Un an après le cessez-le-feu avec le Hezbollah, les Israéliens du nord vivent toujours dans la peur
Après l'assassinat par Tsahal cette semaine du chef du Hezbollah Haytham Ali Tabatabai, les habitants de la communauté frontalière d'Avivim attendent avec inquiétude des "représailles"
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

AVIVIM — Mercredi matin, dans cette communauté frontalière du Liban, alors que 20 enfants de maternelle chantent pendant un cours de musique, l’enseignante Tsila Yakuti s’absente quelques minutes pour s’entretenir avec le Times of Israel dans la cour de l’école, pleine de couleurs.
« Les enfants vont bien. Ils ne sont pas vraiment anxieux », confie Yakuti, debout près d’un tipi en bois et d’un potager où poussent des laitues d’un violet pâle. « Ils sont habitués à la situation. Mais ils posent des questions à chaque fois qu’ils entendent un bruit un peu fort et à chaque explosion. »
Les enfants de cette communauté agricole située au sommet d’une colline participent régulièrement à des exercices durant lesquels ils s’entraînent à courir se réfugier dans l’abri anti-aérien du bâtiment. Une procédure qu’ils devront suivre en cas de tir de missiles ou de roquettes depuis le Liban, dont la frontière se trouve à quelques pas de la clôture qui entoure Avivim, précise Yakuti.
« J’enseigne ici depuis 30 ans », souligne-t-elle. « Et c’est la première fois que l’idée de venir travailler me fait peur. »
Elle s’interrompt un instant pour offrir à son invité un sfinj, ce beignet marocain fait en prévision des prochaines fêtes de Hanukkah.
L’hospitalité chaleureuse des Yakuti et leur peur diffuse sont typiques de cette ville frontalière peuplée de 500 habitants, en difficulté depuis l’assassinat par Israël du chef militaire du Hezbollah, Haytham Ali Tabatabai, le 23 novembre dernier.
L’armée israélienne se prépare à d’éventuelles représailles de la part de l’organisation terroriste soutenue par l’Iran. Même si aucun changement officiel n’a été apporté aux directives destinées aux civils, les habitants disent redouter la riposte.
La visite du Times of Israel a lieu la veille du premier anniversaire du cessez-le-feu conclu en novembre 2024 avec le groupe terroriste, après plus d’un an d’une guerre qui a fortement endommagé une grande partie du nord d’Israël et l’a vidé de ses habitants.
Les habitants d’Avivim font partie des 60 000 personnes issues de 32 communautés du nord d’Israël évacuées à partir du 8 octobre 2023, lorsque le Hezbollah et ses alliés ont commencé à tirer sur Israël, en solidarité avec le Hamas.
La veille, des milliers de terroristes dirigés par le Hamas avaient envahi le sud d’Israël pour y tuer plus de 1 200 personnes, essentiellement des civils, et faire 251 otages, emmenés de force vers la bande de Gaza.
Près de 70 % des habitants déplacés d’Avivim sont revenus, explique Shmulik Menachem, membre du comité des habitants. La quasi-totalité des maisons ont été endommagées, à l’instar des bâtiments communautaires et des infrastructures. De nombreux poulaillers, pêchers et pruniers ont été touchés. Le chai d’Avivim a été détruit.
Mercredi, sous un ciel dégagé, des ouvriers réparent la bibliothèque, restaurent des maisons et construisent de nouveaux abris anti-aériens. Dans l’air flotte encore l’odeur des incendies causés par des tirs de roquette du Hezbollah, et des éclats de verre jonchent encore le sol.
Dans le nord, les combats ont donné lieu à des attaques quotidiennes et aveugles du Hezbollah contre les communautés proches de la frontière, et parfois plus au sud, ce qui a entraîné des représailles de la part de l’État juif.
Le conflit latent a éclaté en septembre 2024, lorsqu’Israël a décimé les instances dirigeantes du groupe terroriste et mené une offensive terrestre circonscrite au Sud-Liban, alors que les tirs s’intensifiaient dans le nord.
En l’espace de 13 mois, ces attaques ont coûté la vie à 46 civils et 83 soldats israéliens, sans compter les centaines de blessés.
« La trêve entre les combats »
La guerre a connu une accalmie grâce à un cessez-le-feu temporaire, le 27 novembre 2024, suivi d’un accord de cessez-le-feu, en février 2025. Depuis, Israël a mené des attaques sporadiques contre ce qu’il qualifie de membres du Hezbollah dans le sud-Liban et laissé des soldats en cinq endroits stratégiques au niveau de la frontière, afin d’empêcher la reconstitution d’une base militaire par le groupe terroriste le long de la frontière.
