Un ex-employé du département d’État accuse Huckabee d’usurper l’« America First » de Trump
L'ancien attaché de presse assure que l'ambassadeur et les assistants de Rubio l'ont évincé pour avoir proposé des arguments conformes à la politique de l'administration sur Gaza
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Un attaché de presse du département d’État américain récemment licencié a affirmé que l’ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee, et son conseiller principal détournaient la politique de l’administration Trump sur Israël, l’éloignant du principe d’« America First ».
Shahed Ghoreishi a été démis de ses fonctions d’attaché de presse pour les affaires israélo-palestiniennes au tout début du mois après, a-t-il dit, trois incidents relatifs à la préparation de mémos et de déclarations au sein du département d’État – des notes dans lesquelles son verbatim s’est avéré être différent de celui de l’ambassade américaine à Jérusalem et de plusieurs conseillers du Secrétaire d’État américain Marco Rubio.
Les divergences d’opinion ne semblaient pas majeures, à l’époque, et Ghoreishi avait fait savoir au Times of Israel, le temps d’une interview, qu’il s’était borné à proposer des déclarations conformes aux propos tenus par le président américain, Donald Trump.
Mais le 17 août dernier, l’homme a été limogé sans ménagement, ce qui, selon Ghoreishi, pourrait dissuader d’autres membres de l’administration d’envisager, même en interne, de présenter des positions différentes de celles de l’ambassade.
Le Times of Israel a contacté à la fois le département d’État et l’ambassade des États-Unis à Jérusalem pour leur proposer de répondre à certaines affirmations de Ghoreishi, une offre qui a été déclinée.
La semaine dernière, de son côté, le porte-parole adjoint du département d’État, Tommy Pigot, a déclaré dans un communiqué : « Nous ne commentons pas les courriels ou les allégations divulgués. Les employés fédéraux ne devraient jamais faire passer leurs idées politiques personnelles avant celles du président légitimement élu. »
Ghoreishi avait été recruté par le département d’État l’an dernier, lors des tout derniers mois de l’administration Biden, en qualité d’attaché de presse pour le Liban et la Jordanie.
Suite à la prise de fonctions de Trump dans le Bureau ovale, il s’était vu confier les affaires israélo-palestiniennes, un poste sensible qui, selon lui, témoignait de son excellente réputation au sein du département, tant parmi les diplomates de carrière que parmi les personnels plus politiques.
Trois différends
Ghoreishi ne s’est pas vu exposer les motifs de son licenciement, survenu moins d’une semaine après trois journées consécutives de différends avec d’autres membres du département d’État.
Le premier différend avait eu lieu le 10 août dernier – le jour où Ghoreishi avait rédigé une déclaration où il déplorait « la mort de journalistes » et où il présentait « des condoléances à leurs familles » au nom de l’institution, un communiqué qui avait été émis dans le sillage d’une frappe israélienne qui avait entraîné la mort d’un journaliste d’Al Jazeera, Anas al-Sharif, ainsi que de cinq autres professionnels des médias qui s’étaient réfugiés sous une tente, à Gaza City.
Ghoreishi avait fait valoir qu’il s’agissait ni plus ni moins que d’un témoignage normal de sympathie en ces circonstances – mais sa proposition avait été refusée par le département d’État, au motif que les États-Unis devaient établir dans quelle mesure les personnes ciblées étaient impliquées dans des activités terroristes avant de publier une telle déclaration.
Selon Israël, Sharif était un homme du Hamas, tout comme les autres personnes visées. L’État juif n’en a toutefois pas encore apporté la preuve à ce stade.
Le lendemain, Ghoreishi avait rédigé un projet de déclaration en réponse à des informations qui laissaient entendre qu’Israël était en pourparlers avec le Sud-Soudan pour que ce dernier accueille des réfugiés de Gaza. Son projet disait en substance : « Nous ne sommes pas favorables au déplacement forcé des Palestiniens de Gaza. »
Au mois de février dernier, Trump avait dévoilé un projet prévoyant que les États-Unis prendraient le contrôle de Gaza, déplaçant les habitants de la bande. Mais il a depuis fait preuve de plus de prudence dans ses propos, affirmant – comme l’envoyé spécial américain Steve Witkoff – que Washington n’était pas favorable à l’expulsion des Palestiniens.
Malgré cela, explique Ghoreishi, le département d’État n’avait pas donné suite à son projet de communiqué du 11 août.
Le lendemain, Ghoreishi avait fait disparaitre une référence à la Judée-Samarie que le conseiller principal de Huckabee, David Milstein, avait insérée dans les directives internes concernant la presse.
Conseiller principal de l’ambassadeur américain Mike Huckabee en Israël, David Milstein se serait souvent opposé à Ghoreishi sur le plan professionnel, intervenant fréquemment dans les affaires du département d’État pour défendre Israël, a estimé le Washington Post.
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Selon l’ex-attaché de presse du département d’État, seul Huckabee – contrairement à d’autres hauts responsables de l’administration – avait l’habitude de faire allusion à la Cisjordanie en utilisant pour ce faire son nom biblique, ce qui a pour effet de faire disparaitre tout lien des Palestiniens avec ce territoire et d’irriter les partenaires des États-Unis dans la région – raisons qui l’avaient amené à supprimer ce terme.
Le verbatim final de Ghoreishi avait été maintenu, mais il avait perdu son poste au département d’État quelques jours plus tard.
« De vrais militants politiques »
Ghoreishi estime que c’est Milstein qui a signalé ces trois incidents.
« C’est cette accumulation… et le désir [de Milstein] de s’imposer sur la question de la communication du département d’État qui ont conduit à mon licenciement », estime-t-il.
