Un expat gazaoui anti-Hamas témoigne du largage aérien d’aide sur son pays en ruines
Ahmed Fouad Alkhatib, critique du Hamas mais aussi d’Israël, décrit la désolation de Gaza vue du ciel et juge les largages aériens humanitaires limités mais utiles
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

Ahmed Fouad Alkhatib, activiste palestinien installé aux États-Unis, a vécu cette semaine un moment charnière en survolant la bande de Gaza à bord d’un avion humanitaire chargé de palettes d’aide destinées à l’enclave assiégée.
Vingt-cinq ans plus tôt, il y avait atterri depuis l’Arabie saoudite, à l’aéroport flambant neuf de Gaza, alors perçu comme le symbole fugace des aspirations de paix et de prospérité palestiniennes.
Lundi, une vingtaine d’années après avoir quitté le territoire, il s’est retrouvé à nouveau dans un avion au-dessus de Gaza, découvrant à 10 000 pieds d’altitude l’effondrement de ces espoirs, remplacés par la misère et les ruines.
« J’ai survolé l’espace aérien de Gaza pour la première fois en 25 ans, depuis mon vol Palestinian Airlines en 2000 vers l’aéroport international de la bande de Gaza », a écrit Alkhatib sur X après le vol.
Alkhatib s’était rendu pour la dernière fois dans la bande de Gaza en 2005, alors qu’il était âgé de 15 ans. Il avait quitté l’enclave pour ce qui devait être un séjour temporaire aux États-Unis dans le cadre d’un programme d’échange.
Mais au moment où il devait revenir, son retour a été bloqué par un blocus imposé à Gaza à la suite de l’enlèvement du soldat israélien Gilad Shalit.
Séparé de sa famille, restée à Gaza, Alkhatib avait finalement demandé l’asile politique aux États-Unis avec l’aide d’organisations humanitaires et de militants pour la paix. Aujourd’hui, son frère aîné vit toujours dans l’enclave, tandis que ses autres proches l’ont quittée. Certains membres de sa famille ont été tués.
Critique virulent du Hamas, Alkhatib dirige aujourd’hui Realign For Palestine, un projet de l’Atlantic Council qui vise à renforcer le soutien à la création d’un État palestinien et à remettre en question les récits dominants autour du conflit.
« Après le 7 octobre, j’ai décidé d’investir dans une présence sur les réseaux sociaux afin d’humaniser les Palestiniens de Gaza, de partager des voix et des points de vue qui manquent cruellement, et de m’adresser spécifiquement à un public extérieur à mon propre camp, à ma propre chambre d’écho », écrivait-il dans un blog publié par le Times of Israel en janvier 2024. « Le dialogue et l’engagement entre Palestiniens et Juifs/Israéliens sont des premières étapes indispensables pour créer des liens humains et insuffler une dynamique populaire en faveur d’un avenir différent. »
S’il est également critique d’Israël, qu’il tient pour responsable de la mort de plus d’une vingtaine de membres de sa famille pendant le conflit, il s’efforce néanmoins de nuancer son discours au nom du dialogue et de ce qu’il appelle le « pragmatisme radical ».
Selon lui, cette approche a trouvé une expression concrète aux Émirats arabes unis, qui ont accepté en 2020 de normaliser leurs relations avec Israël, devenant le premier pays à rejoindre les accords d’Abraham.
« J’ai toujours admiré le modèle des Émirats arabes unis et je pense qu’il peut être utile à Gaza, en termes de prospérité économique, de pragmatisme radical, ainsi que de relations avec Israël », explique-t-il au Times of Israel à l’occasion d’une interview vidéo depuis les Émirats arabes unis. « Le pays a mis en place un effet de levier, très pragmatique, qui lui a permis de devenir l’un des principaux fournisseurs d’aide à la bande de Gaza, avec entre 42 et 48 % de l’aide totale à Gaza étant fournie par les Émirats arabes unis ».
I flew into Gaza's airspace for the first time in 25 years, after my Palestinian Airlines 2000 flight into the Strip's int'l airport. Join me on this heartbreaking journey with the courageous & generous Emirati Air Force to see Gaza & their work for yourself ???????????????? @alfaresalshahm3 pic.twitter.com/EVE8v52uq9
— Ahmed Fouad Alkhatib (@afalkhatib) August 26, 2025
Alkhatib précise avoir contacté Abou Dhabi pour observer directement les efforts humanitaires du pays dans l’enclave. Les Émirats ont répondu favorablement, souligne-t-il, et lui ont permis de participer aux largages aériens et de mieux comprendre l’ensemble de la logistique mise en place.
Les Émirats arabes unis font partie des pays ayant rejoint l’effort international de largage aérien d’aide humanitaire dans la bande de Gaza, où les responsables humanitaires affirment que la population est confrontée à la famine en raison des restrictions imposées par Israël sur les livraisons terrestres.
L’État juif a commencé à autoriser ces opérations aériennes fin juillet.
Sur X, Alkhatib a documenté son voyage depuis Abou Dhabi, où les dons avaient été collectés, jusqu’à Amman, en Jordanie, où les palettes d’aide ont été fixées à des parachutes et chargées dans des avions militaires, puis enfin au-dessus de Gaza, où les colis, pesant chacun plusieurs centaines de kilos, ont été largués depuis les soutes vers la population affamée en contrebas.
L’armée jordanienne est chargée d’inspecter les colis d’aide arrivant dans une base militaire près d’Amman et d’en organiser la logistique, en les triant et en les fixant aux parachutes. Elle participe également à la plupart des missions, mobilisant à la fois ses propres avions et ceux des pays donateurs.
