Un ex-otage dit avoir convaincu ses geôliers du Hamas de ne pas le tuer
Yosef-Haïm Ohana raconte qu'un terroriste a pointé son arme sur sa tête et demandé aux otages de choisir qui parmi eux serait tué ou blessé et décrit les coups reçus dans les tunnels
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L’ancien otage Yosef-Haim Ohana, libéré le 13 octobre après plus de deux ans de captivité par le Hamas à Gaza, a décrit dans sa première interview depuis sa libération les difficultés qu’il rencontre pour s’adapter à la liberté et a raconté comment il lui arrivait parfois de penser que la mort était préférable à une vie passée dans les conditions difficiles des tunnels du groupe terroriste.
Ohana s’est exprimé dans une interview approfondie diffusée mardi soir sur la chaîne N12, dans laquelle il a décrit son enlèvement lors du festival de musique Nova le matin du 7 octobre 2023, son expérience en tant qu’otage pendant deux ans et sa libération.
« La libération n’est pas totale, elle est toujours en cours », a-t-il déclaré à Amit Segal de la chaîne N12. « On ne redevient pas un homme libre en un jour après qu’ils vous ont tout pris, y compris la capacité de penser de manière logique et claire. Je dois apprendre à être libre, je dois apprendre à prendre mes propres décisions. »
Il a ajouté qu’il avait rêvé d’être libéré tout au long de sa captivité, mais que lorsque le moment est venu, il « ne savait pas comment être vraiment heureux. L’âme ne s’adapte pas si rapidement après deux ans passés à bloquer ses émotions. J’étais heureux mentalement, mais pas émotionnellement. »
Une autre pensée récurrente pendant sa captivité, a-t-il confié, était de savoir s’il préférait « rester prisonnier là-bas pour le reste de ma vie, avec toutes ces tortures, ou que ce cauchemar se termine. Je n’ai jamais trouvé de réponse, mais il y a eu des moments où je voulais que cela s’arrête ».
Dans un aperçu de l’interview diffusée lundi, Ohana a expliqué comment il avait convaincu les terroristes du Hamas de ne pas le tuer pendant sa captivité en leur disant qu’il était « une carte importante » et en leur rappelant qu’ils obtiendraient moins de prisonniers palestiniens libérés en échange de sa dépouille.
Enlevé au festival Nova
Ohana est revenu sur les instants de sa capture et a expliqué que le festival de musique Nova, où il a été enlevé, n’était pas son lieu de prédilection, car il préférait les petites fêtes avec des gens qu’il connaissait.
Cette fois-ci, cependant, il avait accepté d’y aller et il est arrivé avec ses amis à 2 heures du matin le 7 octobre 2023.
« C’était magnifique », a-t-il déclaré. « Nous sommes arrivés à la fête, et il y avait tellement de gens que j’aimais et que je connaissais. Il y avait de la bonne musique et une bonne ambiance. »
Ohana et ses amis ont profité du festival pendant environ quatre heures avant que le Hamas ne lance son attaque surprise massive, mais lorsque les terroristes sont arrivés et ont commencé à tirer sur les festivaliers, le groupe ne s’est pas enfui immédiatement.
« Cela ne nous a pas traversé l’esprit » de fuir, a expliqué Ohana, qui est ambulancier.
Au lieu de cela, lui et ses amis ont continué à courir dans tous les sens pour essayer de sauver autant de blessés que possible, mais il a perdu contact avec ses amis à un carrefour où ils se disputaient avec la police qui essayait de les empêcher de retourner chercher d’autres blessés.
« La police nous a dit que nous les gênions, et nous leur avons répondu : ‘Vous vous trompez. L’ennemi est de l’autre côté, et nous venons juste d’amener des blessés de là-bas’ », s’est souvenu Ohana.
Alors qu’ils discutaient entre eux, ils ont vu arriver un gros véhicule transportant des personnes armées et ont d’abord pensé qu’il s’agissait de forces israéliennes, jusqu’à ce que les terroristes ouvrent le feu et que la police riposte. C’est à ce moment-là qu’Ohana a perdu de vue ses amis.
Sa voiture a explosé quelques instants plus tard, alors il a couru vers une autre, qui a été touchée par un lance-roquettes. Ohana a continué à courir jusqu’à ce que quelqu’un l’appelle pour se cacher sous un buisson avec environ sept autres personnes.
« Les tirs sont devenus plus intenses autour de nous, et j’ai cru à tort que beaucoup de temps s’était écoulé depuis l’invasion [du Hamas]. Nous avions déjà entendu à la radio que l’information était connue, alors j’ai pensé que [l’armée israélienne] avait repris ses esprits et que les tirs provenaient de l’armée. Je n’imaginais pas que ce n’était que leurs tirs », a déclaré Ohana.
