les rues sont encore pleines d’habitants de Metula qui font leurs courses au supermarché, promènent leur chien ou passent chercher une pizza — même s’ils sont évidemment bien moins nombreux qu’en temps de paix.
Les habitants du nord d’Israël ne partent pas, se refusant à revivre ce qu’ils ont enduré suite à l’entrée en guerre contre Israël du Hezbollah, déclenchée par le pogrom du Hamas du 7 octobre 2023. A l’époque, les autorités israéliennes avaient ordonné leur évacuation.
« Ils restent chez eux, malgré cette situation terrible », explique Asaf Artal, responsable des partenariats chez IsraAID qui travaille avec les communautés frontalières. « C’est très compliqué et effrayant, mais il faut malgré tout faire quelque chose pour la communauté, pour lui redonner des forces. C’est en agissant dans les moments les plus durs et les plus difficiles, en temps de guerre, que l’on est plus fort une fois que c’est terminé. »
À l’instar d’autres kibboutzim de la périphérie israélienne (éloignés des centres urbains et souvent de petite taille), Metula a été durement touchée par les derniers affrontements contre le Hezbollah. De nombreux bâtiments du kibboutz ont été endommagés et, selon le porte-parole de Metula, seuls 40 % des habitants sont revenus depuis le cessez-le-feu de novembre 2024.
Depuis 22 années qu’il travaille pour IsraAID, Artal a vu de ses yeux les effets de cette évacuation. « Quand on est forcé de partir un peu partout, on perd la magie et le pouvoir de la communauté. On cesse d’être une communauté », regrette-t-il.
La Direction de la réhabilitation du Nord avait initialement provisionné 3,4 milliards de NIS pour aider les communautés du Nord à se remettre de la guerre — un montant amputé de près 50 millions, la semaine passée, en raison des coupes budgétaires en faveur de l’effort de guerre.
Selon elle, la population de la périphérie est revenue, dans 87 % des cas, ce qui est significatif après toutes ces évacuations.
Les habitants de Metula et d’autres petites communautés sont en train de se réinstaller. Les routes sont bordées d’entrées menant à des abris anti-aériens souterrains équipés de lits superposés pour celles et ceux qui préfèreraient dormir sous terre.
Le consensus est le même que celui qui prévaut dans d’autres kibboutzim de la frontière entre Israël et le Liban.
« Cette fois, il n’y a aucun doute, nous restons », assure Ofir Spiegel, porte-parole de Shlomi, un autre kibboutz situé à la frontière entre Israël et le Liban.
Selon lui, le gouvernement israélien a proposé d’évacuer les plus vulnérables, à savoir les malades et les personnes âgées, mais même eux, assurent-ils, tiennent à rester, quitte à dormir dans des abris publics ou dans leur mamad, le cas échéant.
Shlomi Buli est le PDG du centre communautaire de Merom HaGalil, qui a compétence sur 24 kibboutz de Galilée, jusqu’à Avivim et Dovev, à la frontière avec le Liban. Il explique que les habitants « n’ont pas la force de repartir ».
Buli a été commandant d’une brigade de combat pendant plus de 25 ans avant de se tourner vers l’industrie et enfin le service communautaire. Il croit en la résilience de la Galilée, renforcée par la résistance aux difficultés des dernières évacuations, qui ont disséminé un peu partout en Israël les communautés soudées des kibboutzim.
Pour lui, « C’est le secret de cet endroit, les gens. Nous avons grand cœur. »
Pourtant, les habitants de la région font face à un grave danger. Là où les Israéliens installés ailleurs dans le pays sont avertis avec un préavis de 10 minutes de l’arrivée de missiles iraniens, suivi d’alertes 90 secondes avant de possibles frappes, dans le nord, il n’est pas rare que le système d’alerte avancée ne se soit pas déclenché au moment de l’impact. Jeudi, quatre personnes ont été blessées par une roquette du Hezbollah à Kiryat Shmona, à quelques minutes de voiture de Metula.
