Trump a usé de tout son poids pour arracher un accord à Gaza – mais il reste des questions
Plus populaire en Israël que Netanyahu, le président américain a fait une offre que le Premier ministre n'a pas pu refuser et il a fait appel aux alliés du Hamas. L'après-guerre à Gaza sera une toute autre histoire
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WASHINGTON – Alors que la guerre à Gaza entrait dans sa troisième année, le président américain Donald Trump a réussi là où tous les autres chefs d’Etat ont échoué : faire accepter au Premier ministre Benjamin Netanyahu la première étape d’un accord de paix ambitieux, tout en persuadant des pays du Moyen-Orient d’exercer des pressions sur le Hamas.
Mais malgré sa nature potentiellement historique, l’accord-éclair de Trump qui a été conclu jeudi en Égypte laisse de nombreuses questions en suspens – des questions qui sont de nature à faire dérailler la mise en œuvre de la phase initiale et à compromettre la suivante, estiment les analystes.
Tout en accordant à Trump le mérite d’un succès susceptible de mettre un terme à la guerre et très prometteur, les experts estiment qu’il faudra régler en urgence les détails pratiques de ce qui a été convenu sur le papier, à savoir faire taire les armes, échanger des otages israéliens contre des prisonniers palestiniens et assurer un retrait israélien partiel à l’intérieur de l’enclave sous les décombres.
Après cela, les négociateurs devront s’attaquer à d’autres points du plan en 20 points de Trump sur lesquels les deux parties sont toujours en désaccord, notamment sur les questions du désarmement du Hamas, auquel le groupe terroriste s’oppose, de la fin officielle du conflit et de la gouvernance d’après-guerre de Gaza.
Rien de tout cela n’a été réglé lors des trois jours de négociations indirectes dans la station balnéaire égyptienne de Charm el-Cheikh, où Trump avait envoyé son gendre, Jared Kushner, et son envoyé pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, pour faciliter les médiations. Et il est peu probable qu’une solution rapide soit trouvée.
« Il y a un très grand nombre de points de friction possibles qui vont déterminer si ce cessez-le-feu est le début de la paix ou un simple rebondissement dans le cycle des violences », explique Jonathan Panikoff, ancien officier adjoint du renseignement américain sur le Moyen-Orient.
Pour empêcher que l’accord de cessez-le-feu ne se défasse, comme tant d’autres, que ce soit sous Trump ou son prédécesseur démocrate, Joe Biden, il faudra un effort soutenu et précis de la part du président et de son équipe, ajoute Panikoff, aujourd’hui membre du think tank Atlantic Council à Washington.
Compte tenu de la perte d’expertise politique de l’équipe de politique étrangère de Trump, en raison des suppressions d’emplois et du shutdown du gouvernement fédéral, ce ne sera pas chose facile.
Pour l’instant, cependant, Trump a, par la seule force de sa volonté, donné une impulsion en faveur de la paix à Gaza au-delà de ce que de nombreux experts pouvaient imaginer.
La conclusion de l’accord serait un grand succès de politique étrangère pour le président républicain, qui a fait campagne en faveur du rétablissement de la paix dans les grands conflits mondiaux sans beaucoup de réussite avant cela, que ce soit à Gaza ou dans la guerre menée par la Russie en Ukraine.
La colère suscitée par la frappe à Doha s’est transformée en pression sur le Premier ministre
Il y a de cela quelques semaines à peine, la paix à Gaza semblait plus inaccessible que jamais suite à la frappe israélienne contre la direction du Hamas au Qatar, pays allié des États-Unis.
Mais les assistants de Trump ont décidé de faire de cette colère contre Netanyahu un moyen de pression sur le dirigeant israélien afin qu’il accepte de mettre fin à la guerre – projet qu’ils ont présenté aux chefs d’Etats musulmans en marge de l’Assemblée générale de l’ONU le mois dernier, selon des proches de la question.
Si Netanyahu s’est facilement débarrassé de Biden et de ses réserves au sujet de l’attaque israélienne contre Gaza en réponse au pogrom commis par le Hamas le 7 octobre 2023, il a eu plus de mal à s’opposer à Trump, malgré les réticences israéliennes enevrs le plan pour Gaza, et notamment son évocation d’un État palestinien.
Trump a fait front commun avec Israël pour frapper les infrastructures nucléaires iraniennes en juin et avec Netanyahu, de plus en plus isolé sur la scène internationale. Depuis toujours, Trump est plus populaire auprès de la population israélienne que son Premier ministre.
« Sans cette pression, il n’y aurait pas eu d’accord. Bibi ne peut pas dire non à Trump », explique Dennis Ross, ex-conseiller pour le Moyen-Orient auprès d’administrations républicaine et démocrate, en parlant de Netanyahu en utilisant son surnom.
Mais le dirigeant israélien est toujours en mauvaise posture dans son pays, à commencer par le risque que certains de ses ministres d’extrême droite, membres de la coalition gouvernementale, quittent le gouvernement à cause des concessions qu’il a acceptées.
Par ailleurs, Trump a su rallier le soutien des principaux États du Moyen-Orient, en particulier du Qatar et de la Turquie, pour convaincre le Hamas d’abandonner son opposition sur certaines questions, comme la libération d’otages israéliens, morts et vivants, en début de processus, et non comme monnaie d’échange plus tard.
Le Qatar, qui abrite la plus importante base militaire américaine au Moyen-Orient, s’est rapproché de Trump sur la question de l’amélioration de la sécurité et des relations commerciales depuis sa prise de fonctions en janvier dernier. Fin septembre, depuis la Maison Blanche, Trump a appelé le Premier ministre qatari et il lui a passé Netanyahu en lui demandant de s’excuser de la frappe à Doha.
Trump a par ailleurs approfondi ses relations avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, intéressé par l’achat d’armes américaines perfectionnées, et il lui a demandé de faire en sorte que le Hamas accepte l’accord.
Connu pour son amour du faste et des cérémonies, Trump semblait prêt à se rendre en Israël ce week-end, au moment où, peu ou prou, les otages devaient être libérés. Netanyahu lui a proposé de prendre la parole devant le parlement israélien.
Malgré tout, des détails de la première phase du plan Trump restent en suspens, notamment la liste définitive des prisonniers palestiniens qu’Israël libérera en échange des 20 otages vivants et d’environ 28 morts.
Des questions de plus long terme sur l’avenir de Gaza restent également en suspens. Il s’agit notamment de savoir si le Hamas – qui a commencé la guerre en attaquant Israël le 7 octobre 2023 – serait autorisé à participer à la gouvernance de Gaza, ce que Trump et Netanyahu refusent catégoriquement, ainsi que la manière de reconstruire le territoire et les moyens de la financer.
La difficile quête de la paix au Moyen-Orient aura été le fardeau de tous les présidents américains, de Jimmy Carter à Biden. Mais certains analystes entrevoient l’espoir d’une cessation de la dernière vague d’hostilités.
« Il semble y avoir une vraie impulsion », estime Jonathan Alterman du think tank Center for Strategic and International Studies, à Washington.
« Mais c’est une erreur de penser que tout cela est résolu. Les semaines à venir nous réservent encore des moments difficiles.
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