Après s’être cachés quelque temps dans les buissons, Ohana a déclaré que les autres avaient été découverts par les terroristes du Hamas, qui ont commencé à leur tirer dessus à bout portant.
« C’était la première fois que j’identifiais un sentiment que j’ai souvent éprouvé au cours des deux dernières années : bon, c’est fini, c’est terminé », a déclaré Ohana. « Je ne savais même pas si j’étais vivant, et j’ai osé ouvrir les yeux un instant, et [les terroristes] étaient toujours là, en train de me regarder. »
Il est la seule personne cachée dans ces buissons à ne pas avoir été assassinée. Tandis que les terroristes s’assuraient que les autres étaient bien morts, Ohana a été sorti de sa cachette et pris en otage. Il a dit à Segal qu’il ne savait pas pourquoi ils avaient choisi de le laisser en vie.
« Tout le monde autour de moi était habillé, et j’étais torse nu. Peut-être que le fait que je sois déshabillé leur a donné l’impression que j’étais vulnérable. C’est peut-être ce qui les a poussés à m’emmener », a-t-il supposé.
Quoi qu’il en soit, Ohana a déclaré qu’il ne savait pas à ce moment-là qu’il était pris en otage.
« Je pensais qu’ils m’emmenaient peut-être comme cadeau pour leurs chefs afin qu’ils me tuent, mais je n’ai pas pensé un seul instant : ‘Bon, je suis un otage’. Je souffrais de ressentir que j’allais mourir à tout moment. Ils m’ont posé des questions, se sont intéressés à moi. J’avais l’impression qu’ils s’amusaient vraiment à jouer avec moi », a-t-il déclaré.
Ohana a ensuite été menotté aussi serré que possible avec les menottes d’un policier, mais les clés avaient été laissées derrière, et Ohana a dit qu’il avait peur de perdre sa main.
« Ma main était vraiment enflée, et tout ce qui m’importait, c’était le moment où ils ont dit : ‘Bon, on ne peut pas ouvrir les menottes, on va te couper la main », et je suis passé de les supplier de retirer les menottes à ‘non, s’il vous plaît, ne me coupez pas la main’ », a raconté Ohana.
Même si son visage était couvert pendant le trajet vers Gaza, il pouvait encore voir un peu, et une image qu’il dit ne pas pouvoir oublier est « quand nous avons franchi la porte, la porte principale qui venait de s’ouvrir, et qu’il y avait des gens assis sur les clôtures, presque comme à la fin d’une course. Nous arrivions, et tout le monde nous acclamait ».
Peu après son arrivée dans l’enclave, on lui a dit qu’il était otage et on lui a donné de la nourriture et de l’eau, a raconté Ohana, décrivant sa première période de captivité comme la plus difficile physiquement.
De maison en maison, puis dans les tunnels du Hamas
« Nous sommes simplement passés de maison en maison jusqu’à ce que [l’armée israélienne] commence à bombarder, puis nous avons couru dans les rues sans savoir où aller, sans plan, juste à la recherche de quelqu’un pour nous aider », a-t-il déclaré, ajoutant que ses ravisseurs étaient très désorganisés pendant les premiers mois.
Ohana se souvient qu’à une occasion, ils ont reçu le signal de quitter la maison où ils se trouvaient, et celle-ci a été pulvérisée quelques instants après leur départ.
La plus longue période de captivité d’Ohana dans un tunnel a duré 11 mois. Il a été séquestré en compagnie de l’ancien otage Ohad Ben Ami, qu’il décrit comme « un ami et un père » pour lui, et plusieurs autres personnes qu’il n’a pas nommées.
Le groupe retenu dans ce tunnel a été fou de joie lorsque Ben Ami a été libéré en février dans le cadre d’un accord de cessez-le-feu, s’est souvenu Ohana, soulignant qu’une vidéo diffusée en mars par le Hamas, dans laquelle lui et son compagnon d’infortune Elkana Bohbot s’adressaient à Ben Ami, avait été entièrement mise en scène par leurs ravisseurs.
Dans la vidéo, Ohana et Bohbot évoquaient les conditions terribles dans lesquelles ils vivaient et demandaient à Ben Ami de raconter leur calvaire au peuple israélien. Si l’ensemble de la vidéo était scénarisé, Ohana a précisé que la partie où ils s’adressaient à Ben Ami avait été filmée à plusieurs reprises, car leurs ravisseurs n’étaient pas satisfaits de leur performance, à lui et à Bohbot.
Même si tout le monde savait que les vidéos des otages envoyées par le Hamas à leurs familles relevaient de la guerre psychologique, Ohana a déclaré que les otages étaient tout de même prêts à les réaliser, car cela permettait à leurs familles de savoir qu’ils étaient en vie.