Yoav Cohen, le chef de Netua, moshav situé dans les collines de Galilée à quelques kilomètres de la frontière libanaise, est conscient des risques mais il assure que ses proches et lui-même comptent bien rester malgré l’intensité des combats. Il est convaincu d’être plus en sécurité à Netua.
« Nous n’avons pas assez de temps, mais ce n’est pas après nous qu’ils en ont, ils cherchent des endroits plus grands, avec davantage de monde », ajoute-t-il. Il souligne que les craintes d’une invasion du Hezbollah dans le nord se sont révélées infondées.
Cohen est né et a grandi dans une famille laïque de Netua avant de vivre un court temps aux États-Unis et de devenir orthodoxe. Sa femme et lui ont 11 enfants, quatre chiens et un perroquet. Après le 7-Octobre, la famille a vécu pendant un an et demi à l’hôtel à Eilat, dans le sud du pays. Tout ce temps, Yoav Cohen a continué de travailler à Netua, ce qui lui a occasionné de longues heures de route, une fois par semaine.
Son épouse et lui sont bien conscients des effets de ces années de guerre sur leurs enfants. « La plupart veulent dormir avec nous », dit-il. « Mais on n’a pas assez de place. »
Lors de la dernière guerre contre le Hezbollah, le gouvernement israélien a partiellement levé les restrictions à l’importation d’œufs étrangers, une mesure destinée à protéger des élevages comme celui de Netua, à cause de l’impact des combats sur la production d’œufs.
Aujourd’hui, les conséquences sont déjà bien réelles. Il y a peu, une roquette du Hezbollah a atterri sur un élevage de poules à Netua. « Heureusement, il était minuit et personne n’a été blessé, mais cela a tué des centaines de poules », explique Cohen lors d’une visite de la ferme.
Le sol est jonché de plumes et d’œufs abandonnés et les quelques ouvriers du village font en sorte de reloger les poules survivantes pour ne pas perdre davantage d’argent.
Netua dépend toujours du tourisme, mais elle s’est davantage tournée vers l’agriculture depuis le 7-octobre, sur les conseils de Cohen. Ce dernier gère les affaires du moshav et est le chef de son service de sécurité.
Un autre changement a également eu lieu depuis le 7-Octobre : Netua dispose désormais d’un bunker et d’un centre de contrôle qui permet aux résidents de surveiller la communauté à tour de rôle.
Dans la mesure où les habitants du nord ont choisi de rester, le Keren Kayemeth Leisrael, la branche israélienne du Fonds national juif, a provisionné près de 2 millions de dollars pour aider à financer les programmes pour Pessah — des évacuations temporaires de la zone de danger — et reloger les personnes qui ne peuvent pas facilement se mettre hors de portée des tirs.
Selon Spiegel, tout ceci en vaut la peine — si la guerre permet aux Israéliens d’être ensuite plus en sécurité.
« Nous espérons tous que c’est la der des ders. Nous voulons vivre ici, dans notre communauté, et mener une vie normale. J’ai dit à ma fille : ‘Je te promets, ma petite, que c’est la dernière guerre.’ C’est ce que mon père m’avait dit en 67 », ajoute Spiegel.
Pour l’heure, il y a des questions plus urgentes. À 19h, il y a de cela quelques jours, il n’y avait que Dorfman et un employé chez Ayuni, au lieu de la foule habituelle. La veille, le Hezbollah et l’Iran s’étaient livrés à une attaque coordonnée et avaient tiré plus de 200 missiles.
Désormais, l’essentiel de l’activité de Dorfman consiste à livrer des pizzas aux soldats des bases voisines, et il s’attend à ce que ses affaires reprennent, l’armée israélienne ayant annoncé la mobilisation de plus de 100 000 réservistes. Mais il a les yeux rivés sur autre chose.
« Le peuple n’est pas le Hezbollah, nous le savons, et quand ils seront enfin partis, je serais heureux de livrer au Liban », conclut Dorfman, en plaisantant à moitié. « J’aurais bien besoin de ça. »
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