Alkhatib a pris part pour la première fois à une mission aérienne lundi, avant de survoler à nouveau la bande de Gaza mardi.
« Le vol entre Abou Dhabi et Amman dure deux heures et demie. J’ai voyagé à bord d’un avion gigantesque. En ce moment, nous essayons de décharger la nourriture de l’avion, de la conditionner sur des palettes dans les entrepôts… puis elle sera larguée sur Gaza », expliquait Alkhatib dans une vidéo publiée le 25 août.
Quelques heures plus tard, il a partagé une autre vidéo montrant le transfert réussi des dons en provenance d’Abou Dhabi – nourriture et fournitures de secours – vers l’avion chargé de les larguer sur Gaza.
« Nous allons commencer à charger le C-130 – qui appartient aux Émirats – avec les palettes de nourriture déjà prêtes, fixées sur des supports légers avec le parachute par-dessus. Le C-130 est plus petit que celui que nous avons utilisé hier. L’objectif est de réaliser des largages plus ciblés dans les zones du nord de Gaza, les plus difficiles d’accès », a-t-il indiqué.
Lors de son vol mardi, Alkhatib a filmé la dévastation à Gaza alors qu’il survolait l’ensemble de l’enclave, documentant avec émotion les destructions et indiquant les lieux où sa famille avait vécu.
I flew again today over Gaza's airspace with the UAE's Air Force to carry out a food airdrop. The scene was a heartbreaking mix of devastation, an active warzone, life, dead areas & movements. It was immensely emotional to see my native homeland in this state. We shall overcome????️ pic.twitter.com/EuaI9CHdyO
— Ahmed Fouad Alkhatib (@afalkhatib) August 26, 2025
« Par endroits, cela ressemblait à un désert, toute la verdure et les terres agricoles avaient disparu », a-t-il confié au Times of Israel. « Ailleurs, on aurait dit une scène sortie tout droit de la Seconde Guerre mondiale. C’est inimaginable. Le simple fait de le voir de près… je n’ai pas les mots pour décrire ce à quoi cela ressemblait. »
Israël avait autorisé des missions internationales de largage aérien au cours des premiers mois de la guerre, mais celles-ci avaient été interrompues en mars 2024 sans explication officielle.
Les organisations humanitaires soulignent toutefois que seules de petites quantités d’aide peuvent être acheminées par avion et que cette méthode comporte des risques, les Gazaouis pouvant être blessés par la chute de palettes pesant jusqu’à une tonne.
Selon le bureau du coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), depuis la reprise des largages aériens, 541 tonnes de nourriture ont été acheminées par voie aérienne à Gaza. À titre de comparaison, Israël affirme que 115 000 tonnes d’aide ont transité par voie terrestre au cours du mois dernier.
Mais, selon des responsables israéliens et onusiens, la plupart de ces cargaisons terrestres sont interceptées avant d’arriver à destination, soit par des civils gazaouis désespérés, soit par des pillards organisés.
« Les largages aériens sont utiles à certains égards, mais certainement pas efficaces », estime Alkhatib. « Ils sont aléatoires, ne se produisent jamais deux fois au même endroit et sont rapidement récupérés avant que le Hamas ou des groupes criminels ne puissent les détourner. Ils s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à inonder Gaza de nourriture. »
Les responsables des pays participant aux largages aériens ont expliqué à Alkhatib que ce mode de distribution peut être préférable, car il contourne les longues procédures bureaucratiques imposées aux postes-frontières.
Outre les Émirats, les participants incluent la Jordanie, la Belgique, la France, Singapour, les Pays-Bas, l’Italie et même l’Indonésie – un pays musulman sans relations diplomatiques avec Israël, mais autorisé à fournir de l’aide.
Alkhatib, qui a rencontré des représentants indonésiens, a indiqué que Jakarta avait rejoint l’opération aérienne en raison des obstacles rencontrés pour acheminer son aide par voie terrestre.
Les organisations humanitaires notent toutefois qu’au cours des dernières semaines, Israël a assoupli les restrictions aux points de passage, après des mois de tensions liées aux retards dans les livraisons.
« Israël ne restreint ni n’empêche l’entrée des camions de l’ONU et n’impose aucune limite quantitative à l’aide humanitaire destinée à la bande de Gaza », a déclaré le COGAT dans un communiqué publié le 22 août.
La possibilité de survoler Gaza a eu une portée particulièrement symbolique pour Alkhatib. En 2015, il avait fondé une organisation à but non lucratif visant à promouvoir la création d’un aéroport humanitaire dans la bande de Gaza pour acheminer marchandises et aide. Passionné d’aviation depuis son premier vol vers Gaza, il voyait dans cette idée un prolongement de son histoire personnelle.
L’aéroport civil où il avait atterri en 2000, à Rafah, avait été bombardé par Israël en 2002 pendant la deuxième Intifada, puis abandonné au fil des années. En 2022, sa piste avait été transformée en champs agricoles, tandis que le terminal et la tour de contrôle restaient en ruines. Aujourd’hui, comme le montrent les images satellites, il ne subsiste plus que des décombres de ce qui fut l’aéroport international de Gaza.
... alors c’est le moment d'agir ! Le Times of Israël vous fournit chaque jour les informations qui vous intéressent. Qu'il s'agisse de la politique, de la high-tech en Israël, de l'enseignement de la Shoah, des Juifs de Diaspora ou bien encore de l'archéologie, de la culture et de l'environnement en Israël : nous tâchons toujours de couvrir un large spectre des sujets qui vous concernent, alors si vous le pouvez, aidez-nous à continuer à vous offrir ce contenu de qualité indispensable, surtout depuis le 7-Octobre.
la Communauté du Times of Israël !