Interrogé sur ce qu’ils avaient fait pendant 11 mois dans le tunnel, Ohana a répondu à Segal qu’ils avaient dû s’habituer à ne rien faire. Finalement, a-t-il dit, le groupe avait créé une blague récurrente où un otage demandait à un autre ce qu’il faisait alors qu’il jouait sans but avec un morceau de tissu ou autre chose, et l’autre répondait : « Ai-je quelque chose de mieux à faire ? »
La quantité de nourriture que les otages recevaient dépendait fortement de l’arrivée de l’aide à Gaza et de l’humeur de leurs geôliers, a déclaré Ohana, ajoutant que l’incertitude concernant la nourriture était l’un des éléments qu’il trouvait les plus traumatisants.
Le peu de nourriture qu’ils recevaient était souvent couverte de vers, a-t-il déclaré, et même lorsqu’on leur donnait des aliments frais et chauds, ils les mettaient généralement de côté au cas où ils auraient faim plus tard. Ils ont ensuite décidé de manger leur nourriture tant qu’elle était encore chaude afin de lutter contre leur traumatisme.
Ohana a expliqué à Segal que les otages se sentaient comme des rats de laboratoire, car leurs ravisseurs faisaient clignoter des lumières pour signaler à l’un d’entre eux de venir chercher la nourriture lorsqu’elle leur était donnée, ce qui soulevait la question « très importante » de savoir qui allait la chercher.
« Vous vous demandez qui a les meilleures relations avec eux et la capacité d’obtenir un petit quelque chose de plus de leur part ? Qui a le courage de demander plus ? », a déclaré Ohana, ajoutant qu’ils avaient tous ce courage et chacun avait sa propre stratégie.
« Dans le premier lieu où j’ai été retenu captif, un homme irrité est brusquement entré dans la pièce, a sorti son arme, l’a pointée sur ma tête et m’a demandé : ‘Dis-moi combien de personnes tu as tuées ? Maintenant, je vais te tuer’ », raconte Ohana.
« Je lui ai répondu : ‘Zéro, zéro, je n’ai tué personne.’ Il m’a alors répondu : ‘Oh, toi aussi tu me mens’, et s’apprêtait à me tirer dessus », poursuit Ohana.
« C’est alors qu’un cheikh est arrivé, lui a saisi le bras et l’a tiré en lui disant : ‘Pas maintenant.’ »
Ohana a expliqué qu’il était parfois « spontanément » tabassé par ses geôliers, mais aussi lors de séances « organisées », au cours desquelles les terroristes disaient aux otages : « Votre pays a fait ceci ou cela, et maintenant nous nous vengeons. »
« Ils nous ont fait choisir lequel d’entre nous serait tué ou simplement blessé. Ils ont lancé un tirage au sort pour nous », ajoute-t-il, décrivant les violences psychologiques infligées par leurs bourreaux.
Interrogé sur la manière dont ils étaient traités en général, Ohana a déclaré qu’il était clair que les terroristes appréciaient d’avoir des prisonniers qu’ils pouvaient contrôler.
« C’était ce dont ils avaient toujours rêvé, avoir des prisonniers sur lesquels ils pouvaient faire tout ce qu’ils voulaient. ‘Votre État a fait telle ou telle chose, alors maintenant nous nous vengeons.’ Ils nous ont fait choisir entre nous qui serait tué et qui serait seulement blessé. Ils ont tiré au sort. »
« Ils ont reçu un ordre et nous avons vu des lampes torches s’approcher, nous leur avons dit bonjour, et ils ont commencé à nous frapper. Ils nous ont alignés contre un mur, nous ont retiré nos tee-shirts et nous ont battus », poursuit-il.
« Depuis ce jour, nous avons appelé cela ‘les lampes arrivent’. Et chaque fois que nous voyions des lampes, nous étions pris de panique. Personne ne savait où aller. ‘Dois-je rester debout ? Dois-je m’asseoir ? Qui sera le premier à encaisser le coup ?’ Nous voulions nous réfugier le plus loin possible à l’intérieur, mais nous avons alors réalisé que cela serait mal vu et que nous devions nous répartir dans toute la pièce », explique Ohana.
Il a raconté comment il avait convaincu ses geôliers de ne pas le tuer en « utilisant leur logique », sachant qu’il était un « atout important » pour le groupe terroriste.