Milstein, qui n’a pas donné suite à une demande de commentaire, n’est pas un nouveau-venu dans la sphère de Trump. Il avait en effet été assistant spécial du premier ambassadeur de Trump en Israël, David Friedman, et avant cela, il avait été l’assistant législatif du sénateur républicain Ted Cruz. Il est par ailleurs le gendre de l’animateur de Fox News, Mark Levin, un proche de Trump et du Premier ministre Benjamin Netanyahu.
« Je ne crois pas que lui ou qui que ce soit à l’ambassade de Jérusalem ait apprécié les garde-fous minimaux que je m’appliquais à respecter », poursuit Ghoreishi, qui se dit déçu que Milstein « suive la ligne israélienne à tout moment ».
« J’ai un problème avec le fait de suivre systématiquement Israël chaque fois que quelque chose se passe à Gaza ou en Cisjordanie, parce qu’il doit s’agir de faire passer les intérêts américains avant tout. De temps à autres, on peut être en phase avec [Israël], mais il nous faut compter sur nos propres ressources, sur nos propres intérêts, et faire passer l’Amérique en premier », ajoute-t-il. « Je ne pense pas que ce soit l’opinion de David Milstein. »
Le jour même de l’interview, soit lundi dernier, le département d’État a diffusé un communiqué à l’intention des journalistes affirmant qu’il leur appartenait de se tourner vers Israël pour obtenir des informations sur la frappe qui avait pris pour cible l’hôpital Nasser de Khan Younès qui, dans la journée, avait tué 20 personnes, dont des secouristes et cinq journalistes.
Ghoreishi refuse qu’on voie en lui un militant aux motivations politiques et assure que, si cela avait été le cas, il aurait été licencié beaucoup plus tôt.
Il affirme que Huckabee et Milstein sont les « vrais activistes politiques », soutenus par les « néoconservateurs dociles » qui conseillent Rubio.
Ghoreishi refuse de donner davantage d’informations sur ces personnes, si ce n’est qu’elles ont été employées par la Heritage Foundation, un institut politique conservateur qui fait office de fusible. Deux des principaux conseillers de Rubio – Michael Needham et Dan Holler – y auraient travaillé.
De son côté, Ghoreishi a travaillé pour des groupes progressistes de Washington spécialisés dans la politique étrangère, notoirement défavorables à l’intervention américaine en politique étrangère, comme Win Without War ou le National Iranian American Council [NDLT : Conseil national irano-américain], très favorable à l’accord nucléaire iranien dont Trump s’était retiré en 2018.
« Inspiré par le président Trump »
Bien que Huckabee soit le seul membre des autorités américaines à faire un usage officiel du terme Judée et Samarie, il n’est pas isolé au sein de l’administration Trump sur la ligne du soutien total à Israël contre le Hamas.
Trump lui-même s’est déclaré favorable à ce qu’Israël « finisse le travail » contre le Hamas, quitte à refuser l’accord de cessez-le-feu et de libération des otages pourtant accepté par l’organisation terroriste, le 18 août dernier.
Ghoreishi affirme que Trump a, à maintes reprises, parlé – que ce soit pendant la campagne ou depuis sa prise de fonctions – de la nécessité de mettre fin aux guerres, y compris à celle de Gaza.
« Je me suis personnellement inspiré du discours du président Trump de mai dernier, en Arabie saoudite, lorsqu’il a déclaré que l’ère des « bâtisseurs de nations et des néoconservateurs » était terminée et qu’il souhaitait dessiner des perspectives de paix de long-terme », confie-t-il avant d’ajouter que Trump n’a pas avalisé les propos tenus par Netanyahu qui laissait entendre qu’il n’y avait pas de famine à Gaza.
« Ce n’est pas ce que dit l’ambassadeur Huckabee. Il rejette l’idée que les gens meurent de faim à Gaza. Dans ce cas-là, qui est l’activiste ? questionne Ghoreishi.
« Avec de pareils militants autour de [Trump] – que ce soit au plus haut niveau de l’ambassade de Jérusalem ou autour du Secrétaire Rubio, avec ces types de la Heritage Foundation – il est difficile d’avancer », affirme Ghoreishi.
« On peut considérer que [mon licenciement] était inévitable, mais je crois que ce que j’ai fait et écrit était fidèle aux intérêts américains, à ce sur quoi les experts en la matière du département d’État s’étaient accordés et à la politique America First de l’administration », ajoute-t-il.
« Tout le monde se doute bien que quand le président Trump remporte une élection, c’est à son équipe que revient d’élaborer sa politique », admet Ghoreishi, non sans rappeler que son travail consistait à faire en sorte de maintenir des « garde-fous » que Huckabee et Milstein ont « fait exploser ».
Un membre des autorités américaines a déclaré au Times of Israel que Milstein avait, à plusieurs reprises, tenté de corriger les projets de déclarations de presse au mépris de la procédure de validation en vigueur au département d’État.
Lorsqu’on lui a demandé si Milstein agissait sur ordre de Huckabee, Ghoreishi a déclaré qu’il avait entendu des informations contradictoires de la part de ses collègues et qu’il n’en était pas certain.
S’agissant de Huckabee, il rappelle qu’il ne lui appartient pas d’établir le programme politique mais de mettre en œuvre celui de Trump.
Au final, Ghoreishi est convaincu que son licenciement a « vocation à envoyer un message fort ».
« Il est désormais nettement moins probable que mes ex-collègues puissent maintenir des garde-fous en matière de communication sur Israël », conclut-il.
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