Toutefois, selon Tal Beeri, directeur de recherche à l’Alma Research and Education Center, « le Hezbollah agit comme s’il était en train de se reconstituer ».
D’après les estimations du centre, le Hezbollah dispose encore, dans son arsenal, de plus de 20 000 roquettes et drones. Selon Beeri, le groupe terroriste fabrique en ce moment-même des armes en profitant de cette période que les membres de l’Alma Center qualifient de « ‘trêve’ entre les ‘combats' ».
« Le Hezbollah est toujours en capacité de mener des attaques ciblées contre Israël », affirme Beeri. « Mais nous ignorons tout de ce qui va se passer. »
Lian Biton se trouve devant l’épicerie Avivim, le point de rencontre de la communauté, tandis qu’un parent, Yitzhak Peretz, écoute de la musique sur un petit transistor.
« Nous sommes tous inquiets », confie Biton alors que sa fille, Iscah, mange une glace. « Nous, civils, sommes des boucliers humains. »
Après avoir vécu dans un hôtel à Tibériade pendant 16 mois, elle et d’autres résidents sont revenus vivre à Avivim lorsque le cessez-le-feu de février est entré en vigueur.
Peu de temps avant cela, en décembre 2024, le ministère de la Défense et le commandement du front intérieur avaient signé un accord avec le ministère des Finances pour construire des abris anti-aériens privés dans des localités situées jusqu’à cinq kilomètres de la frontière libanaise, dans le cadre d’un projet baptisé Bouclier du Nord.
À l’intérieur de ces zones, les riverains sont supposés se mettre immédiatement à l’abri dès qu’une sirène signale l’arrivée d’une roquette.
En attendant que leur abri anti-aérien soit terminé, Biton explique que l’abri de quartier le plus proche se trouve à six minutes de marche de chez elle.
« Comment faire pour courir là-bas avec mes quatre filles, âgées de neuf, six, quatre et deux ans ? » interroge-t-elle. « Nombre de mes voisins sont en panique. J’ai une valise prête, au cas où. »
Les parents ne laissent pas leurs enfants se rendre seuls au terrain de jeu.
« Nous ne savons pas de quelle manière le Hezbollah va réagir, mais nous savons qu’ils vont se venger », assure M. Biton.
Sur sa terrasse, à l’arrière de la maison qu’elle partage avec son mari, David, et leurs trois enfants, Limor Biton (aucun lien de parenté avec Lian Biton) montre du doigt le village de Bint Jbeil, un bastion du Hezbollah, au sommet d’une colline voisine.
Même si elle avait entendu le Hezbollah « creuser des tunnels tout à côté, nous n’avions pas vraiment peur avant le 7 octobre », concède Limor Biton.
Et alors même que l’armée israélienne dynamite ces tunnels, elle ajoute : « J’ai toujours peur des infiltrations. Dans 20 minutes, les terroristes peuvent être parmi nous. »
Les fenêtres de sa maison ont explosé lorsqu’une roquette est tombée sur la maison voisine de la sienne, pendant la guerre. Avant que la famille ne revienne y vivre, après l’évacuation, ils ont dû réparer les « dégâts des rongeurs et des insectes, et nettoyer les moisissures », explique-t-elle.
« Nous sommes rentrés chez nous, mais nous ne sommes pas vraiment rentrés », souligne Limor Biton en ajoutant que même avec ce nouvel abri anti-aérien, ils vivent « dans la peur. »
Son fils, âgé de 16 ans, se rend chaque jour au lycée dans le kibboutz Sasa voisin en passant le long de la clôture frontalière.
« Ils ont tous peur de passer par la frontière », explique-t-elle en revenant sur l’attaque d’un bus scolaire, en 1970, par les terroristes du Front populaire de libération de la Palestine qui avaient tué huit enfants et trois adultes.
« Je dis à mon fils de ne pas avoir peur, mais notre corps nous trahit », conclut-elle. « Nous n’avons pas d’alternative. »
... alors c’est le moment d'agir ! Le Times of Israël vous fournit chaque jour les informations qui vous intéressent. Qu'il s'agisse de la politique, de la high-tech en Israël, de l'enseignement de la Shoah, des Juifs de Diaspora ou bien encore de l'archéologie, de la culture et de l'environnement en Israël : nous tâchons toujours de couvrir un large spectre des sujets qui vous concernent, alors si vous le pouvez, aidez-nous à continuer à vous offrir ce contenu de qualité indispensable, surtout depuis le 7-Octobre.
la Communauté du Times of Israël !