Il raconte notamment avoir dit à l’un de ses bourreaux qui s’apprêtait à le tuer : « Quoi, tu vas te venger sur moi pour satisfaire ton peuple, mais qu’en est-il des prisonniers qui attendent d’être libérés contre moi, pour revoir leur famille ? Si je meurs, moins de prisonniers seront libérés. »
Segal a demandé à Ohana de répéter ce qu’il avait dit au terroriste en arabe, mais après avoir essayé, l’ancien otage s’est rendu compte qu’il ne pouvait pas se résoudre à parler cette langue, car cela lui rappelait trop de souvenirs douloureux et qu’il préférait parler uniquement hébreu.
Il a déclaré avoir passé ses deux derniers mois de captivité seul et n’avoir parlé qu’arabe, car l’un de ses ravisseurs lui avait enseigné cette langue afin qu’il puisse lire le Coran qui lui avait été donné dans le cadre de nombreuses tentatives pour le convertir à l’islam.
Son enfance passée dans les milieux Habad l’a aidé à savoir comment parler aux ravisseurs qui tentaient de le convertir, mais cela l’a également aidé à rester ancré dans son judaïsme, a déclaré Ohana à Segal, ajoutant qu’il parlait à Dieu tous les jours.
« J’avais toujours des choses dont j’avais besoin de parler, et je n’avais pas toujours quelqu’un à qui m’adresser, même si j’étais avec d’autres personnes », a-t-il déclaré.
Une autre chose qui a aidé Ohana au cours des deux dernières années était la musique, a-t-il déclaré, citant deux chansons auxquelles il s’était particulièrement attaché. La première était la chanson thème en hébreu de la série télévisée « Les Aventures de Pinocchio », qui commence par « Bonjour, le monde. Comme il est bon de vivre et d’être un garçon qui aime le monde et que le monde l’aime. »
L’autre chanson était « Hakohav Haz’eh Met » (Cette étoile est morte) de Daniela Spector, qu’il chantait pour lui-même chaque fois qu’il pensait qu’il allait mourir.
« La chanson dit que même lorsque nous ne sommes plus là, notre lumière continue d’exister. Elle m’a fait comprendre que tout ne s’arrêtait pas là. Mon corps disparaîtrait, mais je continuerais d’exister », a-t-il déclaré, retenant ses larmes tandis que Segal lui jouait la chanson pour la première fois depuis sa libération.
Ohana a cru qu’il allait mourir lors du sauvetage de Noa Argamani, Shlomi Ziv, Almog Meir Jan et Andrey Kozlov en juin 2024, qui s’est déroulé tout près de l’endroit où il était détenu à l’époque avec Segev Kalfon et Maksim Herkin.
« Nous avons tout entendu », a-t-il déclaré. « Nous avons entendu les hélicoptères au-dessus de nous, et ils avaient peur. »
Quelques jours seulement après ce sauvetage, les trois otages ont été emmenés sous terre où ils sont restés jusqu’à leur libération.
Au sujet de sa libération, Ohana a raconté que « le moment le plus fou a été lorsque nous étions dans le convoi de la Croix-Rouge, avec une jeep de l’armée israélienne devant que nous suivions, et puis soudain, il y avait des soldats qui se tenaient là et qui nous acclamaient. Pour la première fois en deux ans, au lieu d’entendre des choses négatives sur les soldats, je les vois et je les vois me saluer. »
En fin de compte, Ohana a déclaré qu’il savait que sa prise en otage n’était pas personnelle, mais qu’elle était due au fait qu’il était un Israélien juif.
« Cela m’a aidé à comprendre que je fais partie de quelque chose de plus grand, de beaucoup plus puissant. Ces deux années ne sont qu’une petite partie de l’histoire de 77 ans de lutte pour notre patrie, et je suis heureux d’y avoir participé. Je ne regrette rien de ce que j’ai fait », a-t-il déclaré.
« Il y a une chose que je n’ai pas oubliée. Je n’ai pas oublié ce qu’était l’amour, et quand je suis revenu et que j’ai retrouvé mes amis, ma famille et toutes les personnes qui étaient heureuses de ma libération, j’ai compris pourquoi je n’avais pas oublié. »
Ohana a été enlevé lors du festival de musique Supernova, le 7 octobre 2023, pendant le massacre perpétré par le Hamas dans le sud d’Israël, au cours duquel plus de 1 200 personnes, pour la plupart des civils, ont été tuées et 251 otages ont été enlevés et emmenés à Gaza.
Il faisait partie des vingt derniers otages relâchés le 13 octobre, après 738 jours de captivité, dans le cadre de la première phase du plan du président américain Donald Trump visant à mettre fin à la guerre à Gaza. Les dépouilles de treize otages, dont un soldat mort au combat pendant la guerre contre le Hamas en 2014, sont toujours détenues à Gaza.
Ohana est sorti de l’hôpital la semaine dernière et est rentré chez lui à Kiryat Malachi, dans le sud d’Israël.
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